IV
-*-* Elle ferait des coquetteries à un mourant, disait Penoneeàux.
~ Elle en ferait à un mort, répondait Lanier ; on peut dire qu'elle est affectée d'une védtable monoma-^ nie* Bile est comme ces chasseurs qui ne font grâce à aucune espèce de gibier, et, après avoir tué vingt faisans, s'arrêtent pour abattre un moineau. Ce travers lui a causé déjà et lui causera eneore mainte fâcheuse
97f GARACTâRBS ET RÉCnS DU TBIfPS.
aventure. Enfin j'espère qae son hobereau ne lui fera point faire de longues folies.^ Il mourra, elle le pleurera.et l'oubliera.
— De temps en temps toutefois, ajouta Penonceaux, quand elle sera triste sans savoir pourquoi, elle nous dira : Je pense à ce pauvre Vibraye, qui était un héros trop grand, trop pur, trop noble pour ce temps-ci.
— Et elle fera, reprit Lanier, des comparaisons désobligeantes de ce sublime personnage avec nous : ce Vibraye sera un mort impertinent et ennuyeux.
MM. de Penonceaux et Lanier étaient de fort maavaise humeur. Depuis le jour où Vibraye était arrivé à Saint-Nazaire, M"* de tessé avait disparu pour eux, et ils commençaient à être las de leur séjour en Vendée. Ils ne pouvaient point se décider pourtant à partir, car tous deux étaient attachés à Elisabeth par des liens qu'ils ne voulaient pas rompre. La duchesse était pour Penonceaux une de ces relations dont se compose le charme mondain. Il n'en avait jamais été très-passionçément épris, la passion n'avait rien de commun avec sa nature ; mais il trouvait dans cette coquetterie, qu'il accusait, un trésor inestimable d'indulgence, pour l'ambitieux babil de sa galanterie; puis M"** de Tessé était encore pour lui ce qu'on appelle une maison, maison agréable, commode, riante, où le désœuvrement et le plaisir parvenaient à s'accommoder. C'était une maison bien autrement précieuse pour Lanier. Le comte Théobald, fils d'un ce-
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lèbre marchand de drap mort dans un fauteuil de pair en 1831, sans avoir pu déshabituer les Parisiens d'ajouter son nom à une* espèce de drap particulièrement propre aux carricks des temps passés, le comte Théobald n'avait, comme bien on pense, qu'un désir, qu'une pensée, pénétrer dans ces liantes régions que la bourgeoisie de juillet voulut escalader avec ses pavés. Le duc de Tessé, en le présentant à sa femme, lui avait causé une joie qu'il avait longtemps portée écrite sur son front; puis du bonheur de M. Dimanche, 11 avait essayé de passer à celui de Don Juan, et, par cette loi qui rend très-souvent sincère l'attachement des courtisans pour leur souverain, il s'était pris d'une assez sérieuse affection pour Elisabeth. Je lui rends cette justice, il fut amoureux de la duchesse. La boutique de M"' Prévôt le vit souvent occupé à choisir des bouquets avec une véritable rêverie. Ce qui rendait Elisabeth douce envers Penonceaux la rendait clémente envers Lanier. Un moment vint cependant où Théobald trouva que ses bouquets et ses soupirs n'obtenaient pas tout ce qu'il avait rêvé depuis que rien ne paraissait plus impossible à son ambition. Avec une prudence et un bon sens rares chez les personnages de son espèce, une fois qu'ils se sont entêtés des gens de qualité, il accepta un rôle plus humble que celui auquel il avait d'abord aspiré. Il renonça aux attitudes passionnées et farouches qu'un soir seulement il avait tenté de prendre, et devint un de ces
ff I CAlUGTÈimS BT RÉCITS DO tfiltPd.
amoureux bien drtsséi, qui se re&dent utiles dans tous les intérieurs, les plus élégants et les plus modestes. II fut un des plus soumis desservants de cet amour domestique si commun dans nos salons, qui font à Paris ce que font les follets au Mogol, suivant La Fontaine, c'est-à-dire qui s'occupent des affaires du mari, fervent tous les dapficés de la femme, et même, au besoin, soulagent daiis leur besogne les gens de la maison.
