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faingaiissent ^bns une oisiveté obscure , et qui devieodraient de grands hommes, si l*émalatîon et Tespérance du succès les animaient au travail I Combien y a-t-il d'homme& que la misère, et l'impuissance de s'élever par la vertu ^ tentent de s'élever par le crime! Si donc vous attachez les récompenses et les honneurs au génie et à la vertu , combien des sujets se formeront d'eux-mêmes f Mais com- ÏÂ&ï en formerez- vous en les faisant monter de degré en degré, depuis les derniers emplois jusqu'aux premiers I Vous exercerez les talents ; vous éprouverez l'étendue de l'esprit, et la sincérité de la vertu. Les hommes qui parviendront mix plus hautes places auront été nourris sou» vos yeux dans les inférieures. Vous les aurez suivis toute leur vie y de degré en degré; vous jugerez d'eux, non par leurs paroles , mais par toute la suite de leurs actions.
Pendant que Mentor raisonnait ainsi avec Télémaque , ils aperçurent un vaisseau phéacien qui avait relâché dans^ une petite lie déserte et sauvage bordée de rochers affreux» En même temps les vents se turent , les plus doux zéphirs mêmes semblèrent retenir leurs haleines; toute la mer devint unie comme une glace ; les voiles abattues ne pouvaient plus animer le vaisseau ; l'effort des rameurs , déj à fatigués, était inutile; il fallut aborder en cette île, qui était plutôt un écueil, qu'une terre propre à être habitée par des hommes. En un autre temps moins calme , on n'aurait pu y aborder sans un grand périL
Les Phéaciens, qui attendaient lèvent, ne paraissaient pas moins impatients que les Salentins de continuer leur navigation. Télémaque s'avance vers eux sur ces rivages escarpés. Aussitôt il demande au premier homme qu'il rencontre, s'il n'a point vu Ulysse , roi d'Ithaque , dans la maison du roi Âlcinoûs.
ATê télémaque:
Geiai auquel il s'était adressé par hasard n'était pas Phéa-î eien : c'était un étranger inconnu , qui avaif un air majes* tueux, mais triste et abattu; il paraissait rêveur, et à peine écouta-t-il d'abord la question de Télémaque ; mais enfin il lui répondit : Ulysse , vous ne vous trompez pas , a été reçu chez le roi Alcinous , comme en unlieu où l'on craint Jupiter, et où l'on exerce l'hospitalité ; mais il n'y est plus, et vous l'y chercheriez inutilement : il est parti pour revoir Ithaque, si les dieux apaisés souffrent enfin qu'il puisse jamais saluer ses dieux pénates.
A peine cet étranger eut prouoncé tristement ces paroles , qu'il se jeta dans un petit bois épais sur le haut d'oii rocher, d'où il r^&rdait tristement la mer, fuyant tes hom* mes qu'il voyait, et paraissant affligé de ne pouvoir partir. Télémaque le regardait fixement; plus il le regardait, plus il était ému et étonné. Cet inconnu » disait-il à Mentor , m'a répondu comme un homme qui écoute à peine ce qu'on lui dit, et qui est niein d'amertume. Je plains les malheureux depuis que je le suis; et je sens que mon cœur s'intéressse pour cet homme, sans savoir pourquoi. Il m'a assez mal vécu ; à peine a-t-il daigné ra'écouter et me répondre : je ne puis cesser néanmoins de souhaiter la fin de ses maux.
Mentor, souriant, répondit : Voilà à quoi servent les malheurs de la vie ; ils rendent les princes modérés , sensibles aux peines des autres. Quand ils n'ont jamais goûté que le doux poison des prospérités, ils se croient des dieux ; ils veulent que les montagnes s'aplanissent pour les contenter ; ils comptent pour rien les hommes; ils veulent se jouer de la nature entière. Quand ils entendent parler de souffrance , ils ne savent ce que c'est ; c'est un songe pour eux ; ils n'ont jamais vu la distance du bien et du mal.
