UNE
— Je veux, me dit un soir ttne personne a qlii je désirais infiniment plaire, que Vous me contiez une histoire très-passionnée, un peu moqueuse, et ayant un côté édifiant. .
— Je sslls, répondis-je, une légendie d'une espèce toute particulière qui pourra peut-être vous satisfaire. Mon histoire, en tous cas, aura pour vous cet intérêt, que presque tous les personnages vous en sont connus. Suivant moi, il y a entre riiéroïne et vous nombre d'analogies que, pour la plupart certainement, vous refuserez d'admettre. Quant au héros , j^ai toujours eu, jé
S44 GàRACTÈRES et RÉCITS DU TEMPS.
Tavouerai, Tardent désir et même la prétention secrète de lui ressembler.
Toute Tannée d'Afrique a connu le capitaine Séléki, du 2® régiment de la légion étrangère. Si je fais jamais, comme je le désire, le portrait du capitaine dUnfanterie, caractère qui répondrait, par son humble et sacrée poésie, à celui que M. de Lamartine a tracé dans Jocelyn, le capitaine Séléki me servirait de modèle. Tous ses camarades avaient poiîr lui une amitié sérieuse comme sa belle figure, et forte comme sa belle âme.
Quant h ses soldats, ils Tadoraient. Séléki pratiquait envers eux une véritable charité d'apôtre, qui cependant, en ses détails les plus infimes, avait une sorte de grandeur royale. C'est de cet air bien certainement que saint Louis devait laver les pieds des pauvres, me disait un de ses amis en me racontant comment, pendant les longues marches, il aidait le chirurgien à panser les pieds des blessés. Son visage, au feu, était empreint d'une bonté limpide et d'une sereine tristesse. On le disait pieux, et il Tétait. Or, voici comment lui advint sa piété.
On "se rappelle l'expédition qu'en 4832 la duchesse de Berry fit dans la Vendée. A cette époque, il n'était bruit dans la garnison et parmi la jeunesse de Nantes que d'un gentilhomme des environs appelé Robert de Vibraye, dont la batailleuse ardeur demandait chaque jour un aliment aux querelles de café. Robert avait à
peine vingt-deux ans. La révolution de juillet Tavait empêché de prendre le métier des armes, pour lequel son appétit d'aventures, son courage sans bornes, sa loyale et turbulente humeur, son regard impérieux, ses traits virils, sa taille à la fois droite, ondoyante et fière comme le panache d*un chevalier, toute sa personne enfin, intérieure et extérieure, lui criait qu'il était né. Notre héros souffrait donc de toute Tirritante douleur d*uné vocation frappée par la destinée. Il ne pouvait pas se persuader que la chasse fût, comme le lui avait dit son précep|;eur, Timage de la guerre. Les perdrix qu'il atteignait sous l'aile, les lièvres dont il brisait le train de derrière, ne lui faisaient pas l'illusion de combattants étendus sous le ciel. De là vint qu'il se précipita dans le duel avec emportement et délices. Les bkm et les patauds^ comme il appelait dans son langage arriéré les militaires qui avaient accepté et les bourgeois qui avaient fêté la révolution de 4830, étaient chaque jour l'objet de ses provocations. Plein d'une ardeur contenue àl'épée, d'un calme glacial et terrible au pistolet, il était rare qu'il n'envoyât pas ses adversaires au moins jusqu'au seuil de la mort. Les jours où il avait couché un homme par terre, il avait le visage illuminé d'un enthousiasme Scandinave, sa parole était bruyante et joyeuse, sa démarche légère; aussi l'appelait-on Robert le Diable dans le pays.
Ce nom ne lui venait pas seulement du plaisir qu'il
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prenait, pour Me sétvlfr à*une dfe Sei expressions, à débarrasser les ftmes dé teur éifiTélôppé; oh appelât ainsi Robert j[>our une ^kntfe csHsë ébâniiè Se tbiite lé Vendée, Le père de RobéW, le fc(9iflfe TfeiéiTy de Ifhbraye, était un de ûés géâtilsUoMttës a*faiitneur biiàfiNf et indomptable à là fàédn Qii iflâfqtllë de Miràbéaii èl du coMté de Montlôsiër, ^ui rè^i^sèntftiedi la viëil^ noblesse dahs sob excêdtHquê inâe{(ëââétfce et si^' caprices hàsardelit. Pimâaiii là ^êtblirttOli, II &m^ servi dans rati&ée Qb Cotidé. Ltt gtôife ftn^eriàlë ^ ratait pas rééoilciUé arec la twx(Sé r«tblUiidiiiiàiré, et, jusqu'en 4845, il était îesté dans M troupe ëtrangëtes> se souciant aussi peu qti'ub Armagnac du un Saint^Pol de savoii! s'il offensait ou nob les dieux d8 18 patrïe. Tout en guerroyant sut le Rhin ptMt là inaisoii catholique de Bourbon, un beaiijoufil devint amoureux d'une descendàbte de ces Hampfteld qtii donnèrent asile dahsi letir chfttesQ à Luther et Èé fireiit les plus zélés défenseurs de la religion réformée. La ô6mtesse Orisëlidis àtait des yeux qiii lui panireiif vâlèif mieux qu'une messe. Od exige» que pbni Vëpoii^T fi se fit huguenot. Notre gentilbomme n*eut pas k Se MU protestant {ilus dé terupilte qfué VÈ'ea avait eu lé ^Até de Bônuevài à enAràsser rfelamtsifle. Dé^tAs,- il mit son orgueil à justifier pai* maint paradoxe ce qfffU avait fait par amour. Le culte réformé, di^t-il, était le seul qui convint au mattre d'un fief. La réli^on Catholique était entachée de dtaiagogie; elle avait enlMté
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ia ligue, tué Èenri IV, çrosterné toute la noblesse aux pieds des confesseurs de cour. Le comte de Vibraye écrivit sur cette matière un livre rempli d'expressions violentes et heurtées, mais qui produisaient en se heurtant de singulières étincelles. L*œuvre fit scandale, fut foudroyée par FÉglise, et condamna M. de Vibraye, malgré ses campagnes sous tous les étetidar^à royaux, à mourir, en pleine restauraflon, dans là solitude et la disgrâce. Robert avait dix-huit ans quand il perdit son père ; depuis deux années, sa mère avait laissé vide le grand fauteuil où elle tévait à la patrie allemande. La jeunesse se leva pour lui sur deux tombeaux.
