‹ AventuresChapitre 31 sur 46 · CLAUDIA; COURTISANE, OU LA VAINK SCIENCE · texte numérisé non relu

CLAUDIA; COURTISANE, OU LA VAINK SCIENCE

talent. Mais, il passait souvent, pénétré d'une douce émotion, devant la demeure d'Hermine.

La veille de son départ, il errait, libre de soucis, dans les quartiers neufs de la ville, lorsque son attention fut attirée par une pompeuse construction. Cette maison, revêtue de marbres précieux, surchargée d'ornements et de sculptures, était précédée d'une haute grille couronnée de fers aigus de lances, mais une porte s'y ouvrait par où s'engageaient les passants. M'esmin entra à leur suite, riant en soi-même de cette clôture menaçante et inutile.

Il examinait avec curiosité la façade de la maison. Une femme descendit le perron et s'avança vers lui. Il hésita s'il fuirait, car il avait reconnu Claudia ; mais elle, profitant de cette indécision, ne le lui permit pas. Elle le prit par la main.

— Je t'avais convié, dit-elle ; tu es venu.

— A parler vrai, répondit Mesmin mécontent et troublé, le hasard seul me conduisit.

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— Je devrais te tenir rigueur de ta réponse impolie; mais je sais quelles pensées tu nourris à mon égard; ton ami le philosophe m'a renseignée. Pourtant je t'ai pardonné et t^ pardonne enpore volontiers. Ceu^ qui pensent le plus» de mal de moi ne m'en chéi-issent ensuite que mieux, Entre chez mof te rf>pQser.

Tandis qu'elle parlait d'une voix mit^Ueuse, le pli mpqnem* de sa houqhe se fondait dans un sourire; ses yeux cruels se voilaient de douceur, Pour échapper au charme tentateur de ci8i visage, Mesmin fixait le sol, Il chercha des mots pour répondre, mais sa gorge était perrée. Il se sentait devenir faible.

Claudia poursuivit ;

-*w Je ne suis point méchante. Pepui$i ton arrivée, entendis-tu jamais médire de moi?

Tous m'aiment ici, et tu semblés te contraindre à me détester. J'en devine peut-ôtre la raison. Tu as vu des hommeis me désirer et souffrir ; tu sais qu'il en est qui moururent pour moi, Et tu redoutes pour toi-^mème.

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Elle se pencha tout près de son oreille et, la voix sourde et prometteuse, elle ajouta :

— ^ Je tie me suis donnée à aucun ; aucun ne me méritait. Avec bonté cependant je les ai grisés du vin de fallacieuses prottiesses ; lis espèrent et ils vivent. De simples reftis les eussent désespérés. Mâiis je in'àbaiidonnet»ài enfin aux bras dé (Juelque àttlatit plus digne, et toi peut-être...

Ses paroles s'aciievèrent en un riiuriiitirë confuâ. Mesmiti chercliait vàlhement à ressaisir ses forcei5 tjui rabàildoilnaient ; il iie pouvait résistei^ â rimpérieùx désir, jailli soudain des profoildetirs de son être, de posséder cette femme qtie j)et»sonne avant lui n'aurait connue, et de isottlever lès voiles où le mystère était prisonnier.

Claudia s'exclama, comme aVec colère :

— Quelle serais-je si je me livrais à totis ceux qui m'im|)lorent ! — et elle ajouta avec une haine sincèt^e : — Je serais coilipfiLt'àblé à cette Hermine qui &e donne à tous les geils

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du peuple qui veulent d'elle et qui promène honteusement dans la ville son corps dénudé.

Au nom d'Hermine, Mesmin leva la tête.

Un souffle passa sur son âme et dispersa les troubles vapeurs dont elle était envahie. Il secoua de ses épaules le manteau de lâcheté qui les courbait. Il retira violemment sa main, captive aux mains de Claudia, et, laissant la coxu'tisane interdite, il lui tourna le dos et s'en alla à pas rapides.

A la nuit, Mesmin entra chez Hermine. Il avait pris conscience de son amour pour elle et il voulait emporter, en retournant dans son pays, le souvenir parfumé de son étreinte. Il s'avançait à travers l'obscurité en appelant Hermine. Des lèvres se collèrent aux siennes et des baisers lui commandèrent le silence.

Elle lui ouvrit sa couche, et il dormit auprès d'elle.

Et, au matin, levant les paupières sur sa compagne sommeillante, il la contempla dans sa divine nudité. De ses bras repliés elle ea-

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