LBS SOUFFRANCES D'ON HOUZARD
•^ C'est toi que j'aime, c'est toi que j'aimais, c'est toi que j'aimerai.
On dit que les joies ne se racontent pas. £h I mon Dieul si{ elles peuvent se raconter pour notre malheur; car rien de plus douloureux que ces récits de bonheur évanoui qu'à certaines heures d'indicibles tourments notre cœur se fait à lui-même. Je pourrais dire, û je le voulais, toutes les joies de Wolfgang; mais c'est de ses souffrances seulement que j'ai entrepris de vous parler.
Si peu de temps qu'aient duré ses amours, quelquef^ jours airan) la rapide série d'événements qui marquent la fin de sa vie, ses douleurs avaient commencé. Dans les lettres qu'il écrivait à madame de Timey (le pauvrç garçon était un des malheureux qui ont écrit de vraies lettres de passion), quelques passages annoncent déjà les tortures dont il devait périr la victime et l'inventeur ea. même temps ; car personne ne fut plus que lui ingénieux à faire souffrir cette nature insoucieuse de tout ce qui n'était pas noble chagrin, idéal tourment» Que voulez-vous? il cherchait, il voulait trouver, el trouver dans celle-là justement qui l'avait conquis par son premier regard ce qui appartient bien plus peut-être au monde imaginaire que les fruits enchantés, les ojides harmonieuses, les oiseaux parleurs, toutes les merveilles des contes de fées; il voulait trouver la I^mme qui aime son amant de tout son cœur; il disait, ^ I^Hizard, avec une vir^ginale candeur : « Mais, si
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vraiment c'est pour uoe femme une chose si solennelle, si décisive, si terrible qne de se donner à un homme, comment cet homme ne devient-il pas ensuite, pour celle qui lui dit sans cesse : — Vous avez pris toute ma vie, — un but unique, une souveraine pensée?» Il disait encore, ce houzard, avec une délicatesse qui n'est point par malheur dans des poitrines que recouvre la gaze, et non le dolmen : « S'il y a quelque chose qui puisse effacer chez les femmes ces prétendues souillures dont elles disent qu'elles souffirent tant quand elles se sont livrées à nous sans avoir mis l'Église et l'État dans leur secret , te doit être uniquement le dévouement sans bornes de leur tendresse pour celui à qui elles se sont sacrifiées. » Il répétait souvent cet aphorisme : t C'est l'étendue de l'amour qui fait sa pureté* »
Pendant que Wolfgang livrait ainsi les forces les plus vives de son âme à cette passion qui est de tous les temps, et qui nous fait traverser sans nous en douter, sur un manteau étincelant comme celui de Raieigh, soit les mares de boue, soit les mares de sang, ce terrible drame du dehors dont on croyait le dénoûment arrivé recommençait tout à coup. On était au printemps de 184^. La France allait entrer dans le songe douloureux et splendide de ce sanglant été qui vit les journées de Waterloo. Quoique Cadolles fût en droit de dire ce qu'il répétait chaque jour à madame de Ttmey, que son amour était l'unique
soad de sa vie, il n'avait opposé aucune résistance aux efforts de son père pour le faire rentrer dans les rangs d'où l'avaient tiré ses goûts et sa destinée* M. de CadoUes l'avait mené au château et l'avait présenté au roi, qui l'avait accueilli avec bonté.
Le comte d'Artois avait exercé sur lui l'action que cet aimable prince exerçait sur toute noble et délicate nature. Dans les rares loisirs que laissaient à sa réflexion les ardentes préoccupations de sa tendresse, il lui arrivait parfois de se rappeler douloureusement l'Empereur, la grande armée, les aigles, ces proclamations héroïques qui faisaient savourer les joies de l'orgueil à toute une nation; mais le gentilhomme répondait chez lui au vieux soldat II se disait avec plaisir qu'il servait ceux que ses pères avaient servis^ il s'attendrissait sur toutes ces résurrections dont la France s'irrita si fort, et qui étaient pour lui, comme des apparitions d'êtres chéris ; enfin le marquis du 1^ houzards se sentait heureux de redevenir un véritable marquis. Tel était l'état de son esprit quand eut lieu ce magique retour da l'île d'Elbe, ce triomphal voyage de l'Empereur, ce départ rapide et forcé des Bourbons, tous les événements qui firent une époque unique dans notre histoire du mois de mars 1815.