Il se livrait à une tristesse emportée, comme Pétait toujours chez lui toute pensée et tout sentiment, quand vint à Nantes M"»« de Kerhouët, que vous savez, qui a écrit, sous le nom de Marie Stella, la Vallée des Larmes^ les Amours d'un Ange, la Harpe et lé Rosai/re, et d'autres rofnans pleins de mysticisme, oti se montre en définitive une belle âme ; car M"»* de Kerhouët est une excellente personne, à qui ne manque que le don profane dû talent. Elle était un peu parente de Robert, que ses soixante ans lui permirent de traiter avec une fexpansîve affection. Notre jeune homme avait, malgré ses instincts i^olents et sauvages, une certaine grâce sentimentale, fruit de ses promenades à travers bois et surtout d'une éducation donnée par une mère. Là douairière le trouva charmant, et résolut de l'enlever
à la damnation étemelle ea le tirant des griffes de Luther. Robert, à vrai dire, ne savait guère en quoi un catholique différait d'un luthérien. Malgré le sang chrétien qui coulait dans ses veines, c*était, en religion, une sorte de Huron. H^ de Kerhouët était la seule personne qui représentât pour lui le plus indispensable élément de notre vie, la tendresse féminine; elle désirait qu'il fût catholique, il fut heureux d'avoir à lui donner une marque de soumission, et se résigna courageusement à s'entretenir chaque jour avec l'évéque de Nantes, qui voulut lui-même offrir cette âme au Seigneur. Tout alla pour le mieux dans cette conversion. Robert reçut l'eau du baptême avec toute la dignité d'un roi sicambre. H""^ de Kerhouët, sa marraine, en faisait le héros le plus séraphique de ses romans, quand se passa la scène infernale qui jeta brusquement Robert loin des voies bénies, et lui fit mériter plus que tous ses duels son sinistre surnom.
L'évêque de Nantes, fort digne homme du reste, était un peu janséniste. Son inflexible conscience ne lui permettait point de tempérer, même dans une vue chrétienne, les plus rigoureux dogmes de sa foi. Un jour, Robert eut l'idée malencontreuse de lui demander s'il pensait que sa mère, née et morte dans la religion luthérienne, était damnée. L'évêque lui répondit qu'elle l'était indubitablement. Robert gardait de sa mère un souvenir d'une tendresse passionnée. L'évêque parut tout à coup à son esprit chevaleresque et .impétueux
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un suppôt maudit de ia puissance qui condamnait sa mère aux tortures. Robert le somma de rétracter ses paroles avec un regard furieux et un geste menaçant. L'évoque prit l'attitude d'un martyr et répéta sa terrible sentence. Robert commit le même sacrilège que Marine Faliero: il donna un soufflet au prélat; puis, sentant lui-même tout ce qu'il y avait d'irrépai:able et de monstrueux dans ce transport de colère, il s'enfuit, s'élança sur un cheval, et courut s'enfermer à Vibraye. M"® de Kerhouët ne revit plus son filleul, qui, à partir de ce jour, passa toute sa vie à chasser, se battre et mettre à mal les jolies filles. L'outrage de Robert à son illustre directeur avait fait un tel bruit, que, même à Vibraye, on s'en entretenait, en se signant, sous les plus pauvres toits ; mais le jeune comte avait tant de bonne grâce dans ses intrépides allures et répandait un charme si singulier sur ses plus fougueux caprices, que ni le dévouement, ni l'amour, ni le respect n'étaient éteints pour lui dans le village qu'animait sa jeunesse*. Seulement on recommandait son &me avec ferveur au Dieu qui a pitié des corps souffrants dans les chaumières et des &mes tourmentées dans les châ« teaux.
Robert était donc encore, en 4832, un des hommes qui pouvaient tenter avec le plus de succès, à une certaine heure, de remettre la foudre et la mort dans les buissons de la Vendée, quand on apprit tout à coup que la duchesse de Berry venait demander de nouveaux
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miracles d'héroïsme à lâ pértriè dès éonchaiiip et des Charefte. On comprend avec quelle ardeur Vîbraye, qui chaque joiir risquait sa vie pour les plus vulgaires et les plus futiles m:otifs, embrassa la plus émouvante et la plus romanesque des causes. Ce ne fut pas lui qui s'itiquiéta dès forces qui soiiteriaiènt et des forces qui combattaient la princesse. Tout dans cette expédition lui sembla le mieux combiné, le ihieux conduit et le plus raisonnable du monde. Si la mère de l'exilé avait trouvé beaucoup de soldats de cette espèce, le drapeau blanc eût flotté autre part que derrière les buissons et sur quelques masures. Robert tua quatre hommes de sa main au combat de le, Vlôille-VigUe, dirigea trois retours ofTensifs au Gros-Chêiie, et prit part enfin à Timmortelle fusillade de là j^énissière.
