‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 189 sur 228 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

faste, et pour se prévaloir de lears richesses ; les autres par mauvaise honte , et pour cacher leur pauvreté. Ceux mêmes qui sont assez sages pour condamner un si grand désordre ne le sont pas assez pour oser lever la tète tes premiers , et pour donner des exemples C(mtraires« Toute une nation se ruine, tout^ les conditions se confondent. La {Assion d'acquérir du bien pour soutenir une vaine dépense corrompt les âmes les plus pures : il n*est plus question que d'être riche; la pauvreté est une infamie. Soyez savant, habile, vertueux ; instruisez les hommes ; gagnez des batailles; sauvez la patrie; sacrifiez tous vos intérêts; vous êtes méprisé , si vos talents ne sont relevés par le &ste. Ceux mêmes qui n'ont pas de bien veulent paraître en avoir ; ils eu dépensent commes'ils en avaient : on emprunte, OD trompe , on use de mille artifices indignes pour parve-r nir. Mais qui remédiera à ces maux ? Il fautchanger le goût et les habitudes de toute une nation; il faut lui donner de nouvelles lois. Qui le pourra entreprendre, si cen'estun roi philosophe qui sache , par l'exemple de sa propre modération, faire honte à tous ceux qui aiment une dépense fastueuse , et encourager les sages , qui seront bien aises d*étre autorisés dans une honnête frugalité?

Télémaque, écoutant ce discours, étaîtcomme un homme qui revient d'un profond sommeil : il sentait la vérité de ces paroles : et elles se gravaient dans son cœur comme un savant sculpteur imprime les traits qu'il veut sur le marbre, en sorte qu'il lui donne de la tendresse, de la vie et du mouvement. Télémaque ne répondait rien ; mais , repassant tout ce qu'il venait d'entendre, il parcourait des yeux les choses qu'on avait changées dans la ville. Ensuite il disait à Mentor :

Vous avfft fait d'Idoménée le plus sage de tous les rois ;

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je ne le connais plus, ni loi ni son peuple. J'avoue même que ce que vous avez fait ici est infiniment plus grand que les victoires que nous venons de remporter. Le hasard et la force ont beaucoup de part aux succès de la guerre , il ikut que i^ous partagions la gloire des combats avec nos soldats : mais tout votre ouvrage vient d*une seule tête ; il a fallu que vous ayez travaillé seul contre un roi et contre tout son peuple , pour les corriger. Les succès de la guerre sont toujours funeste et odieux : ici tout est l'ouvrage d'une sagesse céleste ; tout est doux , tout est pur, tout est aimable ; tout iparque une autorité qui est au-dessus de rhomme. Quand les hommes veulent de la gloire , que ne la cherchent-ils dans cette application à faire du bien ? Oh I qu'ils s'entendent mal en gloire , d'en espérer une solide en ravageant la terre , et en répandant le sang humain !

M^itor montra sm* son visage une joie sensible de voir Télémaque si désabusé des victoires et des conquêtes , dans un âge où il était si naturel qu'il fut enivré de la gloire qu'il avait acquise.

Ensuite Mentor lyouta : Il est vrai que tout ce que vous voyez ici est bon et louable; mais sachez qu'on pourrait faire des choses encore meilleures. Idoménée modère ses passions, et s'applique à gouverner son peuple avec Justice ; mais il ne laisse pas de faire encore bien des fautes , qui sont des suites malheureuses de ses fautes anciennes. Quand les hommes veulent quitter le mal , le mal semble encore les poursuivre longtemps : il leur reste de mauvaises habitudes, un naturel affaibli, des erreurs invétérées, et des préventions presque incurables. Heureux ceux qui ne se sont jamais égarés ! ils peuvent faire le bien plus parfaitement. Les dieux, 6 Télémaque, vous demanderont plus qu'à Idoménée, pait^ que vous avez connu la

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