L'AVENTURE SUR LA MONTAGNE
4 liené Boylespe,
Nous sommes partis, Nice, Lamide et moi, du yill^gq oii ^Q^s soï^ii^es ués ppuf gf avir ip j^ont 4p^t; rpmbre çpuyre x\qs \ç)\iH ^t dont Ips ç\vf\€^s étinceUpnf.
^on^ «^ypi>s d'abord traversé le tprr^nt qui f^Qule §ft éoumant sur les rochers ; H descend des hauteurs qui ferment notre horizon, là'-bas, vers le pays des raisins mûrs, et partage l'étroite vallée, remplissant de bruit et de fraîcheur. Puis nous avons gravi de douces pentes sous les sapins, foulant le tapis de
mousse humide où courent les guirlandes claires des fraisiers.
Nous emplissions nos poitrines de l'air vif, parfumé à ta résine et aux fraises, et marchions allègrement, joyeux parce qu'aujourd'hui commençait vraiment notre vie affranchie de l'inaction et de l'ennui du village; nous naissions à l'indépendance et allions chercher la libre aventure dans les régions encore inviolées. Et nous ne parlions pas, car nous connaissions toutes nos pensées.
Lamide était le plus ardent et le plus intrépide; il nous précédait, Nice et moi. Il avait mon âge, mais, aux yeux des hommes, je sembiais un enfant et lui un homme, car il était né pour agir et allait résolument en avant, tandis que je m'attardais aux haltes du rêve. Il était beau, étant courageux et fort. C'était mon ami ; les natures différentes s'unissent pour se compléter.
Nice devait être belle puisque je Taimais. Elle me payait de retour : sans cela m'eût-elle
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suivi? Et de son âme je ne dirai rien; c'était une âme toute simple et toute nue où la vie n'avait pas encore posé d'empreintes. Mais, pour la garder du danger, j'avais mis à son cou un collier d'amétiiystes.
Nous étions partis tous trois sans délibérer, et cela devait être ainsi : les puissances inconnues avaient mêlé les fils de nos destinées.
Il nous agréait d'ailleurs d'être liés ensemble, tant la volonté suprême qui nous meut nous laisse adroitement croire à notre propre volonté, et nous abordions sans angoisse les périls à venir. Qu'étaient-ils au prix des larges et beaux horizons qui là-haut se découvriraient à notre impatiente curiosité ?
..^ Les pins s'éclaircissaient... Au bout de la forêt nous avons trouvé de grandes prairies à l'herbe rase, fleurie d'anémones et de campanules. Des troupeaux y paissaient et leurs cloches aux sons divers formaient une musique mélancolique et claire qui nous berçait
comme ces vers de nos poètes aimés où la magie des mots et des cadences provoque des rêveries indéterminées en harmonie avec notre âme. Nous avons ainsi gravi longtemps encore. Le soleil, point encore levé quand nous étions partis, se trouvait maintenant tout au sommet du ciel, et, comme il n'y avait plus d*ombr^, Nice et moi, accablés par la clialeur, nous nous sommes assis un instant, laissant Lamide nous devancer. Par-dessus les cimes des arbres dévalant jusqu'au bas de la montagne, nous avons aperçu la vallée, et le torrent écumeux qui la divise, et les toits de notre village. Mais nous n-avons pas eu de regrets et nous ijous sommes bientôt remis en marche.
J^î^ pente devenait plus rapide et nou^ ayaftr clons avec peine. Du haut des rochers (ju| nous surplombaient, Lamide nous regardait en riant. Jo fus honteux et irrité de ce rire. Enfin nous le rejoignîmes et au delà d'un chaos de pierres éboulées, nous vîmes le gla-
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cîer qui s'accrochait aux flancs du mont ; il scintillait et nous éblouissait par son éclat.
Lamide me dit :
*— Ne nous attardons pas. Maintenant commence le péril. Je ne le redoute point, mon pied est sur ; mais marche dans mes traces et veille sur Nice,
Je lui répondis :
— Reposons-nous d'abord ; je suis las.
— Non, fit Lamide ; écouter sa fatigue est s'interdire d'aller plus avant. Renonces-tu déjà aux splendeurs qui nous attendent ?
— Et toi, dis-je à Nice, n'es-tu point lasse?
— Qu'importe ! je ne suis qu'une femme, Lamide a peut-être raison.
Et, sans rien ajouter, nous sommes repartis ; nous sentions nos pensées devenues différentes et nous n'osions nous l'avouer.
... Nice s'est penchée au bord d'un précipice pour cueillir une fleur d'une espèce inconnue, égaréç ds^ns ce désert, Le collier
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d'améthystes a glissé de son cou et nous avons vu trembler l'éclat violet des gemmes accrochées à un roc au-dessous de nous. Mon bras n'y a pu atteindre et il a fallu renoncer à Tavoir. Pourquoi tenir autant à la symbolique vertu de ce joyau? nous ne valons vraiment que par nous-mêmes. Ainsi pensais-je en manière de consolation et je ne fus pas triste de cette perte comme j'aurais dû l'être, tant la lassitude avait altéré mon entendement du sens caché des choses. Nice s'affligea tm instant parce qu'elle était coquette ; elle pouvait encore moins que moi comprendre pourquoi il eût fallu s'affliger.
D'ailleurs le spectacle qui s'offrait vint la distraire de ce souci. La moraine franchie, nous avions atteint le glacier. Les vagues de cette mer, qui tout à l'heure nous paraissaient de courtes lames, se pressaient plus hautes que jamais vagues ne furent engendrées par rOcéan; des abîmes les séparaient et leurs arêtes étincellaient comme des glaives.
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Et cet aspect menaçant avait une si imposante beauté, le glacier gardait si superbement Taccès du pic où notre ambition tendait, que nous oubliâmes nos fatigues. Il est beau de se mesurer avec un danger égal à notre audace ; la monotonie des longues pentes luiiformes nous accable, et nous nous décourageons, tant notre effort dépasse la réalité.
Nous avons escaladé les obstacles et sommes descendus au fond des gouffres pour franchir de nouvelles murailles. A chaque pas je manquais de tomber. Comme il l'avait dît, Lamide avait le pied solide et ne se souciait pas du péril. Je m'aperçus que Nice admirait son audace et le regardait sans cesse; et je compris avec douleur pourquoi Lamide était un homme. Moi, je n'étais qu^un enfant, trébuchant dès qu'il se trouvait aux prises avec l'action.
Nous longions luie paroi plus haute que les autres et nous suivions le bord d^une étroite corniche. Et, comme Nice distraite oubliait sa
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propre sûreté pour contempler Lamide, elle glissa, et je la vis rouler au fond du précipice. A peine avais^je poussé un cri qu'elle était étendue là-bas, là-bas, dans les^ profondeurs si bleues que ses prunelles bleues en semblaient éteintes.
Je me suis mis à pleurer amèrement, penelle sur Tabime où sa faute l'avait jetée et dont elle ne sortirait plus.
Lamide a voulu me consoler et je Tai repoussé ;
— Va-t'en, lui ai-je dit, et me laisse. Tu es coupable si Nice git dans un tombeau de glace. Sans doute ce ne fut pas volontairement que tu attiras ses regards étonnés et admiratifs ; mais tu Tas détournée du souci d'elle-même en te montrant avec la séduction du courage et de la force, Oui, tu es coupable d'avoir été celui de nous deux qu'à l'heure de vivre elle estimerait être un homme.
Ensuite, je me suis apaisé et lui ai demandé pardon, disant;