‹ Aventures merveilleuses mais authentiques du capitaine Corcoran. 12. éd. illustré de 25 vignettesChapitre 3 sur 9 · AVFNTnj\RS MKHVKILIJCIISES · texte numérisé non relu

AVFNTnj\RS MKHVKILIJCIISES

debout et sans broncher à une si grande hauteur (car l'éléphant n'avait pas moins dedix-sepl pieds de haut), chantait de toutes ses forces une chan son dont les vers et la musiijue étaient de s;i composition et qui commençait ainsi ;

Mon gros bihi,

Mon gros Scir.di,

Veux-tu te taire?

Vcux-tu marcher.

Te promener,

Te balancer.

Te retourner ^

Pour ôtre photographié?

F{an (an plan! ran tan plan!

C'est moi qui monte l'éléphant

Enlin l'Allemand se décida à prendre Rama de face et Scindiah de profil, et cria le sacramentel : Ne bougeons plus! Une minute après il enleva la plaque. Par malheur, pendant qu'il la montrait à Rama enchanté de son image, Scindiah, qui le suivait, voulut aussi regarder son portrait, et comme l'Allemand étonné ne crut pas nécessaire de le lui montrer, le vindicatif éléphant alla remplir d'eau sa trompe, revint sournoisement et arrosa le photographe des pieds à la tête.

Rama éclata de rire en voyant la bonne plaisanterie de son gros ami; Sita, pour consoler l'Allemand, lui lit donner des habits secs et deux

jNu bougeons plus. (Page 54.

DU CAPITAINE GOncOftAN. 67

mille roupies, puis gronda sévèremeut Scindiah, qui paraissait enchanté de sa belle action. Sougriva secoua lentement la tête.

« Madame, dit-il, Scindiah n'a jamais fait de mal à personne, et il se connaît en physionomie. Si le visage de cet étranger lui déplaît, il doit avoir ses raisons pour cela. Dieu veuille que nous n'ayons pas à nous repentir d'avoir reçu chez nous cet Allemand! Au reste, il faut attendre le retour du maharajah.»

Ce retour ne tarda guère. Cinq jours plus tard, Corcoran entra dans le palais et reçut dans ses bras sa femme et son fils.

Le petit Rama grimpa, suivant son habitude, le long de son père, atteignit sans effort la ceinture, et se plaça enfin jambe de-ci, jambe de-là sur le cou du capitaine, d'où, comme du haut d'un trône, il dominait tous les assistants.

« Papa, demanda-t-il, as-tu vu mon portrait?

— Quel portrait? dit Corcoran étonné.

— Le mien et celui de maman. Tu verras comme Scindiah est beau de profil.

— Où donc est le peintre? demanda Corcoran.

— Cher seigneur, interrompit Sita, cest un étranger qui est venu en ton absence, et nous a offert ses services. »

Le maharajah fronça légèrement les sourcils.

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M Qu'oïl nie l'amène, dit-il.... Ouant à toi, ma douce et charmante Sila, lu ne peux rien faire (jue de bon ; mais ton âme candide ne croit pas au mal, et l'on peut aisément te surprendre. »

A ce moment l'Allemand entra. Ses lunettes bleues qui cacliaient son visaj^e n« idurent pas à Corcoran.

« Oui êtes-vous? » demandn-t-il.

L'autre raconta l'histoire qu'il avait déjà dite à Sita, et ajouta que le glorieux maharajah....

«C'est bon! c'est bon! interrompit Corcoran avec une certaine impatience. Je sais d'avance ce qu'on dit aux rois quand on est devant eux, et ce qu'on en dit quand ils ont le dos tourné.... D'où vient que vous parlez l'allemand avec un léger accent anglais?

— Seigneur, répliqua le photographe, ma mère était Anglaise, et moi-même j'ai passé une partie de ma vie en Angleterre. Mais je suis fort connu des frères Schlagintweit, qui voyagent en ce moment dans l'Himalaya; du docteur Vogel, de Berlin, et du célèbre Humboldt.