Ce fut par une niiit de juin qu*eûi lieu cette merveilleuse action, qui niet dans l'histoire moderne une page des anciennes chroniques. Juin, en France, est un mois sanglant. Cette guerre civile en plein champ avait un aspect en môme temps plus grand et moins désolé que nos combats entre des murailles. Au-dessus de l'espace embrasé où se croisaient les balles, le ciel déployait ses vastes et transparentes solitudes, qui, à cette Ifeure même peut-être, allaient devenir l'asile de plus d'une âme de héros. Ce cor qui, à une autre époque, aurait eu, comme la trompe de Roland, les honneurs d'une légende, cet instrument des temps passés
^ {étrange harmonie ^vec les âpiesi qu'il e:^a}tait, enr yoyait, à travers les coups de (eu, ^vol échos 4^s forêts ses jiiotes vaillantes , et sonnai); saqs relâche, jetant il^ns le coeur des assaillants, par sgs §x;cûrd$ plus strlclents et aussi obstipés qi|e \^ fusillade , une sorte de paalaise superstitieux.
On sait comment succonihci la Pénissiëre. Le feu fut mis à un^ grapge qui attendit au ii^âteau. Quand les assiégeants virent s'ahtmer au milieu 4^3 flammes Tédifice délabré dont une poignée d'honunes avaient fait iine forteresse invincible, ils s'éloignèsent. Deux murs, en se rejoignant, formëjnent un ad)rî oii les défenseurs de la Pénissiëre échappèrent à Tinoendie, et, lorsque 1^ ^Uepce |u,t rétabli dans la campagne, plus de quarante combattants sortirent de ces décQmb|:es. Banni ceux qui retournaient ainsi à la vie après avoir subi les plus terribles embrassements de la mort était Robert de Vibraye.
Quand cette procession de revenants eut fait quelques pas, elle s'arrêta. Un même avis fut émis par tous les membres de la petite troupe : on décida qu'il fallait se séparer. La cause de la légitinuté était perdue. La défense héroïque et l'incendie (Jjb. la Pénissiëre étaient le funeste et g}Qrien^ ^^nPOnj^ent de la dernière guerre de la Vendée. Maintenant chacun des intrépides com^- ))attants qui venaient de donner an drapeau blanc une noble sépulture n'avait plus qu'^ songer à sa sûreté. Plus d'un de c^ vaillante soldats était gravement
S&S GARACTteES ET KÉCITS BO TBMPS.
blessé. Robert avait une côte brisée par une balle. L'étroite veste de chasse dans laquelle était serrée sa taille retenait seule le sang qui s'échappait de sa blessure. Toutefois il ne voulut être accompagné par aucun de ses frères d'armes, et, s'appuyant sur un fusil, il se mit seul en quête d'un asile. Tout près de la Pénissière est un château appelé Saint-Nazaire qui appartient au duc de Tessé. Ce fut vers ce château que se traîna Robert, n arriva presque défaillant à la grille. Les gens qui vinrent lui ouvrir recueillirent un corps inanimé entre leurs bras. En ce moment, le salon du château était tout resplendissant de lumière. La belle duchesse de Tessé était venue promener dans "cette pauvre Vendée toute saignante les élégances et les caprices de sa vie oisive et agitée.
J'ai failli être très-amoureux de la duchesse de Tessé. Je trouve un coin d'originalité à sou caractère, et une distinction touchante à sa beauté. Elle est Écossaise, comme vous savez, et se nomme Elisabeth de Kenworth. Elle est née dans un château que vont visiter tous les touristes, dans un de ces châteaux qui font croire aux fées, et nous donnent un amour maladif des âges évanouis. Sa famille est catholique, et a servi les Stuarts
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à travers toutes les vicissitudes de leur fortune. De là s'est dweloppé en elle un ardent et mélancolique instinct du vieil honneur chevaleresque. îl y a dans toute sa personne quelque chose de gracieux et de fatal. On reconnaît dans ses veines un sang qui appartient aux morts violentes, dont l'héroïsme et le martyre ont disposé; mais ce sang anime des lèvres créées pour le sourire et pour choses meilleures encore. Elle n'est point blonde, et sa chevelure toutefois se ressent de son pays. Vous avez remarqué ses cheveux, comme les peintres italiens les aiment, qui, pour être de la couleur des épis, n'en sont pas moins ardents comme le Vésuve : les cheveux d'Elisabeth sont d'un noir qui ne les empêche point d'avoir les pâles reflets et la mystérieuse fraîcheur d'une chevelure d'ondine. Tout, du reste, est en elle apparition du bord des lacs. Sa taille élancée et légère semble faite pour disparaître dans Fonde et les. nuages. On ne peut point la voir valser sans tomber dans une rêverie d'où l'on sort avec un mouvement de fièvre au cœur.
