LES CONQUÉRANTS
A Louis FabuleL
Sous un chêne ombreux, Taïeul aux cheveux blancs était assis. Autour de lui se tenait assemblé le peuple de ses petits-enfants, des hommes, des enfants pourtant.
Et ceux-ci, qui portaient en eux Fimpatience de vivre et que seule la présence respectée du vieillard contenait immobiles, lui demandèrent le récit des guerres d'autrefois. 11^ pensaient ainsi tromper leur impatience, mais ils se mentaient à eux-mêmes : ce récit ne pouvait que Faccroître.
Or Taïeul, qui lisait sur leur^ visages, sentit qu'il était inutile de leur rien celer. De-
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main, il ne serait plus là et ce qui devrait advenir adviendrait. Il raconta :
« Il y a bien longtemps (c'était au clair lever de ma jeunesse) je partis, couvert d'une armure étincelante, au galop de mon clieval. J'eus bientôt franchi les limites de ces domaines et je m'élançai à travers la campagne. Je n'aA^ais point discuté ce départ; les gestes décisifs s'accomplissent avec simplicité, parce qu'ils sont imprévus et nécessaires. Je ne m'étais pas tracé de devoir et nul ne m'avait contraint à m'en aller. Et cependant j'obéissais, car il y a toujours des commandements suprêmes par qui nos actions sont déterminées ; nos âmes s'y soumettent sans que nos oreilles les aient entendus.
Je galopais droit devant moi sans m'inquiéter du lieu où il conviendrait de m'arreter, quand j'aperçus des cavaliers accourant de divers côtés de Thorizon et se dirigeant tous vers un même point de la plaine. Je nietardaf