‹ Aventures galantes de MargotChapitre 28 sur 33 · COMMENT JACQUES ARRIA A A CLOTII.DE · texte numérisé non relu

COMMENT JACQUES ARRIA A A CLOTII.DE

11 était dans tout l'éclat de sa gloire, quand un soir, en errant aux Bouffes , il découvrit a^ec une étrange surprise M. de Marcy qui se pavanait au balcon près d'une fille d'Opéra.

Emporté par je ne sais quel sentiment , il courut à lui.

— Et votre femme.' lui dit-il, pâle et agité.

MQ LES AVEJfTCRES GALA.^ÏES

M. de Marcy , ivre damour et de vin d'Espagne, regarda Jacques et sourit avec dédain j mais, croyant reconnaître un ancien ami qui était devenu fou, il lui répondit en se penchant vers la fille d'Opéra.

— La voici, mon cher. — C'est une perle, n'est-ce pas?

— Mais Clotilde? reprit Jacques, plus pâle et plus agité.

M. de Marcy s'imagina qu'il avait devant lui quelque cousin vengeur ; — il assombrit sa figure , il secoua la tête et murmura •.

— Clotilde s'est oubliée , il m'est bien permis de loublier aussi.

A cet instant M. de Marcy se sentit pâlir j — il venait d'entrevoir dans une loge du fond sa femme et madame d'Ermanes. — Il fut convaincu que Jacques était im vengeur.

— Monsieur, lui dit-il en lui saisissant la main, je

suis un galant homme et vous aussi. — Vous plaît-il de nous couper la gorge eu l'honneur de ma femme?

La fille d'Opéra fit la moue.

— La terre u en tournera pas plus ou moins après cette équipée, reprit M. de Marcy ; mais je crois qu'il vaut bien mieux mourir avec les femmes— M. de Marcy contemplait amoureusement sa maîtresse — que de se tuer pour elles.

Jacques n écoutait pas, il avait découvert Clotilde et il la regardait d'un œil égaré.

— Le plus sage, monsieur, serait d'aller dire à ma femme qu'il est dans la vie des jours de deuil où on fait pénitence de ses péchés. — Je suis dans un de ces jours de deuil , et je fais pénitence de mes péchés.

Jacques courut à la loge de madame d'Ermanes , non pour répéter à Clotilde les paroles extravagantes de M. de Marcy, mais pour lui dire ces choses peut-être plus extravagantes :

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— Je vous ai aimé avec délire, et voyez comme l'amour ma transformé. — Autrefois j étais à vos pieds, je vous domine maintenant — je suis grand comme la gloire, et je suis encore à vos pieds.

Madame d'Ermanes n'entendait que la voix des chanteurs, Clotilde n'écoutait que Jacques, dont les pompeuses paroles glissaient dans son âme comme une enivrante musique ; — et jamais musique ne fut plus puissante. — L'âme égarée par la jalousie fut bientôt égarée par l'amour : Clotilde oublia que M. de Marcy prodiguait à une autre ses doux regards et sa voix caressante — elle ne pensa qu'au poète.

Et quelques mois après elle était séparée de M. de Marcy, qui promenait à l'étranger les débris de son corps et de sa fortune.

Et Jacques la vit bientôt à ses pieds, lui olfrant tout ce qu'il y avait dans son cœur. — Il crut y trouver un trésor d amour , il y avait un flot intarissable de vanité : — Clotilde s'abandonnait à l'amour de Jac-

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ques , non par amour pour lui , mais par amour pour elle, car i^llc espérait que sa gloire rejaillirait sur elle. — Mais Jacques était aveugle, et le soir qu'il vit Margot sous les pieds de ses chevaux sans la secourir , il croyait encore à l'amour de Clotilde — car les poètes , qui nous parlent les premiers du cœur liumain , sont les derniers à le connaître. Les poètes ne font que mensonges sur mensonges. — Et si leurs peintures étaient vraies, nous rougirions à chacune de leurs pages d(> nous voir si petits, si misérables et si lâches. — Il n'y a en ce monde que Margot, ma mère et la femme selon mon cœur qui ne rougiraient pas. — lia vérité e«t un monstre aux cent yeux ; chacun de ses regards nous dévoile une triste chose dans la vie. — Bénissons le mensonge qui essaie de l'aveugler de son écharpe ondoyante. — La vérité, c'est la terre dépouillée — notre tombe à tous; — ^ le mensonge, c'est le printemps qui cache la nudité de la terre sous la ^erdure et sous les fleurs.

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