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CONTE DE FEES I

nuits VOUS dansiez des rondes joyeuses. Mais le ciel est tragique aujourd'hui et la forêt est redoutable et vous tournez en gémissant. Bonnes Fées, répondez-moi. On m'a dit que vous étiez tendres à ceux qui vous aimaient, et je vous aime. Je ne vous ai pas offensées ; pourquoi m' apparaître ainsi que vous le faites dans les songes des criminels ?

Elles glissaient, indifférentes à ces paroles ; puis une rafale chavira les nuages qui s'amoncelèrent sur la lune. Le visage des Fées s'éteignit avec la clarté : leurs corps légers tourbillonnèrent encore un instant et le vent dissipa ces valeurs bleuâtres.

Gerbert se penchant sur l'étang vit une forme allongée au fond des eaux comme dans un tombeau. C'était un guerrier couvert d'une armure d'acier ; de sa cuirasse transpercée jaillissaient des Ilots de sang. Et Gerbert reconnut son père qu'il n'avait jamais vu ; il lui tendit les bras, mais le guerrier disparut sous les flots pourpres.

Poussant un cri d'épouvante, Gerbert s'éveilla. Il était haletant et inondé d'une sueur glacée. Il regarda autour de lui; son cheval paissait paisiblement ; là-bas s'ouvrait le sentier par où il était venu. Il se rassura ; maintenant la chaleur était tombée, il fallait songer au retour. Il allait avant de partir rafraîchir de nouveau dans l'étang son front encore alourdi par le songe ; une crainte superstitieuse le retint.

Il sautait en selle. Un bruissement de feuilles lui fit tourner la tête ; les branches s'écartèrent, laissant passer la vieille femme qui l'avait tout à Theure guidé.

— Tu m'as appelée? dit-elle : j'ai entendu un cri.

— J'ai peut-être crié pendant mon cauchemar.

— Tu as vu les Fées en dormant.

— C'est, ma foi, vrai, dit Gerbert. Es-tu Fée toi-même que tu devines si bien?

La vieille hoqueta de rire :

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