‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 41 sur 228 · LIVRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE Y

Le premier combat fut celui de la lutte. Un Rhodien d'environ trente-cinq ans surmonta tous les autres qui osèrent se présenter à lui. Il était encore dans toute la vigaeur de la jeunesse : ses bras étaient nerveux et bien Doums; au moindre mouvement qu'il faisait, on voyait tous ses muscles : il était également souple et fort. Je ne lui parus pas digne d'être vaincu , et regardant avec pitié ma tendre jeunesse, il voulut se retirer; mais je me présented à lui. Alors nous nous saisîmes Tuu Vautre ; nous nous serrâmes, à perdre la respiration. Nous étions épaule GODtre épaule , pied contre pied , tous les nerfs tendus , et les bras entrelacés comme des serpents, chacun s'efforeant d'enlever de terre son ennemi. Tantôt il essayait de me surprendre en me poussant du côté droit , tantôt il s'efforçait de me pencher du côté gauche. Pendant qu'il me tâtait ainsi, je le poussai avec tant de violence que ses reins plièrent : il tomba sur l'arène, et m'entratna sur lui. En vain il tâcha de me mettre dessous ; je le tins immobile sous moi ; tout le peuple cria : Victoire au fils d'Ulysse 1 et j'aidai au Rhodien confus à se relever.

Le combat du ceste fut plusdifQeile. Le fils d'un riche citoyen de Samos avait acquis une haute réputation dans ce genre de combats. Tous les autres luicédèrrat; il n'y eut que moi qui espérai la victoire. D'abord il me donna dans la tête, et puis dans l'estomac, des coups qui me firent vomir le sang, et qui répandirent sur mes yeux un épais nuage. Je chancelai; il me pressait, et je ne pouvais plus respirer; mais je fus ranimé par lar voix de Mentor, qui me criait : O fils d'Ulysse, seriez-vous vaincu? La colère me donna de nouvelles forces; j'évitai plusieurs coups dont j'aurais été accablé. Aussitôt que le Samien m'avait porté un jGeiux coup , et que son bras s'allongeait en vain ,

je le surprenais dans cette posture penchée : déjà il reculait, quand je haussai mon ceste pour toniher sur lui avec plus de force : il voulut esquiver; et perdant Téquilihre, il me donna le moyen de le renverser. A peine futrii étendu par terre, que je lui tendis la main pour le relever. Il se redressa lui-même, couvert dépoussière et de sang; sa honte fut extrême; mais il n'osa renouveler le combat. Aussitôt on commença les courses des chariots , que l'on distribua au sort. Le mien se trouva le moindre pour la légèreté des roues et pour la vigueur des chevaux. Nous partons : un nuage de poussière vole , et couvre le ciel. Au commencement, je laissai les autres passer devant moi. Un jeune Lacédémonien , nommé Grantor, laissait d'abord tous les autres derrière lui. Un Cretois , nommé Polyclète , le suivait de près. Hippomaque, parent d'Idoménce, qui aspirait à lui succéder, lâchant les rênes à ses chevaux fumants de sueur, était tout penché sur leurs crins flottants; et le mouvement des roues de son chariot était si rapide, qu'elles paraissaient immobiles comme les ailes d'un aigle qui fend les airs. Mes chevaux s'animèrent, et se mirent peu à peu en haleine; je laissai loin derrière moi presque tousceux qui étaient partis avec tant d'ardeur. Hippomaque, parent d'Idoménée, poussant trop ses chevaux , le plus vigoureux s'abattit , et ôta à son maître l'espérance de régner. Polyclète, se penchant trop sur ses chevaux , ne put se tenir ferme dans une secousse ; il tomba : les rênes lui échappèrent, et il fut trop heureux de pouvoir en tombant éviter la mort. Grantor voyant avec des yeux pleins d'indignation que j'étais tout auprès de lui, redoubla son ardeur : tantôt il invoquait les dieux, et leur promettait de riches offrandes ; tantôt il parlait à ses chevaux pour les animer : il craignait que je ne passasse en-

Page 1