LES CONQUÉRANTS &J
pour but la conquête, et nous ne saurions sans lâcheté nous y soustraire ; mais il nous appartient de corriger les injustices de la destinée.
Et Marc se tut ; il regardait au loin avec une calme assurance ; mais, comme retendue était déserte, j'ai pensé qu'il né voyait que le mirage de son désir. Agloval liaussa les épaules et Firmin pour la première fois sourit dans sa barbe. Je n'ai pas aimé ce sourire.
Firmin parla en évitant nos yeux :
— Je n'ai cure des massacres et moins encore delà clémence. A tuer on risque sa vie; on est toujours victime de sa pitié. Il n'importe que d'être vainqueur. Le triomplie est au prix de l'adressé. Souvenez-vous de l'exemple d'Ulysse; il fut le plus sage des guerriers. Sans lui Troie n'eût jamais été prise.
Firmin n'en dit pas davantage ; il était avare de paroles. Jusqu'alors je n'avais fait ([u'écouter; mes compagnons ayant tourné la tète do mon côté, je dis :
— Je ne vous apprendrai rien sur moi, car je m'ignore. Je suis simplement joyeux parce que je chevauche sans le souci du lendemain.
Agloval rit et parle beaucoup, il croit déjà que la victoire lui appartient ; Marc espère fermement ; mais Firmin dit peu et ne rit que de mépris : il construit secrètement des projets. Seul de nous, il voit clair en soi-même. Agioval, ce me semble, ne se connaît point et les paroles dans sa bouche sont un vain bruit, à moins peut-être que, se connaissant trop bien, il veuille s'étourdir à leur son ; Marc ne connaît que son rêve. Moi, je m'ignore. Je serai tel que la guerre me créera; clément, ou cruel, ou couard. Pour l'instant, il ne m'importe que d'être ici et non ailleurs. Je suis venu me joindre à vous sans délibérer. J'ai sfiti que mon château était vide et triste, que mon domaine était trop étroit, ma vie trop bornée, que je ne pouvais consumer ma vie à demeurer en place. Plus tard les événements me révéleront à moi-même.
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Je paillais ainsi sincèrement.
Agloval avait été blessé par mon discours ; car il se mit à renchérir sur ses premières forfanteries. Gela acheva de me convaincre qu'il n'était point sincère. Celui qui est courageux ne parle jamais de son courage. Je ne répliquai pas; mais Marc s'attarda à le vouloir persuader. Firmin méditait.
Pendant des jours, la cavalcade se déroula à travers de cliangeantspaysages.On campait au crépuscule. Je dormais jusqu'au lendemain; mes compagnons ignoraient le sommeil.
Enfin nous apparut une ville immense et redoutable. Une armée en ordre de bataille attendait aux pieds des remparts. Un frémissement d'anxiété parcourut nos rangs et le silence régna. Ainsi, après un premier coup de vent, se tait la foret avant qu'éclate la foudre. C'était le solennel instant où allaient s'accomplir les destinées des jeunes hommes qui un matin avaient quitté leurs demeures et s'étaient
rencontrés en armes, tous en quête de la même aventure. Nous nous rapprochions de rennemi.
Soudain une voix cria : — En avant ! — une voix que je reconnus pour la mienne. Et j'enfonçai les éperons dans les flancs de mon cheval. Tous semèrent à ma suite.
Marc galopait auprès de moi; des larmes roulaient sur ses joues.
— Tu me regardes, dit-il; ce n'est pas de lâcheté que je pleure.
Ensuite, il me fit un signe et me montra qu'Agio val n'était plus avec nous. Me retournant je vis un cavalier qui fuyait. Je vis aussi Firmin; il s'était arrêté et pour la seconde fois souriait dans sa barbe. La colère m'envahit, je fis volte-face et m'élançai sur lui; mais il tira son épée et railleusement me dit :
•^ Je n'ai pas le courage d'Agio val. Toi, poursuis ton chemin; l'aspect de l'ennemi t'a rendu intrépide. Va là-bas expier ta folie. Maïs ne fais pas obstacle à mes résolutions. Tu es