PenohceàuX et Lanier vivaient en fort bonne intelligence, mais tous deux s'entendaient pour exefc&r sur la duchesse une sorte de surveillance. Ils ne prétendaient point à écarter d'elle les amoureux, senlenlent ïlÈ ne Voulaient parmi ses adorateur^ que des gens bâtis d'une certaine sorte. lié étaient comme ées académiciens qui ne veulent avoir pour collègiies qu^ des écrivains de leur école. Ils sentaient dans Vibrayé, quoiqu'ils ne Tetissent rnême pas entrevu, un élément nouveau qu'ils étaient décidés à repousser. Oii véritable amour se levant sur là vie d'Elisabeth dans toute son orageuse ^lendetir eût mis à néant toutes leurs galanteries. C'eût été l'hippogriffe de Goethe et de Byron s'abattant dans des bosquets taillés à la française. Il fallait prévenir un pareil malheur à tout prix.
Tandis qu'à leur insu ils étaient établis dans ces pensées, la duchesse de Tessé entra au salon, où ils tenaient les propos que j'ai rapportés. Son visage était pâle et portait des traces réelles de fatigue ; son
mm LÉQmM mmum* ft&
«GipHt éts^l eacere plus l^s t[ue se^ traitst Cette Vie excitante et fébrile passée éam Tiâtmospfoère â'un^ €hambre de tûaMe lui donr>âtit tin besmn impéilem de mouvement et de grand air. £d 6e marnent un so* Ml de juin rersait la lumière à flots par le$ Quatre misées dont le salon était éclairé) et appelait tout de qui n'était pas impoteiit à ^eHlr voir au dehors le triomphe de Tété.
-^ Chère duchesse, dit PéhoiH^ekut, pné ^is point comment va M* de Vibrayëj dont yéU ait iestëy fort peQ de soud ; mais je sais ^e houà Véâà foiss^roît^ dans le cimetière de gaint^Nëi^àire, ii ièMi hé failéâ point trêve aux fatigués ê(tli vëuë tuent H qui Mt déjl changé vos traits* H faut à toute force (Jtiê tous soN tiea un peu dfe l'espace étroit et malsain où vdire dévouement voua bonfine. Vëiiez avec hous aujburd'htlî voir Hontceh^i qui ésf dani ^on château dépdîé trôid joufti> ètquî s'est déàolé hier de n^ pas Vous atôititetî- Ctotréêi car il ésl venu hier dans la mâtinée, pendant que vous faisiez Tafigë gatdieii dahs là chambre dû blenhettreux blessé. Moiitccny compté suf hotié. Sa maisdn ù'est qu'à deui lieues d*ici ; vous montel'ez miss Anna, qui a, comme vous, grand besoin de sortir. Dans trois heures au plu^, nous serons de retour, et vous aurez tout le temps nécéssislire pour faire votre bèiioghë de sdstlr grise.
André el lu tSomtessé dé Mauvrilliers, qui entrèrent iMf cei detniers mot^, Joignireiit leurii iiistanceS à
celles de Penonceaux. M"* de Mauvrilliers était vêtue d'une amazone bleu sombre, qui lui allait merveilleusement Cette vue décida tout à fait Elisabeth ; elle disparut, et revint, au bout de quelques instants, dans un costume de cheval qui lui donnait la grâce» si idéale et si vivante toutefois, de cette Diana, fille, comme elle, des montagnes de TÉcosse.
Elle s'élança sur miss Anna, charmante bête au col délicat, à l'œil ardent, dont la longue crinière était tressée avec autant de soin que la plus élégante chevelure de jeune fille, et les pieds enduits de ce bril^ tant vernis qui inspirait récemment des élans d'indignation républicaine à un patriote revendiquant l'égalité entre le sabot des chevaux et ses bottes. Elle montait à cheval avec une adresse pleine de charme ; sa monture semblait toujours dans le secret de ses pensées. Certainement il y avait affinité mystérieuse, secret accord entre «a nature et cette nature chevaline, capricieuse, ardente, inquiète, en rapport avec les esprits invisibles de l'air, passant des allures confiantes aux tressaillements ombrageux, de la soumission gracieuse à tous les écarts désordonnés de la révolte.
