LIVRE XVII
cette muitiplieatioa s] douce et si paisible augmente plus un royaume (ju'une conquête^ On n*a rejeté de cette ville que les arts superflus, qui détournent les pauvres de la culture de ta terre pour tes vrais besoins , et qui corrompent les riches en les jetant dans le faste et dans la mollesse ; mais nous n'avons fait aucun tort aux beaux-arts , ni aux hommes qui ont un vrai génie pour les cultiver. Ainsi Idoménée est beaucoup plus puissiant qu'il ne l'était quand vous admiriez sa magniiicence. Cet éclat éblouissant cachait une faiblesse et une misère qui eussent bientôt renversé son empire : maintenant il a un plus grand nombre d'hommes; et il les nourrit plus facilement. Ces hommes accoutumés au travail , à la peine et au mépris de la vie par l'amour des bonnes lois, sont tous prêts à combattre pour défendre ces terres cultivées de leurs propres mains. Bient5t cet État , que vous croyez déchu , sera la merveille de rHespérie*
Souvenez-vous y ô Télémaque, qu'il y a deux choses pemicieases , dans le gouvernement des peuples , -auxquelles <m n'apporte presque jamais aucun remède : la première est une autorité injuste et trop violente dans les rois ; la seconde est le luxe, qui corrompt les mœurs.
Quand les rois s'accoutument à ne connaître plus d'autres lois que leurs volontés absolues, et qu'ils ne mettent plus de frein à leurs passions, ils peuvent tout : mais à force de tout pouvoir, ils sapent les fondements de leur puissance ; ils n'ont plus de règle certaine, ni de maximes de gouvernement; chacun à Tenyi les flatte ; ils n'ont plus de peuple; il ne leur reste que des esclaves, dont le nombre diminue chaque jour. Qui leur dira la vérité ? qui donnera des bornes à ce torrent? Tout cède ; les sages s'enfuient , se cachent, et gémissent. 11 n'y a qu'une révolution sou-
daine et vi<^nte qui puisse ramenei^ daiis son eonrs natarel cette puissance débordée : souvent même le coup qui pourrait la modérer l'abat saniS^ ressource. Rien ne mtenaoe tant d'une chute funeste qu'une autorité qu'on pousse trop Idn: elle est semMal>le à un arc trop tendu, qui se rompt enfin tout à coup si on ne le relâche : mais qui est-ce qui osera le relâcher? Idomténée était gâté jusqu'au fond du cœur par cette autorité si flatteuse : il avait été renversé de son trône ; mais il n'avait pas été détrompé. Il a fallu que les dieux nous aient envoyés Id , pour le désabuser de cette puissance aveugle et outrée qui ne convient point à des hommes ; encore a-t-il fallu des espèces de miracles pour lui ouvrir les yeux»
L'autre mal presque incurable est le luxe* Comme la trop grande autorité empoisonne les rois, le luxe empoisonne toute une nation. On dit que ce luxe sert à nourrir les pauvres aux dépens des riches; comme si les pauvres ne pouvaient pas gagner leur vie plus utilement y en multipliant les fruits de la terre , sans amollir les ridies par des rafûnem^ts de volupté. Toute une nation s'accoutume à r^arder comme les nécessités de la vie les dioses les plus superflues : ce sont tous les Jours de nouvelles nécessités qu'on invente , et <m ne peut plus se passer des dboses qu'on ne connaissait point trenteans auparavant. Geluxes'aj^peile Ix» goût, perfection des arts y et politesse de la notion. Ce vice , qui en attire tsokt d'autres, est loué comme une v«rta ; il répand sa contagiim depuis le t(â jusqu'aux derniers de la lie du paiple. Les proches parents du roi veulent imiter sa magnificence ; les grands, cdle des parents du n»; les gens médiocres veulent égaler les grands, car qui est-ce qui se fait justice? les petits veulent passer pour médiocres : tout le monde fait plus qu'il ne peut; lés uns par