Mais, si de tout cela vous concluez que c'est une personne rêveuse, élégiaque, qu'on fera marcher, comme l'ombre d'Eurydice, avec les accords d'une lyre, vous avez grand tort. La duchesse de Tessé soupe gaiement et monte hardiment à cheval. Elle est bruyante, elle est rieuse, elle accepte avec une résolue étourderie tout le train ordinaire des joies mondaines. Seulement il lui arrive parfois à l'Opéra, entre deux
ôdurires, de èè jeter tolit d*un èoup bîusqtiement au ftmd de sa loge, et de r^ahdrê dan* tin mouchair, otr plus d'une bouche passichuéè à'ense^lirtlft avec ivresse, quelcjues laf mes brûlantes et limpides, jperies de feu (Jui viennent d'une miné inôonntie èè douleur et de tendresse. Le soUfflp dé réVehtail sèche sëë pleuî^, et la duchesse rentre dans sa vie habituelle, ptué aiiimée, pkis légère, plus oublieuse dfe Vbm&s les gftinaeè tris^ tessés, plus clémente envers la fohe et mèittë èîttéfs la sottise, Car là duchesse de Tessê à faitavéd ïeâ tous et les sots le pacte que le plus tyi^anniqtie des défauts force les plus fières et les plus spirituelles beautés à former aVeri les gens de cette espèce : elle est coquette. La duchesse de Tessê, tafldis que Rôbett se tratUalt, épuisé, dans la nuit, à la porte de son château, travaillait à une tapisserie destinée à tècotivHr UU irûméUse fauteuil où eUe voulait ensevelir son joli corps en ses jours de langueur ou de méditation. Auprès d'elle, lé marquis de Pénohceaux j'ouait avec des écheveaux de laine que de temps en temps elle lui arrachait sans mot dire, et se livrait, en langage de précieuse, à des réflexions de vétérinaire au sujet des dernières courses. Le comte Théobald Lanier, gentilhomme de 4 830 et un des fondateurs du jockey-club, était perdu dans là contemplation de la botte qui emprisonnait un pied auquel il attachait de grandes prétentions. M"* de Mauvrilliers, qui, pour venir donner un mois à sa chère Lisbeth^ s^était décidée à quitter des gens qu'elle n'ai-
mftit çmy del^ Umx où tM s^eilnuyerrt^ et à' faire un vojpage dms la plut belle ^atson^ de Fanuèe, promenait m^aaiisoIiquËm^tr ses Mleé mainsT, à ta peau transpa* FTfite el au)t i^g^es sd^ère^, sur ui^ pi^^io ^argé de fleurs.
Aû^j doîit iëfmi fbvM dBre <]p*Aqt»i' iifete tout' de 8u*fé, s'affligea» d» ce ^^âi> aîr tfèiinûl fût répandu sur tes'tïàfts de sôr feAto^. Je oeftixais peu deifôltfites plus jÉimaî)ïès et lùefllèufes que celte dû duc * de Iteftfeé. C'ei^t uiie fttoe dénuée dfe feutes W délicatesses d^irt êmè fÈlhifiiue, et cepe«dSttt eapâfite de rtpohdre* atix é^ijgetlceS de Thonitietir vîrîi: tt dim de tessê efet bi*ave^, maîà la bravoure n'euipiêthè pas, dan^ certaines cottditî^tis sttrtetif, te ôœW d^éfrè àtteîïit à maint en- (flrôît de dangereuses faiblesses. André' n*âvatit jamais' efe âne rôtonté assez énergique pour môi^r une vrè' digne de Sôû earaclêiré et dfe son nom. Ainsi la cause' ^ natûirelieflieM il était appelé à défèn**e lui était dèVënu» foïit à fait étrangère. Maint attachement l'a^' v^ lié à tout un drdiie de gens et de choses dont sess' itistînfcts lie séparaient. Peu- à peu il avait oublié M grâcè diffîciié et périlleuse d'une vraie vîe de gentiP Bômmè pouf lès commodes et paisibles élégances d'une existence de gentleman. Il avait tendu la main à la paresseuse noblesse et à l'entreprenante roture des Penonceaux et des Lanier. Les buts vulgaires, donnés forcément à toutes ses actions et à toutes ses pensées pat de semblables liaisons, avaient été funestes à la
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personne qu'il aimait le plus en ce monde. Elisabeth aurait eu besoin de trouver dans son mari un légitime objet d'enthousiasme; cette expansive et généreuse nature n'aurait pas épuisé en prodigalités capricieuses des forces qu'elle aurait pu noblement et utilement dépenser. Puis André, tout en adorant et même en respectant sa femme, n'avait pas su la soustraire aux détectables influences du monde qu'il avait adopté. D avait laissé cette âme, empreinte d'une distinction sérieuse et touchante, se livrer à toutes les stériles préoccupations,, à tous les frivoles soucis des natures inférieures. La duchesse de Tessé avait parfois des misères qui rappelaient la courtisane. Sous la direction de HM. Lanier et de Penonceaux, elle avait pris quelque chose de la haine irréconciliable dont les créatures de plaisir poursuivent toute œuvre de la pensée. Son esprit toutefois tentait de fréquentes révoltes contre les dominations de triste et sotte espèce qu'il était obligé de subir; de là ce malaise qui régnait continuellement en elle, et dont nul à ses côtés ne se rendait compte. Par cet instinct, cependant, que donne l'amour, André comprenait bien, à certaines heures, quand il la voyait tout à coup lever au ciel des yeux tristes conune la Romance du mule, qu'elle rêvait évidemment à un autre monde que celui où chante Mario, où danse Carlotta et où court M. d'Écoville.
Le soir où ce récit commence, un domestique entra tout à coup et vint parler à l'oreille du duc de Tessé.
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L*air et la démarche de cet homme avaient ce je ne sais quoi qui vous fait comprendre que vous êtes dans Tatmosphëre d'un fait émouvant et mystérieux. « Que se passe-t-il? s*écria la duchesse quand le domestique, à qui André avait répondu d'un ton animé et rapide , se fut retiré. — Mon Dieu! dit André en se levant pour sortir, quoique Lanier soit un défenseur de la monarchie de 4830, je puis dire ce dont il s*agit: un Vendéen qui a reçu une balle dans la poitrine vient nous demander un asile. On croit que ce blessé est notre voisin M. de Vibrayc, qui, probablement, était au château de la Pénissière. J'espère que mes gens, dont la plupart sont du pays, ne le trahiront pas. Je vais moimême le faire transporter dans la chambre du commandeur. Dieu veuille que ma maison porte bonheur à ce pauvre homme ! — Je vous suis, André, dit impétueusement la duchesse, j'ai un culte pour les blessés; celui-là est un héros, j'en suis sûre. Je prierai Dieu pour lui ; Dieu m'entendra. Je le soignerai, il guérira. Pourvu que le trajet ne le tue point! Vos gens saurontils le porter ? Je vais faire de la charpie avec ce mouchoir. » Et elle déchirait un mouchoir garni de dentelle, d'un tissu aérien comme un voile de fée.
