CONTES DE FEES
A Madame Louise M. D.
Au retour d'une expédition féconde en bu' tin, Clodoal avait réuni à sa table quelquesuns de ses compagnons d'armes. Le festin s'était prolongé fort avant dans la nuit, et l'ivresse avait délié la langue des guerriers d'ordinaire taciturnes. Devant les plats chargés de venaisons fumantes, on s'était remémoré les récents exploits, et les voûtes de la salle avaient été ébranlées par le choc des voix bruyantes.
Cependant les torches qui flambaient contre les murs achevaient de se consumer en
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crépitant ; les coupes étaient taries ; le sommeil et le vin appesantissaient les cerveaux, et, lorsque le jour pâle vint ternir les fenêtres, quelques-uns des conyives étaient tombés le front sur la table ; ceux qui conversaient encore parlaient bas, car à la tristesse de l'aube succédant à la nuit d'orgie, s'ajoutait l'effroi des choses mystérieuses que leurs paroles évoquaient maintenant.
Ils se racontaient ces légendes peuplées d'Ondines, de Gnomes, d'Elfes et de Fées, et leurs rudes et naïfs esprits, qui envisageaient calmement le danger, se promenaient avec crainte dans les royaumes fabuleux. Clocjoal se roidissant contre l'ivresse, écoutait ces récits d'un air moqueur. Soudain il se leva de son siège, et, chancelant, il frappa du poiug sur la table si violemment que les dormeurs, éveillés en sursaut, bondirent comme s'ils avaient été surpris par l'ennemi. Et, dans le silenoe qui s'était fait, Glodoal cria :
— Que je perde la raison si vous ^ve» con^
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serve la vôtre ! Ces soldats radotent comme des commères. A la quenouille I à la quenouille !
Tous le regardaient, partagés entre le respect qu'ils avaient pour lui et l'horreur que leur inspirait le blasphème contre Içs puissances mystérieuses.
— Les Fées I poursuivit Glodoal, les avezvous jamais vues ? Qu'elles se montrent s'il en est I
Et il éclata de rire; mais sa bouche distendue demeura béante d'épouvante ; son gosier contracté étouffa les sons. Chacun vit Glodoal devenir blafard comme le jour levant.
On entendait les chevaux, sellés depuis longtemps, piaffer dans la cour du château; les convives prirent congé de leur hôte. Immobile etmuet,il les laissa partir. Et tandis qu'ils s'en retournaient, se demandant quelle épouvantable vision avait châtié Clodoal de son incrédulité, celui-ci, reprenant lentement possession de lui-môme, se rappelait ce rire ironi-
que qu'il avait entendu comme un écho sonner à ses oreilles, tout à Tlieure quand il avait ri.
Habitants du monde invisible, on ne vous provoque pas en vain. Peu vous importe Tindifférence des hommes; seuls, leur amour ou leur haine vous déterminent. Aux temps où nous sommes, votre nom même est ignoré et vous accomplissez vos destinées sans souci de nos destinées insoucieuses. Mais vous vous révélez à vos fidèles et vous les entourez de votre sollicitude. Vous nier est vous créer et vous convier à la vengeance.
Quel homme autant que le sceptique vous redoute quand vous vous manifestez? Votre présence n'étonne ni vos amis, ni vos ennemis. Mais, le sceptique, lorsque sa terreur s'est dissipée, nie jusqu'à son propre témoignage et ne tarde pas à chasser loin de lui ce qu'il nomme une illusion, et cet endurcissement vous rend impitoyables.
Bientôt Clodoal accusa son ivresse. Il quitta