Si Wolfgangeût été dans les mousquetaires ou dans les gardes du corps, comme l'avait désiré un instant son père, il aurait suivi le roi à Gand, et toute sa vie alors eût pris un autre cours ; mais notre héros n'a-
M CARAcrian» et iiÉcnft bv naH.
fût pas pQ se décider à quitter le t*' bouzard»; H était resté dans ce beau régiment qui ayait eu sea coeur atant madame de Timey.
Le 1^ hoozards était alors à Paris» et, quoiquli sât apprécier tous les charmes de cette garoisoD, je dois lé dire peurfont, il avait l'âme triste; il songeait méhtncotrqaement à son empereur. Sa tristesse s*exprf* mait crnnm^ s'exprhne volontiers la tristesse des hoii'^ taté^f par une demande désespérée de distracfion an ▼in, à Teau-de^fie, à l'absinthe, et par quelque coups de sabre consolateurs donnés de lonps en temps à quelques officiers russes ou anglais. &raff surtout usait de ce dernier remède atec empottcment. Le t* houzards était dans cette situation morale, quand m matin une proclamation lui apprft que l'usurpateur était revenu, et que les troupes royiafes allaient maf^ dier à sa rencontre. Il se passa uiie sC^ène à'ia caserne dont certaines mémoires ont vivement conservé tous les détails. Le colcmel HeAin, car le î^ houzards était encore commandé par ce vieux brave qui aimait son régiment comme le prince de Ligne aimait ses Trabani!(, le colonel Herbin entra dans le quartier avec tme jSgure demi-narquoise et demi-sondeuse.
Le régiment était sous les armes et épiait chaque mouvement de son chef. Quelques anciens qui le connaissaient, comme on se connaît entre officiers et soldats après dix ans de ménage militaire, — quelques anciens disaient : « Le colonel va tirer quelque chose
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de sa sabretache. i Le colonel appela auprès de lui tous les ofSciers. Quand il eut fait former te cercle, sans aucun discours préalable, il déptiia et lut la proclamation qui exhortait les troupes à combattre Bo-* napafte. Cette lecture terminée, il ajouta ces simples paroles : « Allez, messieurs, faire lire cette proclama- ' tien à la troupe ; je suis sûr qu'eHe partagera nos sentiments. »
On obéit au colonel. Lé régiment était à pied. La proclamation fut écoutée en silence. Pas un mot, pas un cri n'en suivirent la lecture, faite par les maréchaux-de-logis-chefs et par les fourriers, avec le ton que sait mettre à ce qu'elle débite cette classe d'expéditifs lecteurs. On sonna le boute-selle, et, dans le même silence, on sortît de la caserne. C'était sur-lechamp que le régiment devait se porter au-devant du prisonnier de l'île d'Elbe.
Quand, après avoir quitté Paris, on se trouva en pleine route, il se passa un singulier phénomène. On sait quelle transformation s'opère d'habrtude dans les régiments une fois qu'on n'est plus sur le pavé des villes, qu'on s'empare du grand air et de la plaine. Le règlement permet aux rangs de s'espacer, et rend à ces pauvres muets, par qui l'État veut être servi à la façon dn Grand-Tûrc, la libre jouissance de la parole. C'est alors un vrai coup de théâtre. On dirait un funeste enchantement qui dispaiWt : toutes les lèvres immobiles remuent, les pipes s'allument, les rires
•0 CAAACTÈai» Bt RÉCITS Dt TEMt»S»
éclaftentt les propos courent, les chansons s'envolent^ FriUm fritaine, Sonnei^ trompettes^ Si le canon me rase, k9 Houxards .de Tirlemont, Holà, bonhomme! toat le poétique répertoire du troupier se vide comme les gourdes; répertoire vivant, joyeux, hardi, moqueur» et noble après tout, malgré ce qu'il a de bouffon et de cynique, parce qu'il s'associe bien souvent aux plus intrépides élans du cœur. Eh bien! ce jour-là le 1** houzards resta silencieux. Pas un refrain ne se fit entendre, pas une plaisanterie ne fut lancée. Quelques vieux soldats se bornèrent à placer sans mot dire leurs pipes entre leurs lèvres. Évidemment une même pensée, un même sentiment, un même souci serraient la gorge de tout le i*' houzards.