.On allait de Saint-Nazaire à Montceny par un de ces chemins à travers bois, qui son) routes du pays des fées. Bientôt, en galopant sur l'herbe verte, elle eut oublié les images de mort et de douleur qu'elle venait d'avoir sous les yeux. A travers la chevelure
UNE LÉGENDB MONDAINE. S77
des bois, le soleil buvait ses larmes, et les bonds rapides de miss Anna envoyaient au vent ses tristesses, comme le mouvement emporté d'une valse effeuille sur le sein d'une danseuse toutes les fleurs d'un bouquet. Enfin, suivie de tout son cortège, elle arriva au château de Montceny. Cette noble et pensive demeure, bâtie au temps où les pierres se remuaient avec le signe de la croix» comme dit la ballade, présentait un aspect singulier. Les portes en étaient fermées avec soin. Il fallut baisser un pont-Ievis pour faire entrer la cavalcade inoffensive qui venait rendre à ces vieux murs une joyeuse visite. Quelques valets armés se promenaient dans la cour.
•— Ah çà I mon cher comte, dit le marquis de Penonceaux au beau Raoul de Montceny, qui arrivait audevant de ses hôtes, vous disposeriez-vous par hasard à soutenir un siège? Sommes-nous encore au quatorzième siècle, et avez-vous quelque démêlé avec un seigneur voisin?
— Non, mon cher Penonceaux, répondit Raoul de l'air le plus naturel du monde. Nous sommes fort loin de ces temps héroïques pour votre malheur et le mien ; mais nous sommes en 1832 et en Vendée. Je suis venu ici, oîi j'espérais assister encore à quelque action. J'ai trouvé les nôtres dispersés. Madame réduite à se cacher, et les gendarmes de Louis-Philippe maîtres de la campagne. C'est contre les défenseurs du trône de juillet que j'ai fait ces préparatifs dont vous êtes
2t8 GAtUCTÊRÉS ^f RÉCITS DU TÂIIPS*
étonné. Hier, en réveiiaiit' de ââlht-NsSaii'e, un de mes gens m'a dît que lèâ bleus songeaie'nt à me faire une visite armée. Je rie serais pas surpris que mon nom me valût en effet cet honneur, auquel j'ai voulu me mettre en mesure de répondre. Ainsi, madame la duchesse , fit-il en se tournant â^^ec ûtie incIinatioD gracieuse vers Elisabeth, Voua allez vous trouver peut-être parmi des assiégés.
Lanier ne put point s'empêcher de prendre à f endroit de ce chevaleresque péril un certain air d'incté- (iulité bourgeoise, et, se penchant à Toreille de M"»' de Mauvrilliers : — Je désiré, dit-il, que vous ne vous trouviez jamais à d*autre siège que celui de Montcfeny. Avant deux ans,' vous verrez Raoul aux coursés dans la tribune du duc d'Orléans. Ce brave garçon est incapable de faire l^ guerre à un gouvernement établi, et cette juste opinion que tout le monde a de lui nous garantit une pleine sûreté; mais je comprends sa mise en scène, ajouta-t-il*èn regardant Elisabeth. Ce que je ne comprends point pourtant, fit-ij de nouveau à voix basse, c/est ce qu'il porte là sur son habit . Voilà une décoration que je ne connais pas.
Ce qui excitait avec raison, je dois le dire, Tétonnément de Lanier, c'était une croix délicatement brodée en soie blanche, qui brillait comme un camélia sur le frac élégant de Montceny, Du reste, toute la tenue de Raoul mérite de ne pas être oubliée. Le daridy avait revêtu un costume complet de Vendéen. Son habit dô
tlNE tiÇENDE MONDAINB. 279
chasse était jgris, è revers noirs comtne les nobles habits qu'usèrent les broussailles du Bocage et que percèrent les balles républicaines ; seulêinent Tliabit de Montceny û*avait pas la moindre tr^ce ni de bivouac, ni de combat; il était d'une fraîcheur irréprochable, et aurait pu figur^er de la façon la plus galante dans un quadrille de bal masqué.
