ORYX ET ÉLÉPHANT
En éveil. — Rentrée eu forêt. — Difficultés et souffrances. — Jeûne prolongé. — Des oryx. — Silhouettes de ces antilopes. — Un lion. — Faiblesse de la femelle de l'oryx. — Oryx et lion. — Le duel. — Les deux blessés. — Le lion achevé. — Un déjeuner roj'al. — A la recherche d"uu verre d'eau. — Une mare. — Traces d'éléphants. — Los sentiers d'éléphants. — Les chasseurs d'éléphants. — Pour quelles raisons on devrait épargner l'éléphant, en Afrique. — Coup de soleil. — Dîner frugal. — Les lapins. — Gourmandise de Pierrot. — Un bruit dans un hallier. — Feu ! — Un vieil éléphant. — Intervention imprudente de Pierrot. — Voltige en l'air. — Nicaise dans un ravin. — Une fouille effrayante. — L'éléphant se lasse. — A la recherche de Pierrot. — Suspendu dans les branches. — Délivrance. — Cola ne peut pas durer ainsi.
Les moustiques ne leur permirent pas de fermer les yeux, et aux bourdonnements agaçants de ces insectes se mêlèrent, vers minuit, les rugissements des lions, les hurlements, les ricanements sataniques des hyènes, les jappements des chacals.
Nicaise, l'oreille tendue, ne quitta pas son fusil, tant que dura l'obscurité; Pierrot, tremblant et redoutant quelque nouvelle aventure désag-réable ou tragique, se tint derrière lui en ayant soin de ne pas attirer, par des éclats de voix inutiles, l'attention des brigands qui donnaient le concort auquel il assistait en spectateur inconnu et peu enlliousiasto.
Enfin !.i nuit se dissipa, le vacarme cessa et nos héros quittèrent leur retrait"^.
108 AVF.NTFRIIS PÉRILLEUSES DE NARCISSE NICAISE
Ils rcnlrèront en forêt où, en suivant les sentiers tracés par les éléphants et les rhinocéros, ils retrouvèrent, avec de l'ombrage, des arbres fruitiers qui leur fournirent un supplément de pitance rafraîchissante, dont la chaleur, toujours accablante, leur fit sentir le prix.
Pendant une semaine ils marchèrent sans rencontrer d'autres individus que des antilopes paissant dans des clairières ou des vallées et qui s'enfuyaient à leur vue, sans découvrir, du haut des plateaux qu'ils gravissaient, autre chose que la campagne boisée.
— Bah ! répétait Narcisse pour s'encourager, dans ce pays, les villages et les villes se composent de huttes, de cabanes, rien ne les annonce au voyageur : ni clochers d'églises, ni dômes, ni flèches de monuments publics ; un simple repli de terrain peut les dissimuler; avançons sans nous lasser ; nous débnucnerons inéluctablement devant un lieu habité.
Ils achevèrent leur provision d'hippopotame avant d^avoir atteint l'asile tant désiré qu'ils cherchaient.
Alors ils se revirent aux prises avec les difficultés, les privations et les souffrances qui sont les compagnes inséparables des voyageurs dans les contrées inconnues ou peu explorées.
Sans nourriture, obligés, pour se procurer à boire, de traverser, de jour, sous un soleil ardent qui les grillait et par un vent brûlant, des plaines arides où croupissait, par places, une eau salée, saumâtre, répugnante ; privés de sommeil parles moustiques et les carnassiers ; afl'aiblis par la fièvre ; rompus par leurs marches et leurs contremarches sur un terrain inégal où, parfois, ils devaient se frayer un chemin au milieu de taillis, do fourrés encombrés de lianes et de plantes épineuses ; craignant de tourner dans un dédale; commençant à désespérer sérieusement: ils n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes.
Pierrot trottait, l'oreille basse ; Narcisse se traînait péniblement, et ses vêlements en loques lui donnaient l'air d'un mendiant ù la recherche d'un hôoilal.