On fit ainsi la première étape; le lendemain, on marchait de la même manière, quand, tout à coup, je ne sais comment cela advint, le colonel piqua des deux et courut en avant de la troupe. Tout le régiment frémit. On sentit qu'il y avait quelqu'un dans le voisinage , et on comprit probablement qui c'était , car, avant qu'on eût pu voir au bout du chemin même l'oreille d'un cheval, voilà que de la droite à la gauche, dans le régiment tout entier, un cri s'éleva immense, éclatant, victorieux» vibrant de ces immortels enthousiasmes qui, sur les champs de bataille, restaient dans les corps mutilés aussi longtemps que la vie. Le 1"^ houzards tout entier criait : Vive l'Empereur!
Et, ma foi, Wolfgang criait aussi. Que voulez-vous?
LES SOUPFRÀKGES D*«N ttÔVZAnD. êi
il subissait un des plus puissants entraînements de ce monde. Il reconnaissait, comme dit le psaun^ , le Dieu qui avait réjoui sa jeunesse; car bientôt on vit celui que son armée tout .entière désignait comme une femme désigne l'homme qu'elle aime. On entendait parfois cette parole : c C'est luil » Wolfgang» deux mois après ce jour, était en face du Mont-Saint- Jean.
Il s'était battu à Ligny, il avait vu cette immortelle affaire des. Quatre-Bras, où Nej montra une si brillante et si désespérée valeur. Son régiment soutenait cette division de la garde qui culbuta l'armée de Blûctaer sur le corps de son général. II avait savouré dans tout son bonheur cette dernière journée de nos amours avec la victoire. On sait de quelle effroyable pluie la terre fut trempée la veille de Waterloo. Wolfgang, couché sous son cheval et enveloppé dans son manteau oii l'eau ruisselait, s'endormit quelques instants.
Ceux qui ont couché dans la boue et sous le ciel ont bien sûr remarqué qu'une sorte d'ironie douloureuse de notre destin nous envoie souvent, quand nous reposons ainsi entre la fatigue,, la misère, les souffrances et le trépas, ce qu'il y a de plus tendre et de plus riant dans les songes. Il vit madame de Timey. Cette vision de ses heures brûlantes illumina un moment son sommeil. Il se réveilla sous cette chaude impression que nous laissent les rêves, et il se demanda où
€i CARACTÈRES ET RECITS DU TEM^.
elle était, celle qui remplissait son cœur à travers toutes les phases de soir destin. I! n'était pas minuit encore, et il savait que cette société parisienne, qui poursuit sans qne rien l'arrête l'impitoyable cours de ses plaisirs, gardait ses habituelles aHtires, malgré les angoisses de la France et les veilles de l'armée.
Peut-être madame de trmey âpplaudîssait-elle dans le coin d'un salon à quelque tirade de M. de Bévaf. Wolfgang pensa avec une colère pleine de douleur à ces homixies qui restent auprès des femmes , tandis que la poudre parle, que le sang coule, que les braves sont dehors; à ces hommes qui jugent, dissertent, décident, et souvent, ô sacrilège I jettent l'éloge ou le blâme sur ceux qui meurent pour eux, sur ce sang de la France qu'ils ne sont pas, qu'ils ont le honteux courage de ne pas être.
Hais, le lendemain, Wolfgang faillit oublier madame de Timey pour quelques heures. A midi, la pluie avait cessé, quelque sérénité était revenue âu ciel. Les chevaux ne buttaient plus sur la terre à chaque pas. Cadolles entendit de nouveau cet admirable bruit an canon, noble et retentissant appel à toutes les héroïques pensées ; ce son altier des trompettes qui pénétrera dans l'oreille des morts le jour où paraîtra dans le ciel toute la chevalerie des archanges ; puis ces cris surhumains de mourants, ces voix ardentes qui flottent sur les champs de bataille, toutes vibrantes de l'effort suprême d'existences déjà disparues. Sa
^ SOUFFRANCES B*UN HOCZAM»* H
fortune voulut qu'il assistât à toutes les émouvantes actions qui font de Waterloo une apparition à la fois radieuse et désolée dans le chœur idéal de nos ba* tailles. Il était à cette première attaque du mont Saint- Jean où la Haie-Sainte fut emportée. Il figura dans ceite charge de cavalerie qu'on aurait pu croire stcc^piplie non point par des cavaliers de chair montés sur des chevaux vivants, mais par des cavaliers-spectres montés sur les chevaux-fantômes des ballades. Il fitf emporté dans cette ronde équestre, dans cette tromb§ i'hommes et de coursiers qui tournoya sous le canon» Ileut le bonheur d'avoir à ses bottes du sang anglais. Pendant une heure, il fit à cbeval, le sabre a|^ poing, ce beau rêve d'une victoire qui, encore une foiS| allait donner l'Europe pour escabeau aux pieds de la France. Puis tout à coup il eut l'horrible vision d4 la défaite. Il vit cette armée, cette belle armée où circulait une vie si régulière et si ardente ep même tj^mps, devenir quelque chose de brisé et da conf4i$ ; il vit toutes les armes se mêler^ le fantassin cotoye^ le cavalier, les roues des caissons passer à travers cette affreuse cohuè. Il foula malgré lui des cadavres amis. A chaque balle qu'il entendait siffler, i c^iaqu^ coup de mitraille qui détruisait des groupes entier» spus ses yeux» il demandait à son destin de lui envoyer cet inestimable révei) de lamprt; noai^ Di^p to gardait pour d'autres douleurs que celles delà jpatnfi»
ê4 CAEACTÈRËS BT RÉCITS DO lElM.