Deux mots du comte de Montceny. C'était, en 1832» un des chefs de la jeunesse dprée. Il avait une jolie ;Ggure» une belle taille, montait parfaiteçient à cheval ,et possédait tout Tesprit nécessaire pour ne point dé- 4)arer ces qualité^ auprès de ceux surtout qui les goûteiu le plus. Le fait est qu'il ne manquait pas d'une certaine finesse. Commue ce prince de Bambuoci dont fârle Georges Sand, il ne pouvait être trompé ni sur ¥n cheval ni sur un tableau. Il avait aussi quelques notions des femmes et jpie faisait jamaia de faute danjs une partie av^c une Gaq^ette. Une chose pouvait le déconcîerter en m^ièr$ amoureuse : ^c'était Tamour, 4ont il n'avait pas pl^s l'idée que ,da$ loup^-garQu^. On le disait .d'i^no b;*ay<Mice assez médiocre ; fî^als il 9vait tous les dehors 4e }a y^rt)^ dont il isi'était pas sw* 4'avoir jie fond, et ces d^or^ suffisaient amplement fi la seule vie qu'il voulut mm^X' Aji deipeurant, c'étfÂt w de ces homs^s qui sai^ent trfiverser ce inonde dao^ un équipage à la fois agréable et commode, et qui onl» après tout, dans les faveurs des belles, plus large 9^ V^ les héros çt les poëtes, ^ans faire trouer hms
habits par des balles comme les premiers, et par la misère comme les seconds.
Il avait fait, pendant une partie de i*hiver, à Élisa* beth, une de ces cours d'habitude et de précaution destinées à porter leur fruit quand il plaira au ciel. 11 était alors sous la domination de lady Qreenwich, qui s'avisa, pendant six semaines, d'être jalouse, afin d'avoir tout connu, dit-elle un jour avec un accent inimitable, et que la jalousie ennuya profondément L'été le trouva libre, et il songea dans sa liberté à la duchesse de Tessé, qui était sa voisine de campagne. Il résolut d'aller à Montceny ; puis, pensant que Madame était en Vendée et qu'Elisabeth était romanesque, il fit mettre dans sa berline un costume vendéen^
Deux jours après son arrivée, il alla faire une visite à Saint-Nazaire. Là, il apprit l'enthousiasme de la duchesse pour Vibraye , et il bénit secrètement son habit gris. Il pria André d'amener sa femme chez lai le lendemain. La fortune, qui, en sa qualité de personne plus que légère, se coiffe volontiers de gens comme Raoul, inspira justement à la duchesse l'idée de galoper sur miss Anna. Les préparatifs de Montceny ne furent point perdus, sa fable de siège eut plein succès ; Elisabeth, se piquant d'héroïsme, voulut attendre jusqu'à la nuit les gendarmes. Pendant ce temps» l'habit vendéen produisit tout son effet En retournant au tomber de la nuit à Saint-Nazaire, la duthesse pensait avec complaisance à Raoul. Ce faux et
pimpant Vendéen lui avait fait oublier le vrai Vendéen tout sanglant, dont le matin elle avait bouleversé l'âme. Rentrée au château, son premier mouvement ne fut même point de monter dans la chambre de Robert. Quand la vieille Brigitte, qu'elle avait laissée auprès du malade, entrant tout à coup dans le salon où elle devisait avec Penonceaux, s'écria : — Madame la duchesse, le médecin dit que M. de Vibraye est sauvé i — Ah ! Dieu soit loué ! fit-elle en rougissant, elle qui rougissait peu, et elle monta précipitamment dans la chambre dU blessé comme pour réparer un oubli. — Elisabeth, lui dit le malade, que je meure, si des paroles dont je crois me souvenir n'étaient qu'un songe. Le médecin dit à présent que je vivrai. Je vivrai, si vous voulez, et mourrai, si vous voulez : je vous aimel
Je ne sais pas au monde, en définitive, de plus grande puissance que l'amour : c'est l'avis des poètes et des pères de l'Église, de Pétrarque et de V Imitation. Robert prit donc sur Elisabeth un certain empire; tine absence de Montceny le servit admirablement Le beau Raoul fut obligé de suspendre sa campagne vendéenne pour aller sur-le-champ à Paris, où une grand'- ^te, dont il était l'héritier, venait d'avoir une atta-
fZt CARACTÈRES ÇT KJÈCIU PXi TEMPS.
