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chés de votre verta. La multitude même, quoique changeante et capricieuse, ne laisse pas de faire tôt ou tard luie espèce de Justice à la véritable vertu.
Mats voulez-vous empêcher Tingratitude des hommes 1 ne travaillez point uniquement à les rendre puissants , riches, redoutables par les armes , heureux par les plaisirs : cette gloire , cette abondance et ces délices lescorrompront ; ils n'en seront que plus méchants , et par conséquent plus ingrats : c'est leur Mve un présent funeste ; c'est leur offrir an poison délicieux. Msds appliquez- vous à redresser leurs mœurs , à leur inspirer la justice , ta sincérité , la (mainte des dieux , l'humanité , la fidélité , la modération , le désintéres^sement : en les rendant bons , vous les empêcherez d'être ingrats ; vous leur donnerez le véritable ïÀen^ qui est la vert»; etia vertu, sielleest solide, les attachera toujours à celui qui la leur aura inspirée. Ainsi , en leur donnant les véritables Mens , vous vous ferez du bien à vous-même , et vous n'aurez point à craindre leur ingratitude. Fautril s'étonner que les hommes soient ingrats pour des princes qui ne les ont jamais exercés qu'à rinjustiee , qu'à l'ambition sans bornes , qu'à la jalousie contre leurs voisins , qu*à l'inhumanité, qn'à la hauteur, qu'à la mauvaise foi? Le prince ne doit attendre d'eux que ce qu'il leur a appris à faire. Si au contraire il travaillait, par ses exemples et par son autorité, à les rendre bons , il trouverait le fruit de son travail dans leur vertu ; ou du moins il trouverait dans la sienne et dans i'amitiédesdieuxdequoise consolerde tous les mécomptes.
A peine ce discours fut-il achevé, que Télémaque s'avança avec empressement vers les Pbéaciens du vaisseau qui était arrêté sur le rivage. Il s'adressa à un vieillard d'entre eux, pour lui demander d'où ils venaient, où ils allaient , et s'ils n'avaient pointvu Ulysse. Le vieillard.i'é-
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pondit : Nous venons de notre île , qui est celle des Phéa-*ciens : nons allons chercher des marchandises vers l'Épire. Ulysse , comme on vous fa déjà dit ,• a passé dans notre patrie ; mais il en est parti. Quel est , ajouta aussitôt Télémaque, cet homme si triste qui cherche les lieux les plus déserts en attendant que votre vaisseau parte? C'est, répondit le vidllard , un étranger qui nous est inconnu : mais on dit qu'il se nomme Gléomènes ; qu'il est né en Phrygie ; qu'un oracle avait prédit à sa mère^avant sa naissance , qu'il serait roi, pourvu qu'il ne demeurât point dans sa patrie y et que s'il y demeurait , la colère des dieux se ferait sentir aux Phrygiens par une cruelle peste. Dès qu'il fut né^ ses parents le donnèrent à des matelots, qui le portèrent dans rile de Lesbos. Il y fut nourri en secret aux dépens de sa patrie , qui avait un si grand intérêt de le tenii^ éloigné. Bientôt il devint grand, robuste, agréable, et adroit à tous les exercices du corps; il s'appliqua même, avec beaucoup de goût et de génie, aux sciences et aux beaux-arts. Mais on ne put le souffrir dans aucun pays : la prédiction faite sur lui devint célèbre : on le reconnut bientôt partout où il alla ; partout les rois craignaient qu'il ne leur enlevât leurs diadèmes. Ainsi il est errant depuis sa jeunesse, et il ne peut trouver aucun lieu du monde où il lui soit libre de s'arrêter. Il a souvent passé chez.des peuples fort éloignés du sien ; mais àpeine est-il arrivé dans une ville, qu'on ydécouvre sa naissance, et l'oraclequi le regarde. Il a beau se cacher, et choisir en chaque lieu quelque genre de vie obscure; ses talents éclatent, dit-<m, toujours malgré lui, et pour la guerre, et pour les lettres, et pour les affaires les plus importantes : il se présente toujours en chaque pays quelque occasion imprévue qui l'entraîne, et qui le fait connaître au public.