Quelques mois après la bataille de Waterloo , ^oiiâ la lettré que Wolfgang écrivit à madame de Timey :
« Vous devez savoir qu'on m*a accusé , qu'on me cherche et que si Ton me trouve , on me réserve te sort d'hommes qui m'étaient chers. Si je ne vous aimais pas, j'ai le droit de vous dire cela, je l'espère, je serais heureux de mourir. Je ne haïrai jamais, malgré ce que m'a coûté leur retour , ceux que tous les miens avant moi avaient uniquement servis; mais j'ai laissé à Waterloo tout ce que vous n'occupez pas dans mon cœur. C*est pour vous uniquement que je vis. Je suis maintenant dans un lieu sûr, je puis me sauver, venez me rejoindre, et dans trois jours j'aurai quitté la France. J'aurai encore un bonheur immense dans ce monde. Je vous aimais plus que mon pays ; je t'aimais et je t'aime plus que tout. Vous rappelez-vous l'heure où je vous ai dit : Je me donne à vous ! vous avez ri doucement, car depuis plusieurs jours déjà nous étions l'un à l'autre , et j'aurais pu vous dire cela plus tôt ; dans l'amour, il est des moments, je ne sais ce qui les amène, où l'on sent qu'il se passe en soi quelque chose de violent, d'inouï , de fatal , qui décide d'une existence tout entière : il y a eu pour
LES SOUFFRANCES D^UN HOCZAItD. 6fr
moi un de ces moments. Je suis à toi. Je ne puis pas croire que vous ne viendrez pas» car vous m'aimez. Auriez-vous une famille à quitter pour me suivre , je crois que vous le feriez. Bien des fois vous favez dit comme moi : Quand Tamour n'est pas la plus honteuse chose de notre vie, elle en est la chose la plus sacrée. Heureusement, du reste, vous n'avez même pas ces combats. Ce que vous avez à quitter uniquement, c'est cet être qu'on appelle le monde. Eh bien f je vous en demande pardon mille fois, je vous en demanderai pardon à genoux, j'ai peur, peur, ma pauvre âme; je me ser» cependant d'un mauvais mot, car je sais mourir après tout : agis donc et sens que je t'aime. »
Quelques lignes écrites en marge de cette lettre indiquaient à madame de Timey en quel endroit et par quels moyens elle pouvait rejoindre son amant.
Eh bieni non, ce n'était pas une indigne femme. On ne peut point dire qu'elle n'eût rien compris du cœur où Dieu lui permit de lire. On ne peut point dire qu'elle n'ait senti aucun des transports si nobles et si vrais qu'éprouvait entre ses bras l'homme dont la passion fut, suivant moi, l'honneur de sa vie.
