UNE PRIÈRE DE MARGOT
Margot, plus brisée par la lâcheté de Jacques que par sa chute aux pieds des chevaux , ne songeait pas à se relever.
— Autant mourir là qu'un peu plus loin , se disaiteUe.
Un chiffonnier, trompé par les vapeurs du vin et par
celles de la nuit , prit Margot pour un chiffon et lui lança son crochet.
— Attendez que je sois morte^ murniura-t-ellc.
Le chiffonnier pencha sa lanterne au dessus de Margot.
— Je me suis mépris, dil-il froidement.
Et il passa son chemin sans s'inquiéter de la pauvre enfant.
Une femme qui mendiait dans l'ombre poursuivit un passant jusqu'aux pieds de Margot ; la voix pleurante de cette femme ennuyait le passant, qui^ craignant de toucher une misérable main , laissa tomber un sou sur Margot. La mendiante s'agenouilla , et chercha des yeux l'aumône du passant. Comme elle ne trouvait rien, elle accusa Margot de l'avoir volé. — Margot ne prit point la peine de se défendre.
— 0 mon Dieu ! se dit-elle quand la mendiante se fut
322 LES AVEyTDRES GALANTES
éloignée, clans quel horrible pays suis-je donc venue mourir ?
— Elle pensa à Martigny — un regret déchirant traversa son cœur.
— Martigny I Martigny! s'écria-t-elle ^ c est là que j aurais dû mourir ; c'est le pays de ma mère , c'est le pays de mes amours : pourquoi ne suis-je pas morte au fond de la rivière ?
Après un long silence :
— Et puis c est à Martigny que sa mère est morte ; un jour il se souviendra qu'elle repose là ; il ira pleurer au cimetière, et, si j y étais, il passerait peut-être sur ma fosse !
— 0 mon Dieu I reprit-elle en levant les yeux au ciel , donnez-moi la force d'aller mourir à Martigny 1