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' sérable et odieux à ses sujets. C'est un crime à Tyr que d'avoir de grands biens; l'avarice le rend défiant, soup> çonneux , cruel ; il persécute les riches , et il craint les pauvres. C'est un crime encore plus grand à Tyr d'avoir - de la vertu; car Pygmalion suppose que les bons ne peu- * vent souffrir ses injustices et ses infamies : la vertu le ^ condamne ; il s'aigrit et s'irrite contre elle. Tout l'agite, l'inquiète, le ronge; il a peur de son ombre; il ne dort ' ni nuit ni jour : les dieux , pour le confondre , l'accablent ) de trésors dont il n'ose jouir. Ce qu'il cherche pour être i heureux est précisément ce qui Fempêche de l'être. Il . regrette tout ce qu'il donne; il craint toujours de perdre, il se tourmente pour gagner. On ne le voit presque i jamais : il est seul, triste, abattu, au fond de son pa- ? lais : ses amis mêmes n'osent l'aborder, de peur de lui i deveiih*suspects.Unegardeterribletienttoujoursdesépées : nues et des piques levées autour de sa maison. Trente i chambres qui communiquent les unes aux autres , et dont t chacune a une porte de fer avec six gros verrous , sont le lieu où il se renferme : on ne sait jamais dans laquelle r de ces chambres il couche ; et on assure qu'il ne couche jamais deux nuits de suite dans la même, de peur d'y être : égorgé. Il ne connaît ni les doux plaisirs, ni l'amitié eni core plus douce : si on lui parle de chercher la joie , il i sent qu'elle fuit loin de lui , et qu'elle refuse d'entrer dans r son cœur. Ses yeux creux sont pleins d'un feu âpre et fai rouche ; ils sont sans cesse errants de tous côtés : il prête ! l'oreille au moindre bruit , et se sent tout ému ; il est pâle , défait, et les noirs soucis sont peints sur son visage toujours ridé. Il se tait, il soupire, il tire de son cœur de profonds gémissements ; il ne peut cacher les remords qui
i déchirent ses entrailles. Les mets les plus exquis le dégoû-*
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tent. Ses enfants , loin d'être son espérance , sont le si de sa terreur : il en a fait ses plus dangereux en mis. Il n'a eu toute sa vie aucun moment d'assu il ne se conserve qu'à force de répandre le sang de h ceux qu'il craint. Insensé, qui ne voit pas que sa cmau à laquelle il se confie , le fera périr ! Quelqu'un de ses i mestiques , aussi défiant que lui , se hâtera de dâivrer monde de ce monstre.
Pour moi, je crains les dieux: quoi qu'il m'en coûte, je t rai fidèle au roi qu'ils m*ont donné : j'aimerais mieux qt me fît mourir, que de lui ôter la vie, et même que de ma quer à la défendre. Pour vous, ô Télémaque , gardez-vo bien de lui dire que vous êtes le fils d'Ulysse : il espéren qu'Ulysse, retournant à Ithaque, lui payerait queiqi grande somme pour vous racheter, et il vous tiendrait i prison.
Quand nous arrivâmes à Tyr, je suivis le conseil d Narbal, et je reconnus la vérité de tout ce qu'il m'a va raconté. Je ne pouvais comprendre qu'un homme pût s rendre aussi misérable que Pygmalion me le paraissait Surpris d'un spectacle si affreux et si nouveau pour moi je disais en moi-même : Voilà un homme qui n'a cherchi qu'à se rendre heureux : il a cru y parvenir par les riches ses et par une autorité absolue : il possède tout ce qui peut désirer; et cependant il «st misérable par ses richesse et par son autorité même. S'il était berger, comme Je ï'étaiî naguère, il serait aussi heureux que je l'ai été; il jouirail des plaisirs innocents de la campagne, et en jouirait sans remords ; il ne craindrait ni le fer ni le poison; il aimerait les hommes , il en serait aimé : il n'aurait point ces grandes richesses , qui lui sont aussi inutiles que du sable, puisqu'il nose y toucher; mais il jouirait librement des