I.ES AVEMTBES v^-^rASTES
Et sans Margot, peut-être, il serait m or tf en répétant : j ai froid ! j'ai faim !
Mais Margot était là. — Margot n avait-elle pas un cœur ardent et une croix d'or? elle répandit tout le feu de son cœur sur le malade refroidi; elle vendit sa croix dor pour appaiser sa faim. Vous savez tout ce qu'elle ressentit de regrets et d'angoisses à l'idée de se séparer à jamais de la croix de sa mère , de cette croix Lien- aimée qui savait son amour et son désespoir, sa joie et sa douleur; mais quand elle pensa quelle allait sauver Jacques, plus de regrels et plus dangoissesl — Elle baisa la croix , elle demanda pardon à sa mère , et tout fut uni — el Jacques ne se plaignit plus de la faim.
La journée se passa dans le silence et dans les larmes; la nuit vint plus fioide et plus triste encore; Jacques s était endormi, Margot le veillait en priant Dieu; agenouillée devant le lit, les yeux attachés sur son amant, que le reflet de la lune pâlissait encore, la pauvre fille fut long-temps sans penser au froid ; la bise, qui traversait le grenier, glissait comme un frisson glacial sur ses épaules à peine couvertes; ses gémissements lugubres
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allaient jusqu'au fond de son cœur, où la tristesse gémissait comme la bise de novembre. Mais bientôt elle chancela , la prière s'arrêta sur ses lèvres , elle se réveilla à la vie matérielle, et i)ensa qu'elle allait mourir de froid. Jacques dormait toujours, elle entendait toujours sa respiration lente et cadencée , elle voyait son sommeil calme et profond.
— Si je dormais aussi ! dit-elle en penchant sa tête sur le cœur du malade.
Jacques fit un mouvement ; elle releva son front , et pria encore — mais la gaze brune du sommeil flotta devant ses yeux, et sa tête retomba sur le bord du lit. La baguette d'or de l'imagination traça sous ses regards un monde de fées , un monde fantastique où elle se voyait tantôt joyeuse avec Jacques , tantôt seule avec sa tristesse. Par intervalles, ses yeux clos par le domi-sommeil s'ouvraient tout à coup ; clic voyait le misérable refuge du malade et les étoiles d or qui brillaient au ciel. Ses yeux se refermaient bien vite |)Our revoir les mensonges des rêves , les jeux insaisissables du demi-sommeil. Elle finit par s'endormir. — En s éveillant lelende-
maiii; elle se trouva dans le lit — à côté de Jacques, qui dormait toujours. Il y avait en elle tant de candeur et de cliasteté , que nulle pensée impure ne la troubla — sa conscience était calme , et elle regarda le ciel sans rougir.
Elle fût morte de froid dans le grenier : un songe compatissant l'avait sans doute glissée dans le lit.
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