UVRE XIII
de lui port^ les riches dépouilles des euneinis, et qui ne devait jamais la revoir.
Adraste frémit de rage , voyant la mort de son cher fils, celle de plusieurs capitaines , et la victoire qui échappe de ses mains. Phalante, presque abattu à ses pieds, est comme une victime à demi égorgée qui se dérobe au couteau sacré, et qui s'enfuit loin de Tautel. Tl ne fallait plus à Adraste qu'un moment pour achever la perte du Lacédémonien. Phalante, noyé dans son sang et dans celui des soldats qui combattent avec lui, entend les cris de Télémaque qui s'avance pour le secourir. En ce moment, la vie lui est rendue ; un nuage qui couvrait déjà ses yeux se dissipe. Les Dauniens , sentant cette attaque imprévue, abandonnent Phalante pour aller repousser un plus dangereux ennemi. Adraste est tel qu'un tigre à qui des bergers assemblés arrachent sa proie qu'il était prêt à dévorer. Télémaq[ne le cherche dans la mêlée , et veut finir tout à coup la guerre, en délivrant les alliés de leur implacable ennemi.
Mais Jupiter ne voulait par donner au fils d' Ulysse une victoire si prompte et si facile : Minerve même voulait qu'il eût à souf&ir des maux plus longs, pour mieux apprendre à gouverner les hommes. L'impie Adraste fut donc conservé par le père des dieux , afin que Télémaque eût le temps d'acquérir plus de gloire et plus de vertu. Un nuage que Jupiter assembla dans les airs sauva les Dauniens ; un tonnerre effroyable déclara la volonté des dieux : on aurait cru que les voûtes éternelles du haut Olympe allaient s'écrouler sur les têtes des faibles mortels ; les éclairs fendaient la nue de l'un à l'autre pôle; et dans l'instant où ils éblouissaient les yeux par leurs feux perçants, on
retombait dans les affreuses ténèbres de la nuit. Uneploié abondante qui tomba dans Finstant servit encore à séparer les deu^c armées.
Adraste profita da secours des dieux, sans être touché de leur pouyoir, et mérita , par cette ingratitude , d*^e réservé à une plus cruelle vengeance. Il se hâta de faire passer ses troupes entre le can^ à demi brûlé et un marais qui s'étendait jusqu'à la rivière : il le fit avec tant d'industi*ie et de promptitude , que cette retraite montra combien il avait de ressource et de présence d'esprit. Les alliés, animés par Télémaque , voulaient le poursuivre ; mais , à la faveur de cet orage, il leur échappa, comme un oiseau d*une aile légère écha]^ aux filets des chasseurs.
Les alliés ne songèrent plus qu'à rentrer dans leur camp, et qu'à réparer leurs pertes. En rentrant dans le camp, ils virent ce que la guerre a de plus lamentable : les malades et les blessés , n*ayant pu se traîner hors des tentes , n'avaient pu se garantir du feu ; ils paraissaient à demi brûlés, poussant vers le ciel, d'une voix plaintive et mourante, des cris douloureux. Le cœur de Télémaque en fut percé : il ne put retenir ses larmes ; il détourna plusieurs fois ses yeux , étant saisi d'horreur et de compassion ; il ne pouvait voir sans frémir ces corps encore vivants , et dévoués à une longue et cruelle mort; ils paraissaient semblables à la chair des victimes qu'on a brûlées sur les autels , et dont l'odeur se répand de tous côtés.
flélasi s'écriait Télémaque, voilà donc les maux que la guerre entraine après elle I Quelle fureur aveugle pousse les malheureux mortels! ils ont si peu de jours à vivre sur la terre I ces jours sont si misérables! pourquoi précipiter une mort déjà si prochaine? pourquoi ajouter tant de désolations affreuses à l'amertume dont les dieux ont rempli