— Voilà bien, dit Penonceaux, notre chère duchesse s'enflammant à chaque objet nouveau. Si ce Vendéen est quelque vacher, il ne vaut pas la peine qu'on fasse à son sujet tant de fracas ; si c'est M. de Vibraye, ou tout autre gentilhomme des environs , je le déclare un per-
•fM €ARAGfiE|W m WÈSm Wf WPS.
sonadge de fort omuvais goAi, qui me 9Jax eieliroBUh 4iesques en se faisant transporter ici.
— Le Ueau mérite, dit a son tour Lanier, d*£toe blesië en ces temps de guerre civile! Tautle Blonde peutêtie blessé maintenant... Mon portier a reçu une balle dais la dernière toeute.
— Chère Lisbeth, ma M"^ de Maumili^n, ne f »gite pas. Tu sais bien que les grandes foiotims te font mal. Laisse notre bon André s*occuper eu Uessé. Le pauvre homme sera tout aussi bi&tk soigné, et ta n'as- -ras pas d'affreuj: rêves.
Mais ni Penonceaux, ni L^ier, ni M^ de Mauvrilliers n'arrêtèrent Elisabeth, qui n*^tendit mène p«5 les paroles où se révélait chacun de ces trois caractères; et quand Robert de Vibraye rouvrît ses yeux, qu'avait fermés une longue défaillance, il vit à son chevet une apparition qu*il ne devait plus oublier. Ausâ a-t-il dit souvent : « Non, une côte brisée n'a pas payé ^assez cher cette beHe nuit commencée dans les coups de fusil et terminée sous un adorable regard. O nuit unique de ma jeunesse 1 »
Ht
Elle éta4t (lebout aji chevet de Robert, pâle comme la crainte et ardente Comme Vespérance. Sa chevelure»
(Ji^poséQ {autour de soa îrQ\it ^^ h^n^^&am onduleux et aériens, avait cette poésie ps^içmnée que les grc^DClç inattres italiens donnent au^ chevelures de leiiri; anges ; le regard que Çt^arlottQ qnfonça sous le pauvra front de Werthfir n'avait poipt pliiç î^ttrayantç et plu« mystérieuse profondeur que le s^en. !Gllle tenait ses deuit mains blanches et longues croisées sur sa poitrine daP4 une attitude qui était empreinte d*un héroïsme céFeste : tel devait être , à Theure suprême, sur le seuil des in* visibles royaumes, le maintien de ce$ nobles et grih cieuses créatures qui montaient kt V^ob^foud» le ^iè^ cle dernier, avec une enthousias^ tristesse, emportant, dans la joie divine où leur âme était déjà plongée, un© compassion angélique pour les douleurs et les crimes d'ici'bas. Sa tai|le, qui avait quelque chose en mâmd temps cl§ sacré et de voluptueux dans Tétroit oorsaga» semblable à celui de THéfodiade des cathédrales, od elle était enserrée, se penchait en arrière par un mou-» vement plein de hardiesse et 4e charme, tandis que sea genoux, dont les contours arrondis se dessinaient soua le; plis flottants de sa robe, a'inçlinaient en avant, WPùyés comme ^ un pri^Dieu au lit de Hobert* Je conçois qu'on n'oublie point une pareille vision,
La ohambre du commandeur était une pièce tendue de damas rouge, qu'on appelait ainsi parée qu'il y avait dans un de ses angles une statue qui ressemblait à cet ennemi de pierre dont la main abattit don luan. On avait mis là, l'imâ^é funéraire d*un ancien
comte de Tessé enlevée h un tombeau pendant la ré- Tolution. Cette statue sépulcrale ne devait avoir en cette chambre qu'un asile provisoire, et, depuis près de vingt années, on l'avait laissée à la même place ; les destinées de la vieille maison dont elle rappelait les temps héroïques étaient représentées d'une façon assez frappante par cet hôte d'une terre sainte et d'un grand ciel renfermé entre les murailles étroites d'une chambre profane. Robert promena d'abord des regards pleins de curiosité sur tout ce qui l'entourait, puis bientôt il ne vit plus qu'Elisabeth, et sentit dans son corps blessé un indicible tressaillement d'allégresse. Quelquefois déjà il avait aperçu la duchesse de Tessé à travers champs, faisant franchir à ses chevaux anglais les haies touffues et hautes de la Vendée ; mais cette élégante et intrépide amazone ne lui avait pas donné l'idée de la figure pleine de pitié, de tendresse et de rêverie qui, en lui rappelant les plus fraîches pensées de son enfance, excitait les plus ardents élans de sa jeunesse.
— Ah ! dit-il à sa charmante hôtesse, si vous pouviez m'apprendre que je suis mort et que je vais vous voir toute l'éternité...
Elle lui mit sur la bouche une main qui le fit rougir et frissonner : — Ne parlez pas, — fit-elle d'une voix tendrement impérieuse.
Puis, par un mouvement naturel à ce caractère oublieux et emporté : — Comment avez-vous été blessé?
