‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 118 sur 228 · LIVRE XI. îA · texte numérisé non relu

LIVRE XI. îA

Quand Piotésilas a vu que j'étais inébranlable dans ces maximes , il a pris un parti tout opposé à sa conduite passée : il a commencé à suivre ces maximes qu'il n'avait pu détruire ; il a fait semblant de les goûter, d'en être C(Mivaincu , de m'avoir obligation de l'avoir éclairé làdessus. Il va au-devant de tout ce que je puis souhaiter pour soulager les pauvres ; il est le premier à me représenter leurs besoins , et à crier contre les dépenses excessives. Vous savez même qu'il vous loue, qu'il vous témoigne de la contisMice, et qu'il n'oublie rien pour vous plaire. Pour Tlmocrate, il commence à n'être plus si bien ayec Protésilas ; il a songé à se rendre indépendant : Protésilas en est jaloux ; et c'est en partie par leurs différends que J'ai découvert leur perfidie.

Mentor, souriant, répondit ainsi à Idoménée : Quoi donc! vous avez été faible jusqu'à vous laisser tyranniser pendant tant d'années par deux traîtres dont vous connaissiez la trahison! Ahl vous ne savez pas, répondit Idoménée, ce que peuvent les hommes artificieux sur un roi faible et inappliqué qui s'est livré à eux pour toutes ses affaires. D'ailleurs , je vous ai déjà dit que Protésilas entre maintenant dans toutes vos vues pour le bien publia. Mentor reprit ainsi le discours d'un air grave : Je ne vois que trop combi^ les méchants prévalent sur les bons auprès des rois; vous en êtes un terrible exemple. Mais vous dites que je vous ai ouvert les yeux sur Protésilas ; et ils sont encore fermés pour laisser le gouvernement de vos afifaires à cet homme indigne de vivre. Sachez que les méchants ne sont point des hommes incapables de faire le bien'; ils le font indifféremment, de même que le mal , quand il peut servir à leur ambition. Le mal ne leur coûte rien à faire, parce qu'aucun sentiment de bonté ni aueua

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principe de- verta ne les retient ; mais aussi ils font le bien sans peine y parce qae leur corruption les porte à le faire pour paraître bons, et pour tromper le reste des hommes. A proprement parler, ils ne sont pas capables de la vertu, quoiqu'ils paraissent la pratiquer; mais ils sont capables d'ajouter à tous leurs autres vices le plus horrible des vices y qui est l'hypocrisie* Tant que vous voudrez absolument faire le l^en » Protésilas sera prêt à le faire avec vous, pour conserver l'autorité; mais, si peu qu'il sente en vous de facilité à vous relâcher, il n'oubliera rien pour vous faire retomber dans l'égarement, et pour reprendre en libertéson naturel trompeur et féroce. Pouvez-vous vivre avec honneur et en repos pendant qu'un tel homme vous obsèdeà toute heure, et que vous savez le sage et le fidèle Philoclès pauvre et déshonoré dans l'île de Samos?

Vous reoGomaissez bien , 6 Idoménée , que les hommes trompeurs et hardis qui sont présents entraînent les princes faibles ; mais vous devriez ajouter que les princes ont encore un autre malheur qui n'est pas moindre , c'est celui d'oublier facilement la vertu et les services d'un homme éloigné. La multitude des hommes qui environnent les princes est cause qu'il n'y en a aucun qui fasse une impression profonde sur eux : ils ne sont frappés que de ce qui est présent , et qui les flatte ; tout le reste s'efface bientôt. Surtout la vertu les touche peu, parce que la vertu , loin de les flatter, les contredit et les condamne dans leurs faiblesses. Faut-il s'étonner s'ils ne sont point aimés , puisqu'ils ne sont point aimables , et qu'ils n'aiment rien que leur grandeur et leur plaisir?

Après avoir dit ces paroles , Mentor persuada à Idoménée qu'il fallait au plus tôt chasser Protésilas et Timocrate, pour rappeler Philoclès. L'unique difficulté qui ar-

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