‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 143 sur 228 · LIVRE XllI · texte numérisé non relu

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lassait point d'en cherclier la cause , et d'exciter la défiance de Nestor et de Philoctète : mais son soin était inutile, ils étaient aveuglés.

On avait résolu, dans le conseil, d'attendre les troupes nombreuses qui devaient venir, et on avait fait avancer secrètement pendant la nuit cent vaisseaux pour conduire plus promptement ces troupes, depuis une c6te de mer très-rude, où elles devaient arriver, jusqu'au lieu où l'armée campait. Cependant on se croyait en sûreté, parce qu'on tenait avec des troupes les détroits de la montagne voisine, qui est une côte presque inaccessible de l'Apennin. L'armée était campée sur les bords du fleuve (ralèse, assez près de la mer. Cette campagne délicieuse est abondante en pâturages et en tous les fruits qui peuvent nourrir une armée. Adraste était derrière la montagne , et on comptait qu'il ne pouvait passer; mais comme il sut que les alliés étaient encore faibles, qu'ils attendaient un grand secours, que les vaisseaux attendaient^l'arrivée des troupes qui devaient venir, et que l'armée était divisée par la querelle de Télémaque avec Fhalante, il se bâta de faire un grand tour. Il vint en diligence jour et nuit sur le bord de la mer, et passa par des chemins qu'on avait toujours crus absolument impraticables. Ainsi la hardiesse et le travail obstiné surmontent les plus grands obstacles; ainsi il n'y a presque rien d'impossible à ceux qui savent oser et souffrir; ainsi ceux qui s'endorment, comptant que les choses difficiles sont impossibles , méritent d'être surpris et accablés.

Adraste surprit au point du jour les cent vaisseaux qui appartenaient aux alliés. Comme ces vaisseaux étaient mal gardés , et qu'on ne se déûaitde rien , il s'en saisit sans résistance, et s'en servit pour transporter ses troupes^

avec une incroyable diligence , à l'embouchure du Galèse ; puis il remonta très-promptement le long du fleuve. Ceux qui étaient dans les postes avancés autour du camp, vers la rivière, crurent que ces vaisseaux leur amenaient les troupes qu'on attendait; on poussa d*abord de grands cris de joie. Adraste et ses soldats descendirent avant qu'on pût les reconnaître : ils tombent sur les alliés, qui ne se défient de rien, ils les trouvent dans un camp tout ouvert , sans ordre y sans chefs, sans armes.

Le côté du camp qu'il attaqua d'abord fût celui des Tarentins , où commandait Phalante. Les Bauniens y entrèrent avec tant de vigueur, que cette jeunesse lacédémonienne, étant surprise, ne put résister. Pendant qu'ils cherchent leurs armes , et qu'ils s'embarrassent les uns les autres dans cette confusion, Adraste fait mettre le feu au camp. Aussitôt la flamme s'élève des pavillons , et monte jusqu'aux nues : le bruit du feu est semblable à celui d'un torrent qui inonde toute une campagne, et qui entraîne par sa rapidité les grands chênes avec leurs profondes racines, les moissons, les granges, les établesetles troupeaux. Le vent pousse impétueusement la flamme de pavillon en pavillon , et bientôt tout le camp est conune une vieille forêt qu'une étincelle de feu a embrasée.

Phalante , qui voit le péril de plus près qu'un autre ,'ne peut y remédier. 11 comprend que toutes les troupes vont périr dans cet incendie, si on ne se hâte d'abandonner le camp ; mais il comprend aussi combien le désordre de cette retraite est à craindre devant un ennemi victorieux : il commence à faire sortir sa jeunesse lacédémonîeune encore à demi désarmée. Mais Adraste ne les laisse point respirer : d'un côté une troupe d'archers adroits perce de flèdies kmombrables les soldats de Phalante, de l'autre ,

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des firondears jettent une grêle de grosses pierres. Adraste loi-même, l'épée à la main, marchant à la tête d^une troupe choisie des plus intrépides Dauniens, poursuit, à la lueur du feu , les troupes qui s'enfuient. Il moissonne par le fer tranchant tout ce qui a échappé au feu ; il nage dans le sang, et il ne peut s'assouvir de carnage : les lions et les tigres n'égaient point sa furie quand ils égorgent les bergers avec leurs troupeaux. Les troupes de Plialante succomlient , et le eourage les abandonne : la pâle mort conduite par une furie infernale dont la tête est hérissée de serpents, glace le sang de leurs veines; leurs membres engourdis se roidissent, et leurs genoux chancelants leur êtent même Tespérance de la fuite.

Phalante, à qui la honte et le désespoir donnent encore on reste de force et de vigueur, élève les mains et les yeux vers le ciel ; il voit toml>er à ses pieds son frère Hippias , sous les coups de la main foudroyante d' Adraste. Hippias, étendu par terre, se roule dans la poussière ; un sang noir et lx>uillonnant sort conmie un ruisseau de la profonde blessure qui lui traverse le côté; ses yeux se ferment à la lumière; son âme furieuse s'enfuit avec tout son sang. Phalante lui-même , tout couvert du sang de son frère, et ne pouvant le secourir, se voit enveloppé par une foule d'ennemis qui s'efforcent de le renverser ; son bouclier est percé de mille traits ; il est blessé en plusieurs endroits de son corps ; il ne peut plus rallier ses troupes fugitives : les dieux le voient, et ils n'en ont aucune pitié.

Jupiter, au milieu de toutes les divinités célestes, regardait du Imut de l'Olympe ce carnage des alliés. En même temps il consultait les immuables destinées, et voyait tous les chefs dont la trame devait ce jour-là être tranchée par le ciseau de la Parque. Chacun des dieux était attentif

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pour découvrir sur le visage de Jupiter quelle serait sa volonté. Mais le père des dieux et des hommes leur dit d*uae voix douce et msgestueuse : Vous voyez en quelle extrémité sont réduits les alliés; vous voyez Adraste qui renverse tous ses ennemis : mais ce spectacle est bien trompear, la gloire et la prospérité des méchants est courte : Adraste, impie, et odieux par sa mauvaise foi , ne remportera point une entière victoire. Ce malheur n'arrive aux alliés , que pour leur apprendre à se corriger, et à mieux garder le secret de leurs entreprises. Ici la sage Mi* nerve prépare une nouvelle gloire à son jeune Télémaqne , dont elle fait ses délices. Alors Jupiter cessa de parier. Tous les dieux en silence continuaient à regarder le combat.

Cependant Nestor et Philoctète furent avertis qu'une partie du camp était déjà brûlée ; que la flamme, poussée par le vent, s'avançait toujours; que leurs troupes étaient en désordre , et que Phalante ne pouvait plus soutenir l'effort des ennemis. A peine ces funestes paroles frappait leurs oreilles , et déjà ils courent aux armes , assemblent les capitaines , et ordonnent qu'on se hâte de sortir du camp pour éviter cet incendie.

Télémaque , qui était abattu et inconsolable, oublie sa douleur : il prend ses armes, dons précieux de la sage Minerve, qui, paraissant sous la figure de Mentor, fit semblant de les avoir reçues d'un excellent ouvrier de Salente, mais qui les avait fait faire à Yulcain dans les cavernes fumantes du mont Etna.

Ces armes étaient polies comme une glace, et brillantes comme les rayons du soleil. On y voyait Neptune et Pallas qui disputaient entre eux à qui aurait la gloire de donner son nom à une ville naissante. Neptune de son trident frappait la terre , et on en voyait sortir un cheval fougueux :

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