‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 145 sur 228 · LIVRE Xm · texte numérisé non relu

LIVRE Xm

vers leurs épouses , lassés du travail de la Journée : les femmes allaient au-devant* d'eux , menant par la main leurs petits enfants qu'elles caressaient. On voyait aussi des bergers qui paraissaient chanter, et quelques-uns dansaient au son du chalumeau. Tout représentait la paix , Tabondance, les délices; tout paraissait riant et heureux. On voyait même dans les pâturages les loups se Jouer au milieu des moutons : le lion et le tigre, ayant quitté leur férocité, étaient paisiblement avec les tendres agneaux ; un petit berger les menait ensemble sous sa houlette; et cette aimable peinture rappelait tous les charmes de Tâge d'or.

Télémaque, s'étant revêtu de ces armes divines, au lieu de prendreson baudrier ordinaire, prit la terrible égide que Minerve lui avait envoyée , en la confiant à Iris, prompte messagère des dieux. Iris lui avait enlevé son baudrier sans qu'il s'en aperçût, et lui avait donné en la place cette égide redoutable aux dieux mêmes.

En cet état, il court hors du camp pour en éviter les flammes; il appelle à lui, d'une voix forte, tous les chefs de Tannée , et cette voix ranime déjà tous les alliés éperdus. Un feu divin étincelle dans les yeux du jeune guerrier. Il parait toujours doux, toujours libre et tranquille, toujours appliqué à donner les ordres, comme pourrait faire un sage vieillard appliqué à régler sa famille et à instruire ses enfants. Mais il est prompt et rapide dans l'exécution : semblable à un fleuve impétueux qui non-seulement roule avec précipitation ses flots écumeux , mais qui entraîne encore dans sa course les plus pesants vaisseaux dont il est chargé.

PbÂloctète, Nestor, les chefs des Manduriens et des autres nations, sentent dans le fils d'Ulysse je ne sais quelle au*

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toiîtéà laquelle U faut que tout cède : Texpérience des vieillards leur manque ; le conseil et la sagesse sont 6tés à tous les commandauts ; la jalousie même , si naturelle aux hommes , s^éteint dans les cœurs : tous se taisent ; tous admirent Télémaque, tous se rangent pour lui obéir, sans y faire de réflexion , et comme s'ils y eussent été accoutimiés. Il s'avance , et monte sur une colline, d'où il observe la disposition des ennemis , puis tout à coup il juge qu'il faut se hâter de les surprendre dans le désordre où ils se sont mis en brûlant le camp des alliés. Il fait le tour en diligence 9 et tous les capitaines les plus expérimentés le suivent. Il attaque les Dauniens par derrière , dans un temps où ils croyaient l'armée des alliés enveloppée dans les flammes de l'embrasement. Cette surprise les trouble; ils tombent sous la main de Télémaque , comme les feuilles, dans les derniers jours de l'automne, tombent des forêts , quand un fier aquilon ramoiant l'hiver, fait gémir les troncs des vieux arbres , et en agite toutes les branches. La terre est couverte des hommes que Télémaque fait tomber* De son dard il perça le cœur d'Iphiclès , le plus jeune des enfants d'Adraste ; celui-ci osa se présenter contre lui au combat, pour sauver la vie de son père, qui pensa être surpris par Télémaque. Le ûls d'Ulysse et Iphiclès étaient tous deux beaux , vigoureux, pleins d'adresse et de courage, de la même taille, de la même douceur, du même âge ; tous deux chéris de leurs parents : mais Iphiclès était comme une fleur qui s'épanouit dans un champ , et qui doit être coupée par le tranchant de la faux du moissonneur. Ensuite Télémaque renverse Ëuphorion, le plus célèbre de tous les Lydiens venus en Étrurie. Enfin, son glaive perce Gléomènes, nouveau marié, qui avaitpronûs à son épouse

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