LIVRE XIII
le fea s<Hrtalt de ses yeax^ et l'écume de sa bouche ; ses crins flottaient au gré du vent ; ses jambes souples et nerveuses se repliaient avec vigueur et légèreté. Il ne marchait point ^ il sautait à force de reins, mais avec tant de vitesse , qu'il ue laissait aucune trace de ses pas; on croyait l'entendre hennir.
De l'autre c6té, Minerve donnait aux habitants de sa nouvelle ville l'olive, fruit de l'arbre qu'elle avait planté. Le rameau , auquel pendait son fruit , représentait la douce paix avec l'abondance, préférable aux troubles de la guerre dont ce cheval était l'image. La déesse demeurait victorieuse par ses dons simples et utiles, et la superbe Athènes portait son nom.
On voyait aussi Minerve assemblant autour d'elle tous les beaux-arts , qui étaient des enfants tendres et ailés : ils se réfugiaient autour d'elle, étant épouvantés des fureurs brutales de Mars qui ravage tout, comme les agneaux bêlants se réfugient sous leur mère à la vue d'un loup affamé, qui, d'une gueule béante et enflammée, s'élance pour les dévorer. Minerve , d'un visage dédaigneux et irrité , confondait , par l'excellence de ses ouvrages , la folle témérité d'Arachné, qui avait osé disputer avec elle pour la perfection des tapisseries. On voyait cette malheureuse, dont tous les membres exténués se défiguraient, et se changeaient en araignée.
Auprès de cet endroit paraissait encore Minerve, qui , dans la guerre des géants, servait de conseil à Jupiter même et soutenait tous les autres dieux étonnés. Elle était aussi représentée, avec sa lance et son égide, sur les bords du Xanthe et du Simols, menant Ulysse par la main, ranimant les troupes fugitives des Grecs , soutenant les efforts des plus vaillants capitaines troyens , et du redou-
table Hector même; enfin introduisant Ulysse dans cette fatale machine qui devait en une seule nuit renverser l'empire de Priam.
D'un autre c6té , ce bouclier représentait Gérés dans les fertiles campagnes d'Enna , qui sont au milieu de la Sicile. On voyait la déesse qui rassemblait les peuples épars çà et là, cherchant leur nourriture par la chasse^ ou cueillant les fruits sauvages qui tombaient des arbres. Elle montrait à ces hommes grossiers Tart d'adoucir la terre, et de tirer de son sein fécond leur nourriture. Elle leur présentait une charrue, et y faisait atteler des bœufs. On voyait la terre s'ouvrir en sillons par le tranchant de la charrue ; puis on apercevait les moissons dorées qui couvraient ces fertiles campagnes : le moissonneur, avec sa faux , coupait les doux fruits de la terre , et se payait de toutes ses pdnes. Le fer, destiné ailleurs à tout détruire, ne paraissait employé, en ce lieu , qu'à préparer l'abondance, et qu'à foire naître tous les plaisirs.
Les nymphes, couronnées de fleurs, dansaient ensemble dans une prairie, sur le bord .d'une rivière, auprès d'un bocage : Pan jouait de Ist flûte ; les Faunes et les Satyres folâtres sautaient dans un coin. Bacchus y paraissait aussi couronné de lierre , appuyé d'une main sur son thyrse, ettenant de l'autre une vigneornéedepampreetdeplosieurs grappes de raisin. C'était une beauté molle, avec je ne sais quoi de noble , de passionné et de languissant : il était tel qu'il parut à la malheureuse Ariane, brsqu'il la trouva Seule, abandonnée, et abîmée dans la douleur, sur un rivage inconnu*
Enfin on voyait de toutes parts un peuple nombreux, des vieillards qui allaient porter dans les temples les prémices de leurs fruits; de jeunes hommes qui revenaient