‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 119 sur 228 · LITRE XI · texte numérisé non relu

LITRE XI

rètaitle roi, c'est qa'il craignait la sévérité de Pliilociës. J'ayoae ^ disait-il , que je ne puis m'empédier de craindre un peu son retour, quoique Je l*aime et que je l*estime. Je suis depuis ma tendre jeunesse accoutumé à des louanges , à des empressements et à des complaisances que je ne saurais espérer de trouver dans cet homme. Dès que je faisais quelque chose qu'il n'approuvait pas 9 son air triste me marquait assez qu'il me condamnait. Quand il. était en particulier avec moi, ses manières étaient respectueuses et modérées , mais sèches.

Ne voyez«vous pas, lui répondit Mentor, que les princes gâtés par la flatterie trouvent sec et austère tout ce qui est libre et ingénu? Ils vont même jusqu'à s'imaginer qu'on n'est pas zélé pour leur service, et qu'on n'aime pas leur autorité, dès qu'on n'a point l'âme servile, et qu'on n'est pas prêt à les flatter dans l'usage le plus injuste de leur puissance. Toute parole libre et généreuse leur parait hautaine, critique et séditieuse. Ils deviennent si délicats , que tout ce qui n'est point flatteur les blesse et les irrite. Mais allons plus loin. Je suppose que Philoclès est effectivement sec et austère : son austérité ne vaut-elle pas mieux que la flatterie pernicieuse de vos conseillers? Ou trouverez-vous un homme sans défauts? et le défaut de vous dire trop hardiment la vérité n'est-il pas celui que vous devez le moins craindre ? que dis-je I n'est-ce pas un défont nécessaire pour corriger les vôtres, et pour vaincre ce dégoût de la vérité où la flatterie vous a fait tomber? Il vous faut un homme qui n'aime que la vérité et vous ; qui vous aime mieux que vous ne savez vous aimer vousmême ; qui vous dise la vérité malgré vous ; qui force tous vos retranchements : et cet homme nécessaire , c'est Philoclès. Souvenez-vous qu'un prince est trop heureux quand

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î( naft un seul homme sous son r^ne avec cette générosité ; qu'il est le plus précieux trésor de F État ; et que la plus grande punition qu'il doit craindre des dieux est de perdre un tel homme , s'il s'en rend indigne faute de savoir s'en servir.

Pour les défauts des gens de bien , il faut les savoir connaître, et ne laisser pas de se servir d'eux. Redressezles ; ne vous livrez jamais aveuglément à leur zèle indiscret ; mais écoutez-les favorablement ; honorez leur vertu , montrez au public que vous savez la distinguer; surtout gardez- vous bien d'être plus longtemps comme vous avez été jusqu*ici. Les princes gâtés comme vous l'étiez , se contentant de mépriser les hommes corrompus, ne laissent pas de les employer avec confiance, et de les combler de bienfaits : d'un autre côté, ils se piquent de connaître aussi les hommes vertueux ; mais ils ne leur donnent que de vains éloges , n'osant ni leur confier les emplois , ni les admettre dans leur commerce familier, ni répandre des bienfaits sur eux.

Alors Idoménée dit qu'il était honteux d'avoir tant tardé à délivrer l'innocence opprimée, et à punir ceux qui l'avaient trompé. Mentor n'eut même aucune peine à déterminer le roi à perdre son favori; car aussitôt qu'on est parvenu à rendre les favoris suspects et importuns à leurs maîtres, les princes, lassés et embarrassés, ne cherchent plus qu'à s'en défaire; leur amitié s'évanouit, les services sont oubliés ; la chute des favoris ne leur coûte rien, pourvu qu'ils ne les voient plus.

Aussitôt le roi ordonna en secret à Hégésippe, qui était un des principaux officiers de sa maison , de prendre Protésilas et Timocrate, de les conduire en sûreté dans l'île de Samos, de les y laisser, et de ramener Philoclès de ce

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