Vous êtes M. de Vibraye, n'est-ce pas ? Vous étiez au château de la Pénissière? Depuis ce matin, je savais qu'il devait y avoir là une action sanglante. Les coups de fusil que nous avons entendus toute cette aprèsdinée me retentissaient dans le cœur. Je ne me connaissais point d'amis dans les combattants d'aucun côté, et cependant je me sentais dans un état douloureux comme celui où nous jette Forage. C'était un pressentiment ; je devais connaître un de ceux que ces lugubres coups de feu atteignaient.
— Oui, répondit Robert, je suis M. de Vibraye, votre voisin, et j'ai reçu une balle au château de la Pénissière. J'en rends grâce à ma bonne étoile, qui , jusqu'à présent, était restée pour moi dans les nuages. C'est la première fois qu'avec un jpeu de sang j'achète une grande joie.
En ce moment, André entra, amenant avec lui un chirurgien qu'il avait envoyé chercher sur-le-champ. Malgré ce qu'a toujours de si profondément inopportun et désobligeant, pour les gens qui sont à l'âge où tout entretien féminin est plein de charmes, l'apparition dans l'intérieur conjugal d'un mari quel qu'il soit, je dirais presque quelle que soit sa femme, Robert ne sentit aucune répugnance à la vue d'André.
Le duc de Tessé, qui alors était à peine âgé de trente ans, avait une physionomie mélancolique, et bienveillante ; on se sentait dès le premier abord disposé pour lui à l'intérêt et à l'affection. S'il n'y avait pas derrière
lô.
^4? CARACTiW99' Wt KkCXn DQ TEMPS.
cette douoe fit révause eiipre$6ioQ de grandes profondeurs d'intelligence, il y arait de ytm trésors de bonté. Les dissipations de la yie mondaine n'avaient point détruit chez André un fond précieux de charité chré» tienne et de douceur évangéiique, U attacha sur Ro*^ bert un regard re^apU de cette conupaâ^on efficace qm soulage ceux dont elle s*ioqui^« Quâfid le médeeifi fit venir sur les traits du })le$sé, dont il sonda la plaie^ cette terrible pâleur dont la plus courageuse des don-^ leurs ne peut prévenir l'invasion, mais qu'elle semble tenter de con^battxe en allumant dans les yeux- du patient une âpre et violente flamme, le duc de Tessé se sentit défaillir. Robert s'ap^ut de Témotion causée dans ce cœur fraternel par le spectacle de son combat avec la souffraoïce, et, arrêtant le chirurgien qui allait poser le premier appareil sur sa blessure découverte et sanglante : -^ Occupez-vous de M. le duc , dit-il. — En ce moment, il était beau. Il y avait sur son visage, à Tendroit de sa blessure, une expression de dureté sauvage gt de dédain chevaleresque. Il avait, c'était là du reste sa nature, à la fois du preux et du Huron.
Elisabeth , bien des femmes sont faites ainsi, était plus sensible à un regard héroïque qu'à un cri de douleur. Bn contemplant le visage de Robert, dont elle n'avait point voulu quitter le chevet, parce qu'elle avait toujours eu ^n elle un ardent désir d'être sœur de charité, elle fondît brusquement en larmes. Ainsi l'avait fail pleurer tout ^ coup, par une soirée du dernier
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hiver, la Malibran jouant Tancrède «fec et soofSa passionné qui devait rem{K)rt^ avant le temps dans la mort.
Le chirurgien déclara que la blessure de M. de Vibraye n^était point mortelle ; mais un os avait été brisé, et une redoutable fièvre pouvait à ohaque ins» tant se déclarer. Il fallait au blessé un repos profond et des soins de tous les moments. — Je veillerai sUf lui, fit Elisabeth. — Alors, lui dit Robert d'une voit i la fois pénétrante et voilée qu'elle seule entendit, j*àurai les soins , mais le repos I...
Ici je dirai tout de suite que Robert, quoiqu'il eût vécu fort loin du monde, était loin d'être un sot et sli^it comme une Intelligence Iniiée dé cet art précieux qui mène, suivant une charmante déflnitioîi du temps des Lafayette et des Sévigné, à posséder ce qu'on aime avec beaucoup de délicatesses et de mystères. Il avait reçu cette charmante éducation du toyer qui hâte d'une flacon merveilleuse la maturité sans tuer la jeunesse chez ceux qu'elle forme à la vie. Son père , qui , au temps de Témigration, avait été l'un des plus brillants seigneurs de la cour de Coblentz ; sa mère, chez qui la rêverie germanique prêtait une grâce singulière k rélégance mondaine , avaient donné à son caractère tine rare et aimable originalité. Il savait le monde comme il nous arrive souvent de savoir la langue d'un pays que nous aimons sans Tavoir jamais visité. Il en cotmaissaJt certaines reclierdies, certaiùs tours élé-
gants et purs infiniment mieux que les naturels; mais il y apportait un accent étranger et en ignorait plusieurs usages vicieux d*une grande ressource dans la pratique. Quoique te Misanthrope et les Maximes de La Rochefoucauld lui eussent appris ce qu'on entendait par la coquetterie, quoiqu'il eût à peu près deviné, par quelques romans du xviii^ siècle, ce qu'était un roué ; quoique , enfin , quelques faciles aventures et quelques vulgaires orgies semées dans ses loisirs de province eussent assez mal traité les grâces candides de sa jeunesse, il avait gardé de la famille, des champs de la solitude , la simplicité qui l'enleva au monde et le gagna au ciel.
