‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 40 sur 228 · LIVRE V. 8t · texte numérisé non relu

LIVRE V. 8t

de la chamic , langait et ne se soutient pins ; il n*a point encore perdu cette vive blancheur et cet éclat qui charme les yeux; mais 4a terre ne le nourrit plus, et sa vie est éteinte : ainsi le filsd'Idoménée , comme une jeune et tendre fleur, est cruellement moissonné dès son premier âge. I^père, dans l'excès de sa douleur, devint insensible; il ne sait où il est, ni ce qu'il a fait, ni ce qu'il doit faire; ilmarche chancelant vers la ville, et demande son fils.

Cependant le peuple, touché de compassion pour l'enfant et d'horreur pour Faction barbare du père , s'écrie que les dieux justes l'ont livré aux Furies. La fureur leur fournit des armes, ils prennent des bâtons et des pierres ; la Discorde souffle dans tous les cœurs un venin mortel. Les Cretois, les sages Cretois, oublient la sagesse qu'ils ont tant aimée; ils ne reconnaissent plus le petit-fils du sage Mines. Les amis d'Idoménée ne trouvent plus de salut pour lui qu'en le ramenant vers ses vaisseaux : ils s'embarqnent avec lui ; ils fuient à la merci des ondes. Idoménée retenant à soi , les remercie de l'avoir arraché d'une terre qu'il a arrosée du sang de son fils , et qu'il ne saurait plus habiter. Les vents les conduisent vers l'Hespérle, et ils vont fonder un nouveau royaume dans le pays des Salentins.

Cependant les Cretois , n'ayant plus de roi pour les gouverner, ont résolu d'en choisir un qui conserve dans leur pureté les lois établies. Voici les mesures qu'ils ont prises pour faire ce choix : Tous les principaux citoyens des cent villes sont assemblés ici; on a déjà commencé par des sacrifices ; on aassemblé tous les sages les plus fameux des pays voisins pour examiner la sagesse de ceux qui paraîtront dignes de commander. On a préparé des jeux publics, où tous les prétendants combattront; car on veut

8) TÉLËMAQUE.

donner pour prix la royauté à celui qu'on Jugera vainqueur de tous les autres , et pour lesprit et pour ie corps. On veut un roi dont le corps soit fort et adroit , et dont i*âme soit ornée de la sagesse et de la vertu. On appelle ici tous les étrangers.

Après nous avoir raconté toute cette histoire étonnante , Nausicrate nous dit : Hâtez- vous donc , 6 étrangers , de venir dans notre assemblée : vous combattrez avec les autres ; et si les dieux destinent la victoire à Tun de vous, il régnera en ce pays. Nous le suivîmes , sans aucun désir de vaincre, mais par la seule curiosité de voir une chose si extraordinaire .

Nous arrivâmes aune espèce de cirque très-vaste, environné d*une épaisse forêt; le milieu du cirque était une arène préparée pour les combattants ; elle était bordée par un grand amphithéâtre d*un gazon frais sur lequel était assis et rangé un neunle innombrable. Quand nous arrivâmes, on nous reçut avec honneur; car lés Cretois sont les peuples du monde qui exercent le plus noblement et avec le plus de religion Thospitalité. On nous fit asseoir, et on nous invita à combattre. Mentor s*en excusa sur son âge, et Hasaël sur sa faible santé. Ma jeunesse et ma vigueur m'ôtaient toute excuse; je jetai néanmoins nn coup d'œil sur Mentor pour découvrir sa pensée, et j'aperçus qull souhaitait que je combattisse. J'acceptai donc l'offre qu on me faisait : je me dépouillai de mes habits ; on fit couler des flots d'huile douce et luisante sur tous les membres de mon corps, et je me mêlai parmi les combattants. On dit de tous côtés que c'était le fils d'Ulysse , qui était venu pour tâcher de remporter les prix ; et pinsieurs Cretois qui avaient été à Ithaque pendant mon enfonce me reconnurent.

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