que d\apûp)eiie. Aucwe 9^^W J^ lui aurait fvt négliger ce voyage, Yl^r^yç fut de nouveau pour ]^ duchesse le seul Yen4éen à aicQpr. }l passait avec ellp de longues heures et s'étoun^jt ()e tofit ce qu'il y avait en cet esprit, que )es friyolités 4p ^^oud^ .auraient du épuiser. L'état daps lequel il ét^t donnait forcément i^ ses aipours up tour idéal ; la d^che^ts^, qui en cerr taines matières avait graude ^^^peri^nce et grande prévision» appelait à $pn çidç, pour ^el^aîner chaqufi jour davantage 1q pauvre Vihfayp dau3 le fpop4^ ipir matériel, toutes le^ délicatesse^ p^$iqi)iiée§ 4'ud christianisme séduisant dopt elle possédait merveilr leu^ement les secjrets. Et ici, qu'on fs^sse hi^p atteptlpf)^ je ne veux médire en aucune fagon d'un certain c^ tholicisme de bel air qu'on a accablé d^ plaisanteries rebattues, de mauvais goût, fort dangereuses, et ppnr lequel, d'ailleurs, j*ai grande prédilection. Si la religion peut être un ornement, tant mieux, je n*y vois qu'une preuve de son inimitable beauté. Mais on la profane, dit-on ; ceux qui d'habitude ont ces scrupules sont des gens qui la profanept ^ biep d'autres ma* nières qu'eu tirant de $on divin écrii^ de touchantes et radieuses parures. {<e plps grand cripl^ qu'on puis^ commettre contre le piel, c'est d? TQijbljer. On njip dira que ce sont propos de jéj^uitet S'euteudre appela jésuite aujourd'jiiui »'a rien de ^ifig ^m^i^nL Qu^ qu'il en sQit, du re$t», ^c'e^t ai^si quiç pea^a,it M"f (^ Te^sé.
UNE l4fiBNDB HONDAQRB. Mf
Éli^J^eth entreprit de convertir Rpbert le Diable , p;ir elle s^^y^^t qpe Yibraye était designé par ce nom 4an§ le paypi. SUe lui lisait ce que les oei^vres cbréT tjeppes ont d^ plus tendre , ce famepi^ Qb^pitre â» fll^ifqtiqn mr l'airipur, qui lê^t m Férrti|b)e printeippi Hiygtique, up en^emblp de souffles passio^niés et trisT ^h à^ Pfirf^ms secret #t de yoi^ tpucbant#3 jusqu'a#^ p}i^r3. Rob^rl; s'att^pcl^fp^^t et pro^iettait de ne pluf tif^rson prochain pour une parole, surtout jde m pluf B^altrajfiçr les évêqijes, Q]i^^ k pervertir les VeiiT ^fjûnçs, c*é\fitP ^^P? ^^ yPB^ (l'Elisabeth pour Te^ empêcher désormais. La duchesse avait up disciple dopile* Une occ^t^ion vint cependant pu Vibr^ye reprit brusquenipqt se3 anciennes allures. Ji^pier fut Tinsf tri^ipent dont se ^eryjit le lïiiilin.
Nous ^voqi^ yu que )e comte Théobald était, commis PenoDceapi^y fort Jfiostile au Vendéen. La preniière foi» que Rpberjt, asse? fort pour de^p^ndre quelques heuw res ^u ^^Ipo, yit lies dei^ repr^sentaiit^ de la jeunesse parisieimie,ilrépon^td'instiact, glyecus^r^, à la mal» yeillançe don^ i\ était Tobji^^ -r* Vptre JPeponceaux, 4|s^t-il à Elisabeth , ^e \p^i pas un poup d'épée , et yotre Lanier yautà peine ûi) coup d^ bâton. Comment souffrez-vous les grimac<^ 4? si mottes gens ? Je sui$ presqi^e honteux d'être.gentilhoipme quand j'entends les impertinences d^ marquis et quand j'examine cette incroyable inutilité ; heureusement que \§ comte me dégoûte d'être roturier, Combiep j'avais r%isQn de
St4 GAKACTÊRES ET RÉCITS DU TEMPS.
haïr la révolution de juillet, qui me fait rencontrer M. Théobald, sans qu'il y ait entre lui et moi au moins l'étendue d'un comptoir 1 — La duchesse défendait ses amis, souvent même avec une certaine vivacité. Vibraye alors entrait dans le courroux d'un amoureux contre toute apparence de rivaux , et , oubliant la blessure qui le clouait encore au fond d*un fauteuil, ne parlait plus que d'abattre des oreilles et de couper des nez. Elisabeth était grandement irritée, mais sa colère s'éteignait toujours dans cette indulgence secrète qu'éprouvent les femmes pour les rages viriles dont elles sont cause.
