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LE VOYAGE DE THILDE I I

grande maison avec un escalier qui entre dans Feau.

— Il n'y a pas de rames. La barque descendra.

— Alors va-t'en à pied par la route. Quand tu seras arrivé, tu demanderas la reine Bathilde.

— Je n'oserai pas.

— Il faut oser quand on veut être prince.

Tu demanderas la reine et tu lui diras : « J'ai vu votre fille Thilde... »

— Et puis on me chassera.

— Non. Tiens mon bracelet. Tu diras :

« Thilde m'a donné ce bracelet pour que vous sachiez que je ne mens pas. Elle m'a dit qu'elle serait bergère à ma place et qu'elle ne reviendrait plus. Ça lui a fait beaucoup de peine de vous quitter parce qu'elle vous aime beaucoup, mais elle ne veut pas être princesse. Et comme vous n'avez pas d'autres enfants, gardez-moi avec vous, vous me mettrez de beaux habits et je serai votre fils, » Tues content?

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^- Si je suis content ! dit Marcel.

-^ Alors embrasse^moi et dépêche-toi de t'en aller.

Marcel Fembrassa et se mit à courir,

-^ Laisse-moi ton bâton, cria Thilde.

Quand le berger fut parti, Thilde se promena dans le pré ; les vaches qui ne la connaissaient pas se sauvaient à son approche.

Elle les poursuivit, mais fat viteessoufilée. Elle se coucha dans l'iierbe et, comme elle avait pleuré toute la nuit et s'était levée de grand matin, le sommeil la prit et elle s'endormit tout d'un coup.

Elle fut réveillée par la fraîcheur qui la fit frissonner ; le soleil s'était enfoncé derrière un bois de liôtres. La prairie était déserte ; les bètes avaient dû se disséminer en tous sens. Il ne fallait plus songer à les rassembler.

Un vieux paysan accourut les bras levés ; il jurait et appelait : Marcel ! Marcel ! C'était le maître du troupeau. Thilde eut peur de sa grosse voix, de sa figure méchante et de sa

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barbe hérissée. Elle s'enfuit dans la barque et la détacha. Le courant remporta, et longtemps elle Taperçut qui lui tendait le poing avec des malédictions.

Maintenant il faisait nuit. La lune traversa les brouillards flottant au ras de la plaine et elle monta dans le ciel, répandant une clarté si lumineuse qu'elle absorbait la flamme timide des étoiles. Le fleuve semblait d'argent liquide et les feuilles des peupliers étaient blanches et luisantes. Thilds, oubliant sa frayeur, admirait le calms silencieux de la nuit. Soudain elle tressaillit en entendant quelque chose tomber dans l'eau tout près d'elle. Une ombre était courbée sur la rive ; l'ombre qui s'absorbait dans quelque besogne mystérieuse se releva et, apercevant les flancs du cygne qui scintillaient, S3 tapit peureusement.

— Je t'ai vu. Ne te cache pas, cria Tliilde.

L'ombre se hasarda et dit \

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— Tiens, c'est une petite fille. J'ai cru qu'on venait m'arrôter. Il est défendu de tendre ses filets la nuit.

— Ah ! tu es pêcheur, dit Thilde. Voilà qui doit être amusant.

— Amusant si Ton veut. On est tout de même mieux à dormir dans un bon lit qu'à rester ici les pieds dans l'eau.

— Comment faire pour m'arrêter ?

— Tends-moi ton bâton.

Le petit pêcheur s'avança dans le fleuve et saisissant le bâton que Thilde lui tendait, il amena la barque contres le bord.

— Que fais-tu là, dit-il, avec ce drôle de bateau ?

— Je suis la princesse Thilde. Tout à l'heure j'ai été bergère pour voir, mais c'est trop difficile ; j'ai perdu le troupeau et j'ai manqué d'être battue. Mais je vais rester ici pour pêcher avec toi.

— Tu plaisantes. Quand on a la chance que tu as.

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— Tu préférerais donc être prince ?

— La belle question ! et le pêcheur éclata de rire.

— Eh bien, dit Thilde, tu vas courir le long du rivage. Quand tu seras arrivé à notre villa (tu la reconnaîtras, c'est la plus belle maison), tu diras à ma mère que tu viens prendre la place de sa fille Thilde qui s'amuse à prendre des poissons. Tu lui donneras de ma part... quoi doiic?

Thilde chercha dans ses poches et en tira son couteau.

— Voilà, mon couteau. Comme ça, maman saura que tu ne la trempes pas. Seulement il faut courir très vite pour arriver avant Marcel ; c'est un berger que j'ai rencontré et à qui j'ai donné mon bracelet. Va vite.

Le petit pêcheur dit :

— C'est vrai?

— Bien sûr, fit Thilde sérieuse.

— Et si ce Marcel est arrivé avant moi.

Elle réfléchit à peine :

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— Tu diras qu'il m'a volé mon bracelet et tu prendras sa place.

— Çà, c'est mal.

— Alors arrive avant lui, ou tant pis pour toi.

— Adieu, dit le pêcheur.

Il lâcha la barque qui reprit le fil de l'eaù, ïliilde appela :

— Arrète-moi;je veux rester ici.

— Tu es trop loin, dit-il.

D'abord Thilde fut contrariée ; mais elle pensa que plus avant il y avait des pays, et la mer, et des îles. Elle avait faim. Le matin, elle avait mangé de trop grand appétit et le pain était fort entamé ; par précaution, elle y mordit parcimonieusement.

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