‹ AventuresChapitre 29 sur 46 · CLAUDIA, GOURTISAMK, OU LA VAINE SCIENCE · texte numérisé non relu

CLAUDIA, GOURTISAMK, OU LA VAINE SCIENCE

OU des travaux périlleux. Son pouvoir grandissait avec sa fortune ; et, plus mort et ruine s'accumulaient autour d'elle, plus ardent était l'amour qu'elle inspirait.

— Cette femme a reçu quelque puissance malfaisante et mystérieuse, dit Mesmin au marchand qui lui parlait, et elle vous a ensorcelés. Vous ne pouvez chasser la tentation ; vous abandonnez les soins dont votre existence devrait être occupée. Au lieu de considérer cette femme comme une simple courtisane, vous en avez fait le terme de vos pensées. Je m'apîtoye sur le sort auquel elle vous condamne.

-«» Il serait préférable de vous apitoyer sur vous-même, dit le marchand. Vous devriez bien plutôt nous envier. Claudia nous a tirés de la basse condition où nous nous en' lizions. N'est-ce donc rien déjà que de nous relever à nos propres yeux, en nous consa' crant au culte de Claudia? Et celui qui sam*a la posséder, ne sera-t-il pas récompensé au centuple ? Ne vaut il pas mieux vivre avec cet

espoir que d'auner du drap ou peser des denrées?

— Hier, dit Mesmin sans répondre, j'ai fait la rencontre d'un vieillard qui s'est vanté d'avoir connu Claudia.

— Nul ne la vit dénouer sa ceinture. Le philosophe est un fou inoffensif qui s'expose à la risée de la ville. Sa vanité était extrême ; Claudia l'enivra une nuit et lui envoya une de ses servantes. On n'a pas réussi à le détromper.

— Il est heureux grâce à cette bienfaisante illusion.

— Qu'est le bonheur que l'on doit à un mensonge? dit le marchand.

— Le bonheur n'a pas deux noms, répliqua Mesmin.

Le marchand haussa les épaules et Mesmin prit congé de lui.

— J'habite au milieu d'un peuple d'insensés, pensait-il en rentrant à son hôtellerie. Et le vieillard est le moins insensé de tous.

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Mais il se félicitait de cette folie qui lui vaudrait de réaliser des bénéfices inespérés.

Le philosophe attendait Mesmin ; il le prit par le bras et l'entraîna.

— Je sais, dit-il, que Claudia doit bientôt passer sur la place voisine. Il faut que tu la voies.

— Je n'en serai pas fâché, répondit Mesmin. Aussi bien h'est-il pas permis d'avoir ici d'autre occupation.

— Tune te moqueras plus tout à l'heure.

Ils arrivèrent à temps. Claudia traversait

la place. Elle s'arrêta près d'eux et soulevant son voile montra son visage. Elle dit quelques paroles au philosophe et les convia tous deux chez elle.

— Vis-tu jamais femme plus belle ? demanda le vieillard quand elle fut partie.

— Je ne sais, dit Mesmin ; maisj'en ai connu de plus désirables. Elle a le visage fardé ; ses yeux sont cruels, et sa bouche se plisse railleusement. Et qu'est une femme dont on ne peut

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savoir si elle est femme? Elle est enveloppée de draperies rigides sous lesquelles on ne la sent point vivre ; toutes ses parures en font une sorte d'idole. Je ne la désire non plus qu'une statue.

Le philosophe dit :

— Il faut se taire sur ce qu'on ne connaît pas. Seul j'ai le droit de t'alïirmer qu'elle est la plus belle des femmes.

— Soit, lit Mesmin. Jamais on ne se mit d'accord sur un semblable sujet. Parlons d'autre chose.

-— De tes marchés peut-être, dit le vieillard en se moquant.

Mesmin piqué répondit :

— Ou de l'esclave de Claudia si vous voulez.

Ils restèrent un moment sans mot dire ; ils

marchaient l'un à côté de l'autre, sourdement irrités. Enfin le philosophe demanda :

— Viendras-tu ce soir avec moi chez Claudia?

<— Je ne tiens pas à la connaître davantage.

•^ Tu as peur.

CLAUDIA, COURTISANE» OU |.A VAINE SCIENCE /Oy

-^ Oui, de Perdre la rajson.

Et ce fut un nouveau «ilcnoe. Une femme an haillons passa près d'eui^ î elle f^vait la gorge décQuvPrte et les bra^ nus ; elle leur sourit avec grâce,

-5« Gelle'^el est belle, dit Mesmin.

-^ Je t'attendais là, répondit le philosophe.

Ne vois-tu pas quelle misérable elle est?

C'est le régal des gens du peuple, Avant la venue de Claudia, nous Tavons aimée; aujourd'hui on rougit de la reneontrer.

— Son visage est doux et souriant ; elle abandonne à nos regards ses bras souples et sa gorge fraîche ; sous ses haillons on devise la perfection de ses formes.

— r Hermine est iwe ignoble prostituée.

Quelle femme oserait se promener ainsi par les rues à moitié nue ?

— 11 n'y a pas d'impudeur à exposer sa beauté.

— Il n*y a de beauté que celle qui se cache. Tu devrais avoir honte de juger cpmn^e

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palais d'Hermine. Tu seras

.min ne répondit pas.

Pendant plusieurs journées encore, il s'occupa de ses affaires. Il s'habituait aux étranges discours des marchands et n'y prêtait plus attention. Il était heureux de la réussite de son entreprise et il éprouvait un contentement égoïste à se sentir sain d'esprit et de corps au milieu de tous ces malades. Quand il lui arrivait de rencontrer Claudia, il détournait la tête; il ressentait une instinctive crainte d'elle ; sa présence et jusqu'à son nom l'irri-

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