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LA GUERRE DANS LA FORÊT

La diplomatie ne joue pas un très-grand rôle dans les guerres entre Caraïbes. Depuis longtemps les Grandes Bouches et les Longues Oreilles étaient prêts à se dévorer littéralement pour la cause qui amène d'ordinaire tous les combats des sauvages, pour la possession d'un terrain de chasse. Les Grandes Bouches prétendaient chasser- seuls dans une partie de la forêt où sifflaient matin et soir les flèches des Longues Oreilles; En envoyant VÈclair qui tue ouvrir une négociation au carbet Favonette, au lieu de se jeter simplement sur leurs rivaux de chasse, les Grandes Bouches avaient montré une, modération qui n'était pas dans leurs mœurs. Quand ils retrouvèrent le corps de leur ambassadeur étendu sanglant et inanimé près du quartier de leurs voisins, ils ne pensèrent pas à engager une enquête pour savoir comment s'était fait le meurtre, mais tout simplement à venger une mort par d'autres morts. Ils emportèrent le corps de VÈclair qui tue, qu'ils ensevelirent avec toutes les cérémonies propres à réjouir une ombre de Caraïbe : hurlements, danses funèbres, sacrifices humains; puis ils se mirent en route armés, et avec maint moyen de combat que nous allons

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connaître tout à Theure, pour exterminer ceux auxquels il leur était le plus agréable d'attribuer le trépas de leur chef.

Favonette, qui connaissait à fond les mœurs sauvages, avait prévu d'avance tout ce que feraient ses ennemis. 11 savait et le temps qu'ils consacreraient à leurs pratiques funèbres, €t le moment où ils commenceraient leur attaque, k l'instant donc où la tribu des Grandes Bouches se mettait en route pour aller chercher sa vengeance, on donnait le signal du départ dans la tribu des Longues Oreilles. Favonette ne voulut pas laisser à ses adversaires l'avantage d'être les agresseurs. Il prit la résolution de les rencontrer et de leur livrer bataille au milieu de la forêt.

Quand les Longues Oreilles sortirent de leur carbet, il se levait dans le ciel un beau soleil d'automne qui u'empéchait point de souffler à travers les airs un vent âpre et bruyant, aux inspirations martiales. Favonette était aussi fier qu'Alexandre,' et avait lieu de croire que le soleil s'intéressait tout autant à la journée qu'allaient éclairer ses rayons, qu'il avait pu s'intéresser jadis aux journées du Granique et dArbelle. Ce grand capitaine était monté, sans étriers et sans selle, sur un petit cheval de race sauvage, aux membres grêles, mais prompts et robustes, à la tête grosse et expressive, à la queue imposante et à la crinière colérique. Près de lui s'avançaient, sur des chevaux semblables au sien, et qu'ils montaient aussi à la caraïbe, Dranmor dans sa calme beauté, Hafré, le visage empreint de son habituelle insouciatice. Sakdiu était à pied. Il n'avait point pu se résoudre à mon-

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ter à cheval en sauvage ; il trouvait dans l-équitation caraïbe quelque chose qui répugnait à son élégance guerrière. 11 s'en allait donc comme un paladin dont un enchanteur a volé le coursier favori. Il était fort gai, du reste, quoique à pied. Le courage faisait circuler dans tout son £orps ses agréables chaleurs. Les rêves à Féclat d'armure, aux voix de cymbales et de trompettes qui remplissent le matin des belliqueuses journées, tourbillonnaient autour de lui. Il se sentait agile et dispos, pur de cœur, ardent d'esprit, propre à savourer les farouches délices des combats.

On s'avançait depuis deux heures dans la forêt, sous des voûtes qui résonnaient de chants d'oiseaux et que paraient toutes les teintes d'une verdure d'automne, quand, au détour d'une allée, un des hommes qui marchaient à Tavant-garde roula tout à coup sur le gazon. Une flèche venait de l'atteindre au milieu du corps, une des flèches les plus infernales qu'ait inventées le génie caraïbe : ce trait mortel était coupé à l'endroit où se joignaient le bois et le fer, non pas coupé tout à fait, mais de manière à se rompre une fois entré dans la chair. Le bois avait glissé à terre, et le fer s' était enfoncé dans la blessure, ne pouvant plus, comme une balle, être arraché que par des tenailles. Deux guerriers des Longues Oreilles se précipitèrent près de leur compagnon blessé, et tombèrent frappés comme lai par des mains, invisibles.

Favonette fit arrêter sa troupe. D'un œil accoutumé à sonder les secrets du feuillage, il eut bientôt aperçu, à travers les arbres, une embuscade de Grandes Bouches. Il montra aux siens les archers ennemis, dont quelques-

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