— Vous pourriez le prouver?

— Oui, seigneur, et j'avais même une lettre d'introduction de M. de Humboldt auprès de Votre Majesté; mais je l'ai perdue dans un naufrage avec beaucoup de livres et de papiers précieux, et il ne m'est resté qu'une lettre de sir Samuel Bar-

lowlinson, de Londres, qui a bien voulu me recommander à vous.

— Oui, je connais beaucoup sir Samuel , dit Gorcoran avec un sourire, et, quoique ses lettres de recommandation ne m'aient pas servi àgrand'chose, je ferai volontiers honneur à sa signature.... A'^oyons cette lettre. »

Il la prit et la lut avec attention. Sir Samuel Barrowlinson recommandait, en effet, son protégé à Gorcoran avec beaucoup de chaleur et le désignait comme un des savants les plus illustres de toute l'Europe, ou du moins comme un de ceux qui le deviendraient bientôt.

« Excusez la sévérité de cet interrogatoire, dit Gorcoran ; j'ai le droit de me défier des Anglais, et au premier abord j'ai cru..,, mais la lettre de sir Samuel me rassure, et je veux désormais vous considérer comme un ami. Vous aurez une maison dans Bhagavapour. N'épargnez rien pour vos recherches. Demandez-moi des éléphants, des voitures, des chevaux, des serviteurs, une escorte et tout ce qu'il vous plaira. Mon palais est le vôtre, et je serai heureux de voir à ma table un illustre savant. »

En même temps il le congédia sans attendre les remerciments dont l'autre allait être prodigue.

« Et toi, Sougriva, continua Gorcoran quand

60 AVKNTUHRS MERVEILLEUSES, ETC.

l'AlU'inami lut parti, ne le perds pas de vue. Je ne sais pounjuoi,

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.

Du reste, ne lui refuse ni argent ni renseignements, de quelque nature que ce soit. Si c'est un esjjion, sa trahison en sera plus noire et plus indigne de pardon; si, au contraire, comme je le souhaite, c'est un honnête homme, je ne veux pas qu'il puisse se plaindre de mon hospitalité. »

Sougriva s'inclina et dit :

« Seigneur, votre volonté sera faite. *

— Voilà, se dit Gorcoran quand il fut seul, une de ces occasions où ma pauvre Louison aurait fait merveilles. En dix minutes elle aurait reconnu l'espion sous la peau du savant, si c'est réellement un espion. Par Brahma et Vichnou, elle faisait admirahlement ma police; mais où est-elle maintenant? Dans les bois sans doute, avec son grand nigaud de tigre. Ahl Louison, Louison, vous n'êtes qu'une ingrate ! »

Il oubliait sa propre ingratitude. Au reste, il était plus près de revoir Louison qu'il ne le croyait.

X*a famille de Louison.

Quelques jours après, l'Allemand était déjà le compagnon inséparable du maharajah. Bon convive, très-gai, plein de belle humeur, il montait parfaitement à cheval, chassait à merveille, discutait théologie, théogonie, cosmogonie, histoire naturelle avec une verve extraordinaire, ne contredisant qu'avec modération, — juste assez pour animer le discours, pas assez pour l'aigrir; enfin, il était pour le petit Rama d'une complaisance inépuisable : il jouait avec lui à la main chaude, il lui construisait des vaisseaux de guerre en bois et lui montrait la lanterne magique et le diable qui tire la queue du cochon, et le pauvre homme qui tire la queue du diable; brefj c'était un

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homme universel, et personne ne pensait plus à le surveiller.

Une occasion se présenta cependant oùliOrcoran conçut de nouveau quelques soupçons; mais ce jour-là il lui arriva un événement si heureux et si inespéré que toute inquiétude disparut dans la joie de cet événement.