Un jour, le duc et le marquis étaient à la chasse, madame de Mauvrilliers s'était enfermée en sa chambre ; Vibraye se trouva seul dans le salon, à midi, avec la duchesse et Lanier. Le hasard établissait ainsi un des plus pénibles et des plus fatigants entretiens à trois qui aient jamais été infligés à gens du monde. Lanier, s'abandonnant tout simplement à son mauvais vouloir contre- le Vendéeî), entama une conversation où Vibraye ne pouvait point placer un mot. Il se mit à parler, avec une affectation dont le moins délicat se fût offensé, de personnes et de choses connues uniquement de la duchesse et de lui. Il épuisa le chapitre des chevaux d'abord, puis celui des chanteurs, puis celui des danseuses ; puis il en vint aux médisances de salon, puis ei^fin aux toilettes que telle femme avait à telle fêta — Mon Dieu! disait-il, quelle singulière
robe avait donc lady Greenwich au dernier bal de l'ambassade anglaise ! C'était une robe en. . . Aidez-moi donc, madame la duchesse.
— En drap Lanier peut-être» dit du ton le plus ru barbatif Robert, qui avait jusqu'alors été muet.
-^ Monsieur, fit Lanier tout suffoqué de cette impertinente folie, en disant semblable chose, vous prétendez certainement...
— Vous rendre en une seconde, interrompit Vibraye, ce que je reçois de vous depuis une heure : beaucoup d'ennui.
Le comte Théobald se leva, pâle de colère, et, se dirigeant vers la porte du salon, dit à la duchesse avec un regard plein d'une sombre dignité : — Vous comprenez, j'espère, madame, à quelles convenances, à quelles lois, à quels devoirs j'obéis en ne poussant pas plus loin une affaire engagée devant vous» et, je le pense, à cause de vous.
Au moment de cette sortie tragique, la comtesse de Mauvrilliers entrait. Il est grandement temps que je vous dise quelques mots de l'ange, car madame de Mauvrilliers a porté ce nom, ni plus ni moins que madame de Grancey.
Le vieux comte de Mauvrilliers , à près de quatre-
vingts ans épousa par grande vertu ^^ssMdt, avec toutes sortes de façons étfaérées ^ patriaroh les, une toute jeune fille, sans aucune espèce de fortune, mais douée des plus beaux yeux du mofide, d'un teint transi^rent et d'une chevelure séraphiqui. Léonie d' Alpieyce avait été confiée , comme pupille , a ce vieux ^ppâl du mariage, pour me servir d'we expression qui m*à réjoui. Son tuteur lui pr<ipo$a un jour de l'épouser ; elle accepta , et se mit à jouer à V Adèle de Sinange. On dit même qj^'W y eut m lord Sydenham de la partie, mais beaucoup moio^ Grandisson que la héros de madame de Souza. Toutefois madame de Mauvrilliers , qui (gantait eu s'a6compagnant de la harpe, et avait dans sa taHla, ém» son visage, dans ses cheveux, quelque chose da si aérien et de- si- lumineux , que toute sa persono^ était une yraie vision céleste ; madaeie de Mau* vrilliers, qui d'ailleurs entendait à iRerveille If monde, voulut être ange et le fut. Quand M. de Mauvrilliers mourut, elle lui donna de belles larmes, et ne reprit les couleurs tendres qu'après avo^ passé par toutes tes gradations qui les séparent do noir le plus sombre. Veuve à vingt ans et avec uae très-grande fortunç, elle résolut de s'élever à cette dignité de beauté vertueuse , qui est le but de toutes les habiles, en pratiquant unetîgrerie sereine et candide. Nulle ne s'entendait mieux qu'elle à interrompre tout à coup, par un rire bien haut, une phrase murmurée