Je ne sais rien de plus misérable pourtant que la lettre qui fut sa réponse à l'appel de Wolfgang. Cette lettre disait qu'elle ne venait pas. C'était une de ces lettres comme en inspire parfois aux femmes que l'on aime le glus ce glacial et destructeur esprit du monde,
où chaque e^ipression est impuissante, o^i chaçn pensée est amoindrie* « Wolfgang, disait -elle, m pouvait pas douter de ion affection (le mot d'amour n^^ S9 trouvait pas une seule fois dans ion billet. ) Elle ^y^\ frémi de les dangeri, elle savait remercié Dieu de l'avoir sauvé jusqu*à présent. Elle serait heureuse de ki suif re, ^U9 Q^ }^ pouyait pas , elle ne le ^yait pu. Cei résolutions romianesques qu'on prend tout à cou}^ mm l'ardente inspiration de quelque fait imprévu on ^ qqelque sentiment emporté , ont toujonri de fu^ nestei suites. Plus tard, Wolfgang lui-monie regret* torait peut-être d'awir enchaîné sa vie. Toutefois^ elle ne lui disait pas un étemel adieu; elle le rêver* rait, elle en était sure, elle le suppliait de s'enfuir aiif plus vite. Elle exigeait qu'il se mît en sûreté , cMte lureté était son plus grand souci. »
Quelques jours après cette lettre, Wolfgang était à Paris, dans la prison de Labédoyère ; suivant son habitude qn'aurait dâ connaître madame de Timey, il levait fB^\ pe fm% avait dit Wolfgang était âon« m prison, fumant aveo une courageuse mélancolie dsn^ nmci pipef J€«^ fraternel d'un sons-oiScier qui lui rappelait les plu| heureux temps de sa vie militaire, quand le feolier introduisit chez lui un visiteur. Le -capitaine Qraff entra, dans la tenue classique d'ua officier en demi-solde. Il n'avait été impliqué dam aucun complot, mais on l'avait séparé du 4 *' houzards ; ei il n'y avait plus maûMenufU dans soa exisieaisa
U» souvnuNCis d'un HouzAai»* tf
d*^^ro intérêt qi|e quelque^ duels . avec les garder taGorps.
— Eh bieh I dit Gr^ff à son amit après une de ces diaïKles ^iplNra^sades dont rarmée a eonservé la tratitiop, c*6st demain qu'ils veulent te fusiller.
— Oui, dit WoUgaag qui avait repria sa pipe , on me fusille demain.
QfjèS 4)01^ 3e mit à pareourir la prison dans Tattitpd^ d'oa l^omme qui délibère avec loi -même » avank 4e débita un discQurs iiiip<Hrtimt. Puis» tout à oaum il s'écria brusquement :
T^ ^h bien I je t'engage à ne pas leqr donner !• plai^r de tirer sur un soldat de la Grande Armée « i ces gueux, dé cbouans qui préparent déjà leur masca* lade ; caF| tu sais, ce ne sont pas des soldats qui oirt tiré sûr Ne;, ni sur Labédoyère, ce sont des ro^ft^ listes, des Vendéens, des gardes du corps i des marquis. Qn m'a dit que, dans le peloton qui a troué !• cœur du brave des braves, il y avait un abbé.
WpUgaDg ne put s'empêcher de sourire à cette seitie, qui attestait la patriotique crédulité de son amt;
-^ l'espke, dit-il avec une voix douce et finemenl aoeefttuée qui attendrit Graff en lui rappelant ië marquis du 4^ houzarda dans ses beaux joura, qu'auoin aU)é ne se donnera demain le pfadsir ou la; petee de me fusiller. Mais, quand cela serait, mo« cher Graff, je suis loin d'avoir en ce moment, comme tu peux feu s^reevoir , la libre dispbsitioii de ma
personne; et les gens qui trouvent à propos de m'en- Yoyer rejoindre tant de nos frères d'armes peuvent me faire expédier par qui leur plait.
A cela Graff répondit en tirant silencieusement de sa redingote un pistolet qu'il tendit à Wolfgang; quand il eut accompli cette action avec toute la dignité convenable :
— Tu vois, dit-il, que je suis toujours un homme de ressources. Tu me feras un vrai plaisir, ainsi qu'à ce qui nous reste de camarades , en te servant de cet instrument. Demain, tous les chouans, qui se promettent déjà la joie d'égorger un soldat de l'Empereur,
• seront furieux. Allons, mon vieux, disons-nous un dernier adieu, embrassons^nous. Je partirais volontiers avec toi, mais j'ai encore quelques gredins à tuer ici-baSy et j'attendrai que mon tour arrive.
— Mon cher Graff, reprit alors Wolfgang en examinant le pistolet, dont il fit jouer la batterie, je suis désolé, en vérité, de te refuser une chose à laquelle tu semblés tenir; mais il y a des points sur lesquels chacun a sa façon de voir. J'ai toujours résolu, si jamais j'étais condamné à être fusillé, de me laisser faire tout simplement Je ne veux pas avoir l'air d^éviter une cérémonie que je ne crains pas, et qui même, je te l'avouerai, ne me répugne pas trop. Je mourrai à la manière classique, debout, en commandant le feu.
