POUR LA PAGE
Après ces mots : Ces armes étaient polies comme une glace , et iNillantes comme les rayons da soleil , on lit : Dessus était grayée la famease lûstoire da siège de Thëbes : on Toyalt d'abord le malheureux Laïus, qui, ayant appris par la réponse de Toracle d'Apollon, que son fils qui Tenait de naître serait le meurtrier de son père, liTra aussitôt Tenfant à un berger pour l'exposer aux bétes sauvages et aux oiseaux de proie. Puis on remarquait le berger qui portait l'enfant sur la montagne de Cythéron, entre la Béotie et la Phocide. Cet en- &Bt semblait crier et sentir sa déplorable destinée. Il avait je ne sais quoi de naïf, de tendre et de gracieux, qui rend l'enfance si aimable. Le berger qui le portait sur des rochers affreux , paraissait le faire à regret, et être touché de compassion : des larmes coulaient de ses yeux. Il était incertain et embarrassé; puis il perçait les pieds de l'enfant avec son épée, les traversait d'une branche d'osier, et le suspendait à un arbre , ne pouvant se résoudre ni à le sauver contre Tordre de son maître, ni à le livrer à une mort certaine : après quoi il partit , de peur de voir mourir ce petit innocent qu'il aimait.
Cependant l'enfant allait mourir &ute de nourriture : déjà ses pieds, par lesquels tout son corps était suspendu, étaient enflés et livides. Phorbas, berger de Polybe, roi de Corinthe, qui foisait paître dans ce désert les grands troupeaux du roi , entendit les cris de ce petit enfant; il accourt, il le détacbe, fl le donne à un autre berger, afin qu'il le porte à la reine Mérope, qui n'a point d'enfonts : elle est touchée de sa beauté ; elle le nomme Œdipe , à cause de l'enflure de ses pieds percés , et le nourrit comme son propre fils, le croyant un enfant envoyé des dieux. Toutes ces diverses actions paraissaient chacune en leurs places.
Ensuite on voyait Œdipe déjà grand , qui , ayant appris que Polybe n'était pas son père, allait de pays en pays pour découvrir sa naissance. L'oracle lui déclara qu'il trouverait son père dans la Phocide. il y va : il y trouve le peuple agité par une grande sédition ; dans ce trouble, il tue Laïus son père sans le connaître. Bientôt on le voit encore qui se pi-ésenle à Thèbes; il explique l'énigme du Sphinx. Il
tue le monstre ; il épouse la reine Jocaste, sa mère , qu'il ne connatt point, et qoi croit Œdipe fils de Polybe. Une horrible peste, signe de la colère des dieux , suit de près un mariage si détestable. Là , Vulcain avait pn» plaisir à représenter les en&nts qui expiraient dans le sein de leurs mères, tout un peuple languissant, la mort et la douleur peintes sur les visages. Mais ce qui était de plus affreux, était de voir Œdipe, qui, après avoir longtemps chercbé le sujet du courroux des dieux , découvre qu'il en est lui-même la cause. On voyait sur le visage de Jocaste la honte et la crainte d'éclairdr ce qu'elle ne voulait pas connaître; sur celui d'Œdipe, Fhorreur et le désespoir : il s'arlaclie les yeux, et il parait conduit comme un aveugle par sa fille Anligone : on voit qu'il reproche aux dieux les crimes dans lesquels ils l'ont laissé tomber. Ensuite on le voyait s'exiler lui-même pour se punir, et ne pouvant plus vivre avec les honunes.
En partant il laissait son royaume aux deux fils qu'il avait eus de Jocaste , Étéocle et Polynice, à condition qu'ils régneraient tour à tour chacun leur année; mais la discorde des frères paraissait encore plus horrible que les malheurs d'Œdipe. Étéocle paraissait sur le trône , refusant d'en descendre pour y faire monter à son tour Polynice. Celui-ci, ayant eu recours à Adraste, roi d'Argos, dont il épousa la tiUe Argia , s'avançait vers Thèbes avec des troupes innombrables. On voyait partout des combats autour de la ville assiégée. Tous les héros de la Grèce étaient assemblés dans cette guerre, et elle ne paraissait pas moins sanglante que celle de Troie.
On y reconnaissait l'infortuné mari d'Ériphyle. Céti^t le célèbre devin Amphiaraûs, qui prévit son malheur, et qui ne sut s'en garantir : il se cache pour n'aller point au siège de Thèbes, sachant qu'il ne peut espérer de revenir de cette guerre s'il s'y engage. Ériphyle était la seule à qui il eût osé confier son secret; Ériphyle son épouse, qu'il aimait plus que sa vie, et dont il se croyait tendrement aimé. Séduite par un collier qu' Adraste, roi d'Argos, lui donna, elle trahit son époux Amphiaraûs ; on la voyait qui découvrait le lieu où il s'était caché. Adraste le menait malgré lui à Thèbes. Bientôt, en y arrivant, il paraissait englouti dans la terre qui s'entr'ouvrait tout à coup pour l'abtmer.
Parmi tant de combats où Mars exerçait sa fureur, on remarquait avec horreur celui des deux frères Étéocle et Polynice : il paraûsaît sur leurs visages je ne sais quoi d'odieux et de funeste. Le crime de leur naissance était comme écrit sur leurs fronts. Il était facile de
jogèr qn'îlft étaient dévoués aux Furies infernales et à la vengeance des dieux. Les dieux les sacrifiaient pour servir d'exemple à tous les frères dans la suite de tous les siècles, et pour montrer ce que fait rim|Me Discorde, quand elle peut séparer des cœurs qui doivent être si étroitement unis. On voyait ces deux frères pleins de rage, qui s'entre-déchiraient; chacun oubliait de défendre sa vie pour arracher celle de son frère : ils étaient tous deux sanglants , percés de coups mortels; tous deux mourants, sans que leur fureur pût se ralentir; tous deux tombés par terre, et prêts à rendre le dernier soupir : mais ils se traînaient encore Tun contre l'autre pour avoir le plaisir de mourir dam un dernier effort de cruauté et de vengeance. Tous les antres combats paraissaient suspendus par celui-là. Les deux années étaient consternées et saisies d'horreur à la vue de ces deux monstres. Mars lui-même détournait ses yeux cruels, pour ne pas voir un tel spectacle. Enfin on voyait la flamme du bûcher sur lequel on mettait les corps de ces deux frères dénaturés. Mais, 6 chose incroyable! la flamme se partageait en deux, la mort même n'avait pu finir la hdne implacable qui était entre Étéode et Polynice ; ils ne pouvaient brûler ensemble! et leurs cendres, encore sensibles aux maux qu'ils s'étaient fiiits l'un à l'autre, ne parent jamais se mêler. Voilà ce que Vulcam avait représenté avec un art divm sur les armes que Minerve avait données à Télémaque.
Le bouclier représentait Cérès dans les campagnes d'Enna, etc. La suite, page iOO.
FIN DE TELEMAQUE.
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