La fièvre qui suit les blessures d'armes à feu se fait quelquefois longtemps attendre. Il arrive souvent qu'après avoir reçu au travers du corps une arquebusade, comme disait Brantôme, on peut^ pendant plusieurs jours, converser librement avec qui vous visite de toutes choses gaies ou sérieuses. On est alors dans une assez agréable situation. On sent dans une bonne mesure l'aiguillon de la douleur qui ne manque point d'un certain charme. On ne sait point si l'on reprendra jamais part à tout le vain et insipide travail de cette vie, ce qui donne aux pensées une incertitude pleine de douceur. On a en même temps une légère agitation de corps et une grande sérénité d'esprit qui composent, je crois, l'état le plu^pprochant du bon* heur. Vibraye, qu'Elisabeth soignait ardemment, eut
UNE LSGBIfDB MONDAINS. «M
plusieurs jours qui furent certainement les ptus heureux de sa vie. L'enthousiaste Écossaise lui faisait ra» conter dans tous ses détails la suprême campagne de la Vendée, et sentait bouillonner à ce récit tout ce qu'elte avait de sang jacobite dans les veines. Ses yeux res« plendissaient de lueurs héroïques quand il lui disait comment une poignée d^ommes armés de bfttons et de fusils rouilles engagèrent résolument une guerre avec toute une armée, toute une nation, tout un siècle» et de belles larines pures, sacrées, idéales comme des larmes d'ange, tombaient silencieusement le long de ses joues, quand il lui montrait cette pauvre chevalerie, semblable à celle que railla et pleura en même temps Cervantes, fracassée, à ses premiers débuts, par les réalités implacables auxquelles s'était attaquée' sa glorieuse et inutile valeur.
•— En vérité, répétait souvent Robert, quand certains regards de brûlante admiration portaient le trouble, l'enthousiasme et la joie au fond de son cœur, en vérité, quand je vois cette sympathie bienfaisante, cette précieuse émotion, je suis honteux du peu que j'ai fait; je rougis de cette misérable blessure ; cent batailles et vingt coups de feu me paraîtraient payer trop peu encore de pareilles faveurs. — Et on voyait quelle expression sincère de sa pensée étaient ces ardentes paroles.
Il avait vingt-trois ans, une âme prompte aux mouvements violents et soudains ; la vie lui faisait cette grâce qu'elle nous fait si rarement, de revêtir ses pa-
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rares les plus fQma^esqiifs; H mm avac UlusiOQi afaceniportemsott aye& ivresse» enfio evec tout ce qui oûmposa l'aisottr. Rieii n'étsU plus simple que ce qqi se passait dans sofi eoeur; mais rieo u^était plus eom^ pliqué» plus mystérieai» plos rempli de lumière d(i(S9> Tante et de tristes ténèbres que )e drame dont m antre eœnr était la théâtre. Cç pauvre Ratort le Disbld» eoœme m rappelail, qui avàt^brisé des boutaiUe» 6l taé des bommes, qui mi^ûssait la doubla ivresss <)s Torgie et dn cmnbat^^o'éliut qu'une neive çmtm sans défense et sans dateur près de cette lemma qsi n'avait jamais vu tember un eembattant m un buveori mais dont les p$is avalent erré à traveni les oheaiisi du monde. Dans ces festins an quelques hardis ooom pagnons s^attaquent à la magie dn la coupe, l'esprit s'éteint un instant, puis se rallumei dans unebataills^ les corps tombent et rien de plus^ la mort n'est que dttis ees enveloppes sanglantes dont naus délivren»! Ub souffles du oielr le bee <^s vautonrs et les mysti» rieuses vertus de la terre. Dans un salon» peodsBt un bal, au mUieu de ces femmes que parent les dis* mants et les fleurs» la mort est partout. Chaque bsuif dont le pied sonore , comme dit Chéniet , retentit as milieu des accords de Torehestre sonne sons toutes hs poitrines des funérailles* Ches ceiui*là, c'est la es»' deur qui est frappée mortellement par le regard d'one coquette. Une pensée vaniteuse vient de tuer rameur cbe2 cet homme aux cheveux neirs ; une pensés amhir
tiittse Tient de tuer la vertu chez cet homme chauve. Chez cette femme que sa beauté, sa jeunesse et sa pa^rare font, au milieu de cette ardente nuit d*falver, un souvenir de la fraîcheur matinale» une image du printemps, l'amitié vient d*être tuée par une pensée ja* louse. Et pendant que tous ces trépas s'aecom{jIissènl, il n'est pas un visage où se peigne ni la tristesse, ni répouvante ; chaque visage reste empreint du ï«jême sourire. .l\)us ces sépulcres cachés, comme dit l'Étangile avec sa surhumaine éloquence, balancent gracieu*" sèment leurs cadavres au son des instruments de tôte. Alle« doncdemanderensuite tout ce que réclame l'a** mour, une ignorance qui ne soit point de Tart, ûnesèn* sibilité qui ne soit pas du caprice, des emportements qui ne soient pas un jeu, une douceur qui ne soit pas de la fatigue, à des femmes qui ont été, comme la duchesse de Tessé^ les héroïnes de ces champs de bat^lle ! * Et cependant j'étais trop dur tout à Pheure quand je comparais les larmes arrachées à Elisabeth par le pâte et intrépide visage de Robert à celles que répandait cette même femme sur les feintes et mélodieuses douleurs de la Malibran. La duchesse de Tessé voyait dans ce blessé, qu'elle soignait avec un dévouement sincère, autre chose qu*une source de rares et romanesques émotions. Quelquefois, quand les yeux de Robert, agrandis par la douleur et embrasés par la passion, attachaient sur elle un de ces regards qui vont jusqu'au fond de Tâme où les envoie un mysté-
tet CARACTÈRES BT RÉCITS DO TBMM.
rieux et suprême effort, il lui semblait que des pensées inconnues et des rêves évanouis faisaient surgir tout un monde enchanté dans son cœur. Alors elle laissait sa main dans les mains tantôt glacées, tantôt brûlantes du blessé, et se penchait sur lui comme la rêveuse divinité d'une fontaine se penche sur l'onde harmonieuse et profonde où elle entend chanter ses louanges par les esprits qui lui sont soumis.