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bien bas, à jeter naïvement, âu milieu d'une conrersa,tion générale, les paroles hasardées dans son oreille, enfin à faire toutes les démonstrations publiques de la plus intrépide et de la plus Irréprochable innocence qui se soit jamais promenée à T Opéra, aux courses, à tous les concerts et à tous les bals ; car, si madame de Mfauvrillîers était un ange, ce n'était pas, comme disait quelqu'un, Tange de la solitude. On la rencontrait partout : cMtaît la mondaine par excellence. Tout ce bruit Pobséd'âit, disait -elle; mais il faut bien sortir pour voir les gens qu'on aime. Était-ce sa faute, si ses amis ne vivaient point à Port-Royal? Et tous les soirs, avec une résignation pensive, elle apparaissait tantôt ici, tantôt là. Le grand art avec lequel était conduite sa vie lui donnait une incontestable autorité en certaine matière. Ce fut donc en véritable prêtresse des fQvenances qu'elle attacha sur la duchesse un rerd miséricordieux, mais sévère, quand elle entra dans le salon abandonné par Lanier . Elle avait entendu les paroles de Yibraye, et voyait le trouble d'Elisabeth. Robert n'osait pas lever les yeux sur la duchesse, qu'il craignait d'avoir offensée. Ému tout à Theure par la colère et maintenant par des regrets, il se leva, car il commençait à pouvoir marcher, et prit le chemin de sa chambre. Son départ était une grande faute. Mieux vaut cent fois laisser une femme que vous aimez et que vous venez de froisser avec un de vos rivaux qu'avec une de ses amies.
28S GARAdlÊRES BT BÉÛTS DD TEMPS.
— Chère Lisbeth, dit Léonie, aussitôt que Robert se fut retiré, je suis enchantée que nous soyons seules. Tu fais des folies pour ce Yibraye, qui est un homme insupportable 9 et qui te donnera» si tu n'y prends garde, de ridicules embarras. J'ai remarqué qu'hier ton man avait un air soucieux. Certes, André n'est pas jaloux, il t'en a donné plus d'une preuve : il te laisse gouverner ta vie à ta guise avec une résignation pleine de douceur dont souvent tu m'as vanté le charme ; mais il ne prend pas ta préoccupation de ce nouveau venu comme il a pris cent fois tes caprices enthousiastes pour maint autre. Ce qui se passe en lui ne m'étonne pas, vois-tu, chère belle ; tel qui veut bien avoir le cou rompu en chaise de poste, ne veut pas s'exposer dans un wagon. On ne consent à courir que les dangers avec lesquels on est familier. Vîbraye est pour ton mari un danger nouveau et inconnu. Il n'est pas accoutumé à ce qu'on te fasse la cour à la violente et mélancolique façon de ton blessé. J'ai entendu dire à M. de Mauvrilliers, — j'aurais dû oublier cette folie, mais elle m*est restée, je ne sais comment dans la mémoire, — qu*un académicien de ses amis, grand ennemi des drames modernes, et marié à une femme très-coquette, répétait souvent : Je lui pardonnerai tout, si elle suit les anciennes règles; je la chasse, si elle donne dans les Ântohy. Il y a dans le duc de Tessé un peu de cet académicien. Et puis, que te dirai- je? certainement M. de Vibraye«vî\ut mieux
que Lanier de toute façon, et même, je crois bien, que Penonceaux. Il est de bonne famille, il a un caractère chevaleresque Toutefois, une aventure avec lui, ou du moins un soupçon d'aventure, est chose fâcheuse. Une femme , vois-tu , est tout à fait classée par un amour de province. C'est toujours un amour pour quel(|u'un qu'on ne connaît pas. Paris est sans pitié pour ces sortes de passions. La médisance profite de réioignement pour tout obscurcir et confondre à dessein. On dit : Elle aime quelqu'un, je ne sais où, dans une petite ville, aux environs deson château. De ton Vendéen on fera un sous-préfet ou quelque chose de pire. Et tes amis seront au désespoir de te voir ainsi calomniée. Chère Lisbeth, laisse lace. Vibraye, pour qui tu n'as déjà eu que trop de bontés. Reviens à tes amis naturels et à ton train ordinaire de vie.
