LIVRE X
À tous tes marchands qui pourraient attirer à Salente 1« oommeroe de quelque nouvelle nation.
Ainsi les peuples y aoeoururent bient6t en foule de toutes parts. Le comneroe de cette ville était semblable au flux et au reflux de la mer. Les trésors y entraient comme les flots viennent Fun sur Tautre. Tout y était apporté et tout en sortait librement. Tout ce qui entrait était utile; tout ce qui scurtait laissait, en sortant, d'autres richesses eo sa place. La justice sévère présidait, dans le port, au milieu de tant de nations. La franchise, la bonne fcH, la candeur, senablaient, du haut de ces superbes tours, appeler les marchands des terres les plus éloignées : chacun de ces marchands , soit qu*il vint des rives orientales où le soleil sort chaque jour du sein des ondes , soit quM fût parti de cette ^ande mer où le soleil, lassé de son cours, va éteindre ses feux, vivait, paisible et en sûreté, dans Salente comme dans sa patrie.
Pour le dedans de la ville , Mentor visita tous les maga- «os, toutes les boutiques d'artisans, et toutes les places publiques. Il défendit toutes les marchandises de pays étrangers qui pouvaient introauire le luxe et la mollesse. 11 régla les habits , la nourriture , les meubles ; la grandeur et romement des maisons, pour toutes les conditions différentes. Il bannit tous les ornements d*or et d'argent; et il dit à IdoDdénée : Je ne connais qu'un seul moyen pour rendre votre peuple modeste dans sa dépense, c'est que TOQs lui en donniez vous-même l'exemple. Il est nécessaire que vous ayez une certaine majesté dans votre extérieur, mais votre autorité sera assez marquée par vos gar* des et par les principaux officiers qui vous environnent. Contentez- vous d'un habit de laine très-fine, teinte en
pourpre; que les principaux de l'État après vous soient vêtus de la même laine , et que toute la différence ne consiste que dans la couleur, et dans une légère broderie d'or que vous aurez sur le bord de votre liabit. Les différentes couleurs serviront à distinguer les différentes conditions , sans avoir besoin ni d*or, ni d'argent , ni de pierreries.
Réglez les conditions par la naissance. Mettez au premier rang ceux qui ont une noblesse plus ancienne et plus éclatante. Ceux qui auront le mérite et l'autorité des emplois seront assez contents de venir après ces anciennes et illustres familles , qui sont dans une si longue possession des premiers honneurs. Les hommes qui n'ont pas la même noblesse leur céderont sans peine, pourvu que vous ne les accoutumiez point à se méconnaître dans une trop prompte et trop haute fortune, et que vous donniez des louanges à la modération de ceux qui seront modestes dans là prospérité. La distinction la moins exposée à l'envie est celle qui vient d'une longue suite d'ancêtres. Pour la vertu , elle sera assez excitée, et on aura assez d'empressement à servir l'État, pourvu que vous donniez des couronnes et des statues aux belles actions, et que ce soit un commencement de noblesse pour les enfants de œux qui les auront Eûtes.
Les personnes du premier rang après vous seront vêtues 4e blanc, avec une frange d'or au bas de leurs habits. Ils auront au doigt un anneau d'or, et au cou une médaille d'or avec votre portrait. Ceux du second rang seront vêtus de bleu; ils porteront une frange d'ai^nt, avec l'anneau , et point de médaille ; les troisièmes , de vert , sans anneau et sans frange , mais avec la médaille d'argent ; les quatrièmes, d'un jaune d'aurore ; les cinquièmes , d'un rouge pâle ou de rose; les sixièmes, de gris-de-lin ; et les