— C'est terriblement usé, repartit Graff.
— Je n'ai pas, dit Wolfgang, la prétention d'être
LIS 800PFRAKCRS D'ON HOtnBARD. M
MQf ; mais enfin voilà qui est convenu. Ainsi» laissons là un sujet qu'il est inutile de traiter.
Graff allait encore essayer cependant de reprendre cette bizarre discussion, quand un personnage nouveau fut introduit dans la prison de Wolfgang : c'était un ancien officier du 1*' houzards qui était entré dans les gardes du corps , mais qui cependant avait dû à une irréprochable réputation de franchise et de bravoure de ne pas ronipre avec ses camarades. Ce militûre était essoufflé; il se jeta impétueusement dans les bras de Wolfgang.
— Le roi, dit-il, a signé ta grâce; dans quelques heures tu seras libre. J'ai failli écraser vingt pékins pour venir t'annoncer cette bonne nouvelle. Maintenant il faut que je te quitte, car je suis de service. Adieu ! Le roi a dit à ton sujet : c Je ne veux pas que la France perde un brave de plus. »
Et ce messager disparut avant même que Wolfgang eût pu échanger avec lui quelques paroles.
Quand il fut parti, Graff, à son tour, voulut serrer dans ses bras le camarade dont un instant auparavant il portait déjà le deuil. Mais CadoUes lui dit froidement : « Mafntenant, Graff, je te remercie de m'avoir apporté un pistolet ; je vais m'en servir. » Et avant que Graff, stupéfait, eut pu se jeter sur lui pour le désarmer, il se logea une balle dans la poitrine.
La porte de la prison s'ouvrit une troisième fois et laissa entrer madame de Timey.
H CAïucràiiBS n récits bo tbhm.
Sa ai^prenant qu'on allait fusiller celui qu^eUe tmH aimé, après tout, autant qu'elle pouvait aimer, nui* i^Bàe de Timey avait couru chez le roi.
|>ou4s XVIII f qu^od ^le était arrivée, venait de |igj^er la grâce qu'elle allait demander. Aurait-eU», pour obtenir celte faveur, lai^é prendre un tourpiir' fionné à la démarcbe qu'elle s'était décidée à faire I ^uraitH^le dit : « Cet homme qu'on veut tuer, jf Vaime, je suis sa n^itresse, c'est moi que vot4 att^ij)** dre vos balles? j^ Je n'en sais rien et lecroûs 4 pein^w Elle avait eu une bonne inspiration pourtaat |fai$i dan^ une galerie même du château, un aide de pamp Ii^i apprit, avant qu'elle eût prononcé i^ne $aQk p^ rôle encore, que la grâce de Wol%ang était 9^iglm• fi)i^ entra chez le roi alors, et e)le lui dit qu'elle y»? n^it solliciter je ne sais quel secours pour ujje fewmf d'émigré. Voilà ce qu'était madame de Ti«ne|f.
Woligang l^eureusement ne sut pas la vérité. Quand il la vit, il se ranima, et^une joie qui eût aUendri b plu3 perverse, la plus ingrate, la plus dépri^vée des Qfitures, parut sur son visage.
Ah I je comprends tout, dit-il , c'est vou» qui m'ar i/p^ i^auvé. Voua n'avez pas craint d'aller dire au roi que vous m'aimiez, de proclamer votre tendres^ à to fycp de tous. Je vous remercie. Maintenant je jneur^ avec un élan de bonheur. — Et il appuya suf celt« fHVjfSkf sous laquelle son cœur avait eu si souvent des transports poussés tantôt jusqu'à la défaiUance I9t
tes SOUFFRANCES D*UN H0U2ARD. 71
tantôt jusqu'à la fureur, un baiser qui fut le dernier de ses lèvres.
Madame de Timey sut par Graff ce qui s'était passé, et elle comprit pourquoi Wolfgang était mort II était mort, le pauvre houzard, pour ce qui est, suivant moi, la cause de suicide la plus touchante et la plus sensée ; il était mort pour ne pas avoir cette humiliante douleur où toutes les généreuses qualités du cœur finissent par s'abîmer, la douleur de survivre à un véritable amour. Madame de Timey mourut, elle, il y a près de dix ans maintenant, comme chacun sait, échangeant encore jusque dans son agonie des sourires avec ce monde qui lui fit tuer un honnête homme et briser le seul joyau que Dieu ait jeté dans la poussière de cette yie.