CONTE DE FÉES
nut ; mais ce n'était plus cette sorcière qui l'avait conduit autrefois : sa face ridée était douce; sous les cils blancs, brillaient ses yeux attendris, et sa bouche marmottait des paroles câlines.
— Où suis-je? dit Gerbert.
— Tu es revenu où tu vins d'abord. C'est ici que tu me rencontras autrefois. Alors j'exécutais la vengeance des Fées. Regarde.
Au milieu de la clairière entourée de sapins, s'étalait l'étang aux ondes limpide s. Des. profondeurs de l'eau se levèrent des jeunes femmes; elles étaient couronnées de fleurs et chantaient ; leur visage était rosé comme une aurore de printemps; elles se tenaient par la main et formaient une ronde gracieuse. Puis elles s'écartèrent pour laisser passage à un guerrier à l'armure brillante ; il s'avança vers Gerbert ; il effleurait à peine en marchant la cime des herbes.
Gerbert se précipita dans ses bras et ils s'étreignirent :
l88 AVENTURES
— O mon fils, dit Clodoal, mon blasphème a causé le malheur de ta vie ; elle s'est écoulée à racheter ma faute. Pardonne-moi.
— Qu'ai-je à vous pardonner, mon père?
La vengeance des Fées est douce. Qu'importe qu'ayant bu à la fontaine, j'aie passé de longues années, indemne de souffrance; en quelques heures, j'ai connu toute la volupté d'être homme.
Les Fées les entouraient; de leurs bras levés elles leiu* montraient l'infini de la voûte céleste. Ils levèrent les yeux sur l'azur, et, se sentant doucement emportés par les ailes d'esprits invisibles, ils s'élevèrent côte à côte vers ces régions éternelles où les Fées elles-mêmes n'entrent pas.
HISTOIRES QUOTIDIENNES
A Jean Téatenoire,