Tout à coup la blessure de ViJ[>raye prit un caractère alarmant. La fièvre vint, amenant le délire et son enfer* Aussitôt que disparaissait le jour, Robert appartenait aux spectres. Il le disait lui-même à Elisabeth dans un langage où se retrouvait l'esprit de la comtesse Griselidis. «Adieu! murmurait-il, ma chère gardienne» je m'en vais au pays des fantômes ; si je pouvais vous y entraîner comme le chevalier noir des ballades, je ne le ferais pas, on y souffre trop. » Une nuit on crut qu'il allait mourir. « En avant ! criait-il de cette voix d'une sonorité étrange, qui semble, sur la bouche des mourants, un souffle sorti de profondeurs inconnues; eu ^vant à travers ces flammes I en avant à travers ces ténèbres! Mon corps n'est plus ! Suivez mon âme ! La voyez-vous ? Elle est de feu et d'acier. — Le duc de Tessé, qui cette nuit, avait voulu le veiller lui-même, le soutenait entre ses bras. Elisabeth, qui était accourue aux cris du malade, s'était jetée à genoux, et priait, je dois lui rendre cette justice, comme l'eut fait la plus pauvre paysanne de la Vendée.
L'heure où Robert devait rendre à Dieu son âme vaillante n'était pas encore venue. Le jour parut sans que la mort eût frappé le malade de ces coups qu'elle aime à porter dans les ténèbres ou aux premiers rayons du matin. Toutefois, Tétat de Vibraye était loin d'être rassurant. Son lit de douleur était illuminé déjà par les rayons d'un soleil maître de tout rborizon, et il ne s'était pas assoupi encore. Le délire, il est«yrai, Taxait quitté, son regard n'était plus animé des clartés sinistres de la vision, l'heure qui dissipe les ombres l'avait délivré de ses fantômes ; mais tous ses traits étaient empreints de cette triste et pesante fatigue, chasuble de plomb que jettent en.s'enfuyant les spectres sur ceux qu'ils ont tourmentés. Elisabeth, en se dirigeant vers la chambre du blessé, d'où elle ne s'était éloignée que sur les prières de son mari, pour prendre quelques heures de repos, rencontra le médecin, qui quittait celui qu'elle allait retrouver.
— Si M. de Vibraye, lui dit cet homme, peut passer avec calme la journée qui vient de commencer, peutêtre viendrons-nous encore à bout de le guérir. Maintenant, une crise semblable à celle qu'il a traversée cette nuit le tuerait. Il est en ce moment dans un tel état de prostration , qu'il n'entendrait pas la voix dô sa mère, si elle sortait du tombeau pour venir lui parler à l'oreille. — Cette image était suggérée au médecin, qui était loin d'être une intelligence poétique» par le pieux emportement avec lequel il avait entendu
le blessé parier de sa mèret à ces instants où Tivrésse de la douleur aeus dcmne vis^à^vis des plus insensibles dbjets et des plus iBgvates natuies un irrésistible bar soin d'eipansieu.
Elisabeth entra sur ces paroles dans la chambra de Vibraye. Une vieille gouvernante, que la duchesse diargeftit de la remplacer auprès du malade quand elljB était forcée de s^loigner, venait de s^absenter pour un moment. Robert était seul, ^i ne paraisssit point, da reste, s'en apercevoir^ Ses yeux étaient fixes, et ne semblaient plus devoir donner jamais aucun rs* gard à l'appareil mouvant des choses humaines ; son visage avait cette pâjeur sous laquelle on sent ce je ne sais quoi de profond» de ténébreux et de glacé qui annonce dans une enveloppe mortelle l'invasion de la mort. Je ne sais pas alors ce qui se passa dans Time d'Blisabeth i Dieu seul peut connaître et juger ces mystères ; mais elle s'approcha lentement du lit de Robert, et se pencha sôr lui si bas, que le souffle de sa bouche dut effleurer roreille du blessé. Alors, d'une voix qui aurait pénétré jusqu'à cette âme quand même elle aurait habité déjà les profondeurs d'un monde inconnu : « Robert, ât-elle> où vous êtes, m'enlendee-vous f Je vous aime ! »
Un éclair passa sur le visage du malade, et un lon^ frisson courqt dans ses membres. Elisabeth se retira vivement avec une sorte d'épouvante, comme une apprentie magicienne effrayée par Teflèt d'une conjura*
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^m dont 6Ue vient de se servir. Heureusement cette ei;eitatioa ne dura fm. Les yeui de Vibraye se fermer rent, et son corps qui cessa de trembler, passa d'une attitude d'agonie à que attitude de repos. Une potion qu'il avait prise, il y avait quelques instants, exerçail sur lui sa bienfaisante influence. Il s'endormait, em*" portant dans son sommeil la parole qui devait maintenant à jamais colorer ses songes. Elisabeth le c^^ntempla un instant, puis sortit sur la pointe des pieds dé cette chambre où elle venait de se livrer au mouvement le plus étrange et le plus fatal de son humeur. Bile sortit en adressant au ciel les vœux les plus fer-' ventfi pour celui dont un de ses caprices avait embrasé la vie. EUeitait fille de don Juan et d'une épouse du Ghrist.