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L'infortune seule peut ieur donner de l'humanité , et chan* lier leur cœur de rocher en un cœur humain : alors ils sentent qu'ils sont hommes, et qu'ils doivent ménageries hommes qui leur ressemblent. Si un inconnu vous fait tant de pitié, parce qu*il est, comme vous , errant sur ce rivi^, combien devrez-vous avoir plus de compassion pour le peuple d'Ithaque, lorsque vous le verrez un jour souffrir, ce peuple que les dieux vous auront confié comme on confie un troupeau à un berger ; et que ce peuple sera peut-être malheureux par votre ambition, ou par votre fiiste, ou par votre imprudence! car les peuples ne souffrent que par les fautes des rois , qui devraient veiller pour les empêcher de souffrir.
Pendant que Mentor parlait ainsi, Télémaque était l^wigé dans la tristesse et dans le chagrin. Il lui répondit enfin avec un peu d'émotion : Si toutes ces choses sont vraies , l'état d'un roi est bien malheureux. Il est l'esclave de tous ceux auxquels il paraît commander ; il est fait pour eux ; il se doit tout entier à eux ; il est chargé de tons leurs besoins ; il est l'homme de tout le peuple , et de chacun en particulier. Il fout qu'il s'accommode à leurs faiblesses, qu'il les corrige en père, qu'il les rende sages et heureux. L'autorité qu'il paraît avoir n'est point la sienne ; il ne peut fim faire ni pour sa gloire ni pour son plaisir : son autorité est oelledeslois;itfautqu'illeurobéisse pour en donner l'exemple à ses sujets. A proprement parler, il n'est que le défenseur des lois pour les faire régner ; il faut qu'il veille et qu'il travaille pour les maintenir : il est l'homme le moins libre et le moins tranquille de son royaume ; c'est un esdave qui sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la félicité publique.
Il est vrai, r^ondit Mentor, que le roi n'est roi que
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pour avoir soin de son peuple^ comme un berger de son troupeau , ou comme uu père de sa famille : mais trouvez-^ vous, mou cher Téiémaqoe, qu'il soit malfaettreux d*avoir du bien à faire à tant de gens? Il corrige les méchants par des punitions ; il encourage les bons par des 'récompenses; il représente les dieux en conduisant ainsi à la vertu tout le genre humain.. N'a*t-il pas assez de ^oire à faire garder les I(HS ? Celle de se mettre an-dessus des lois est une gloire fieiusse qui ne mérite que de Fhorreur et du mépris. S'il est méchant, il ne peut être que malheureux, car il ne saurait trouver aucune paix dans ses passions et dans sa vanité : s'il est bon , il doit goûter le plus pur et le plus solide de tous les plaisirs à travailler pour la vertu, et à attendre des dieux une étemelle récompense.
Télémaque , agité au dedans par une peine secrète , sem-> blait n*avoir jamais compris ces maximes , quoiqu'il en fût i*empli , et qu'il les eût lui-même enseignées aux autres. Une humeur noire lui donnait, contre ses véritables sentiments , un esprit de contradiction et de subtilité pour rejeter les vérités que Mentor expliquait. Télémaque opposait à ces raisons Tingratitude des hommes. Quoi! disaitrii, prendre tant de peine pour se faire aimer des hommes qui ne vous aimeront peut-être jamais, et pour faire du bien à des méchants qui se serviront de vos bienfaits pour vous nuire I
Mentor lui répondait patiemment : IL faut compter sur ringratitude des hommes , et ne laisser pas de leur faire du bien I il &ut les servir moins pour Tamour d'eux que pour Famour des dieux , qui l'ordonnent. Le bien qu'on fait n'est jamais perdu : si les hommes l'oublient, les dieux s'en souviennent, et le récompensent. De plus, si la multitude est ingrate « il y a toujours des hommes vertueux qui sont ton-