M"* de Hauvrilliers ajouta encore bien d'autres choses sur ce ton. Ce Robert était entêté d'une sotte et dangereuse manie de querelles qui amènerait les plus ennuyeux éclats. Puis, il prenait déjà des airs d'amoureux du plus mauvais goût Ainsi, que signifiait ce lardon provocateur si brutalement lancé à ce pauvre Lanier ? La patience de Théobald était fort heureuse. Que serait-il arrivé, si M, de Vibraye avait trouvé aussi fou que lui? Les paroles de Léonie éveillaient chez Elisabeth plus d'un écho. Elles faisaient entendre à la duchesse la voix même du monde s'élevant pour la retirer d'une fantaisie hérésiarque et la
290 GARÂGTiiRES KT RÉCITS DO TEMPS.
ramener aux caprices orthûâo]^e&. Â c^gp sur» plus d*un instinct, plus d*iin sentiment en elle prenaient la cause de Robert. Elle comprenait bi^n qa'en cett§ poitrine qui s'oSrait s^i vailia^mment aui^ balle», il j avait de» trésors ignorés de$ jou^s habituels de soi cç^ur, de tous les fats qui fsusaient guirlande wtoçuf d'elle ; mais, c'était cerlaiq, Vibr^y^ n'était point ^ son monde» et la jetait en des voi^ inconnues. Uo dernier raisonnement de Léonie la détermina. « Chère belle, dit le frivole et sévère oracle, les personnes adoptées par le public comme excentriques, -r» tu es du nombre, n'est-^e pas ? ->» ont un écueil à éviter soigneusement. Il est une excentricité qu*ôn ne leur pardonne pas, c'est celle dont le ni^onde ne fait pas soa profit. Aie dix amants à ted copieurs, et donne des fêtes, on prendra cela eiEL belle humeur; maïs ferma ta maison pour y lire Ossiqin avee un Werther, et on ne te pardonnera pas. C'est ce qui fait qu'on est si ïol^ pitoyable pour les enlèvements, et on a raison ; il y a tel amour qui est la vie de la société, et tel autre qui est sa mort. C'est Men le moins qi:^ nous eembatiiens ce qui nous tue. »
Une heure après ce long discours, la duchesse ^ Tes^é traitait Vibraye avec tant de hauteur, de colère et de dureté, que le pauvre Vendéen demeurait teot suffoqué, sentant la rougeur à ses joues, les larmes dans ses yeux, et ne sachant ce que voulait son cœur. Il laissa parler Elisabeth aans trouver un met à hn
tJNE LÉGENDE MONDAINE. ^9t
répondre. La tendresse et la fierté se livraient en lui \in de ces rudes combats qui sont le désespoir des amoureux. On lui reprochait des choses dont la seul^ pensée l'aurait fait mourir de. fionte, Il était coup^bljÇi lui disàit-on, d'avoir voulu compromettre, par se^ aif§ emportés et ippérieux, celle qu'il adorait, torique \f^ duchesse se fut retirée, il laissa ioinb^r s^ tête entjcç ses iqains, et pleura longtemps. Toute (a jou.rqéÇ;^ i} rçsta enfermé daçs sa chambre; pui^, qufiad y'^m |'hei|r^ dii dîper, il descendit en chancelant dan^ 1^ parc sans être observé, gagna vme porte dérobée, Qt sç* trouva en plein charpp. A h nuit to.mbaiite, il Irs^pp^it à l£t portQ de soq cb^teavi» qui était à deux Jieu^s çe^lement d^ Sçiipt-Nstzaire. Un vieux §ervi? teur, qui le cj*QyaU mort, le recav^it entre ses br^f avec force exclam (irions. Le b^^s^é de la Pénissière était épuisé par cet(e piarche imprudente. Sa blessure était rouverte. On le porta dans la cbambre de sa pnère. Après une longue défaillance, il revint à Iui| et pour la première fois ressentit une douleur que jç ne souhaite à personne, « AH I disait-il, pourquoi le^ balles ne m'opt'-elles p^s frappé au cœur! »