C'était un matin du mois de janvier 1860. Gorcoran partit à cheval puiii' chasser le rhinocéros. Le docteur Ruskaert 1 accompagnait avec une vingtaine de serviteurs chargés de traquer l'ani-

mal. Tous deux étaient bien armés et bons cavaliers, de sorte que la chasse du rhinocéros, qui n'est jamais sans dnnger, à cause de la force pro digieuse du quadrupède, de son aveugle impétuosité et de son impénétrable cuirasse, ne paraissait cependant pas pouvoir mal tourner.

Sita regarda Gorcoran partir du haut du perron du palais, et retint avec peine le petit Rama, qui criait et voulait monter sur Scindiah pour chasser, lui aussi, le rhinocéros.

Enfin, les chasseurs disparurent au tournant

de la route, et Rama, tout affligé, alla se conso-

er en montant sur les épaules de Scindiah, après

|Uoi il dit qu'il était plus grand que les plus

j^rands arbres et qu'il décrocherait la lune, s'il

voulait.

Mais il ne la décrocha pas, et sa mère l'admini-

pour avoir dit une si belle chose, comme elle l'admirait quand il avait déjeuné de bon appétit ou quand il se laissait moucher sans crier, ou quand il chantait en criant, ou quand il criait en chantant, ou quand il avait la colique, ou quand il buvait de l'huile de ricin, ou quand il prenait un lavement, ou quand il ne prenait rien. Sita l'admirait toujours, et c'est une bénédiction de Dieu que d'avoir donné aux mères une admiration si constante et si infatigable pour ces petits morveux.

Pour revenir à Gorcoran et à son compagnon, ils s'enfoncèrent dans la forêt et allèrent se poster à l'entrée d'un carrefour par où devait passer nécessairement le rhinocéros. Cependant les traqueurs s'avançaient avec de grands cris dans les jungles et jetaient de grosses pierres pour effrayer l'animal et le faire sortir de sa retraite. Tout à coup ces cris changèrent de nature. En cherchant le rhinocéros, ils avaient éveillé un tigre royal de la plus grande espèce, qui dormait tranquillement à l'ombre.

Il se leva lentement, étira ses quatre membres et jeta autour de lui un regard distrait. Il entendit le bruit des tam-tams et, soit qu'il fût effrayé de cette musique étrange, soit, ce qui est probable, qu'il fût amateur de mélodies plus douces et plus harmonieuses, il s'élança tout à coup dans

(Vt AVENTURES MERVEILLEUSES, ETC.

I:i direction du carrefour et, par bonds immenses, arriva sans être vu jusqu'à Corcoran lui-même. Geiui-ci, à cheval, le doigt sur la détente de sa carabine, attendait le rhinocéros et regardait en face de lui. De l'autre côté, le docteur Huskaerl voyait venir le tigre et aurait dû avertir son compagnon; mais il n'en lit rien; était-il troublé par la peur, ou plutôt, comme le maharajah le présuma plus tard, aurait-il été bien aise de sa mort?

Tout à coup un poids énorme tomba ^ur la croupe du cheval de Corcoran et la lit plier jusqu'à terre. C'était le tigre qui venait l'attaquer par derrière. Gomme le Malouin avait le doigt sur la détente, le choc du tigre fit partir en l'air le coup de sa carabine, et il se trouva désarmé. De plus, le cheval blessé mortellement, s'abattit d'une façon si malheureuse que le cavalier demeura immobile, ayant une jambe engagée sous le corps de sa monture. Il s'écria aussitôt :

« A moil à moi ! RuskaertI Tirez donc ! tirez vite ! »

Mais Ruskaert demeura immobile et attentif, quoiqu'il fût armé et qu'il pût aisément faire feu.

Dans cette situation désespérée, Corcoran ne perdit pas courage. Gomme il n'avait pas le temps de prendre son revolver suspendu à sa ceinture, il donna avec la crosse de sa carabine un coup si

Il donna un coup ,1e crosse sur le mufle du tigre. (Page 04

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