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LE VOYAGE DE THILDB I3I

— Tu connaîtras bientôt de plus grandes joies.

Thilde s'endormit dans les bras de la Fée qui la déposa doucement sur la plage et repartit ensuite à travers Tocéan.

Un galop de chevaux ébranla la terre.

Thilde s'éveilla en sursaut et, au lieu de la Fée que cherchaient ses regards, elle vit accourir, bride abattue, des cavaliers qu'elle reconnut à leur uniforme pour être de la maison de son père. Ils poussèrent des exclamations en la découvrant, firent halte et l'entourèrent. Le capitaine, essoufflé par la course et haletant d'émotion, dit d'une voix entrecoupée:

— Dieu soit loué ! Nous désespérions de vous retrouver et dans quel état vous trouvons-nous ! La reine est dans un grand chagrin ; elle avait peur que vous ne fussiez noyée.

— Emmenez-moi, fit Thilde.

Il fallut attendre. Les cavaliers avaient devancé le carosse qui devait la reconduire. Il

apparut, attelé de mules blanches, au milieu (Fun tourbillon de poussière, accompagné d'im tapage de claquements de fouets, de grelots carillonnant et de cris de postillons. Le capitaine donna la mainà Thilde qui monta gravement dans le carosse; il la couvrit de son manteau. Et les mules fumantes de sueur repartirent, suivies de l'escorte au galop. Le capitaine se tenait auprès de la portière.

Thilde, enfoncée dans coin, ne s'intéressait plus au paysage ; la tête inclinée sur la poitrine, elle méditait les paroles de la Fée et elle cherchait à en découvrir la signification.

Soudain les mules se cabrèrent. Le choc arracha Thilde à sa rêverie. Elle se pencha à la portière et appela le capitaine qui parlementait avec les postillons.

— Princesse, dit-il, c'est un enfant qui est tombé en travers de la route et que les mules ont piétiné. Il tient dans ses bras une robe qui ressemble fort à la vôtre.

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— C'est bien, dit Thilde.Ne nous arrêtons pas.

On repartit. Les roues frôlèrent le corps ét«ndu sur la robe brodée, tachée de sang.

Un instant, les yeux de Thilde rencontrèrent les yeux mourants de l'enfant. Elle sentit son visage rougir ; son cœur battit violemment ; mais cette émotion la fît sourire malgré elle. Ses pensées prirent un cours nouveau; une grande clarté descendait en elle. Les péripéties de sa navigation se dépouillaient de leur mystère. Elle n'était plus sa propre énigme; elle prenait conscience de soi-même. Elle se mit à bavarder avec le capitaine. Celui-ci lui désigna un petit garçon gisant le long du fossé de la route ; dans sa main crispée il tenait les souliers de Thilde.

Et elle vit ensuite le fils du passeur à qui elle avait donné son peigne; il était mort de fatigue avant d'arriver.

Puis ce furent le berger porteur du bracelet et le pêcheur qui l'avait rejoint ; ils étaient

couchés, accrochés Tun à l'autre. Le berger, le couteau de Thilde enfoncé dans la poitrine, tenait entre ses mains raidies son rival étranglé.

— Ils voulaient tous être princes, disait Thilde au capitaine, et elle riait aux éclats.

On arriva enfin à la villa. Bathilde attendait anxieusement. Elle étreignit sa fille en pleurant de joie, et Thilde lui dit :

— Ne pleure pas maman. La barque est perdue dans la mer. Il faut rire, il faut rire C'est si amusant d'être princesse !

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