‹ Aventures périlleuses de Narcisse Nicaise au CongoChapitre 7 sur 27 · BRELAN DE DANGERS · texte numérisé non relu

BRELAN DE DANGERS

Lapremiëre pensée de Narcisse, en présence de ce nouveau danger, fut de préserver ses munitions.

Sans poudre, comment se défendre contre les animaux; féroces, et comment vivre dans ces vastes régions tropicales ?

Il fallait, à tout prix, empêcher les cartouches de so détériorer.

Un rocher d'une quinzaine de mètres de hauteur, dont la crête garnie de broussailles surplombait en une corniche naturelle, et qui formait ainsi, à sa base, un abri, se trouvait à proximité.

Nicaise y entraîna le noir, y déposa les paquets, et, pour mieux garantir ceux-ci, s'assit dessus, et ordonna au guide et au caniche de s'asseoir à ses côtés.

Aussitôt, le petit groupe assista à un phénomène météorologique saisissant

Des averses, abondantes comme dos cataractes, tombaient, des décharges électriques traçaient dans l'air des lignes graphiques lumineuses à angles aigus, le vent soufflait en rafales, la température se refroidissait, et une masse de nuées sombres se formant à l'horizon, en colonne conique, tourbillonnait et enlevait les feuilles, les branches mortes et les cailloux.

C'était une trombe, il n'y avait pas à en douter.

Elle courait en ligne à peu près droite, sa force de rotation et d'attraction augmentant sans cesse, et des crépitations successives, pareilles à la mousqueterie, sortant de son sommet.

Les arbres craquaient et se brisaient devant elle ; on eût dit le génie de la dévastation enveloppé de vapeurs et armé de toutes les foudres de l'atmosphère.

Un étang de peu d'étendue, bordé de bambous, encombré de joncs, de plantes aquatiques et peuplé de canards, de grenouilles, de reptiles, d'insectes, occupai', à quelque distance , le centre d'une plaine légèrement creusée en entonnoir; la trombe s'enfonça dans ce cirque d'eau et de verdure, pompa tout ce qu'il contenait, plantes et bêtes,

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et quand elle passa près de nos personnages, laissa échapper une partie des dépouilles dont elle était chargée *, arhrisscaux tordus, mottes de terre, animaux morts, etc.

Nicaise reçut, pour sa part, un caméléon sur le nez, et Pierrot et le nègre faillirent être tués par une tige de hamhou encore attachée à sa racine.

Grâce au ciel, l'aire de la trombe s'arrêta à quinze ou vingt pas de leur rocher, de sorte qu'ils eurent le spectacle du cataclysme sans subir les atteintes de celui-ci.

Lorsque le météore ravageur eut accompli son œuvre de destruction, il s'abîma en torrent d'eau sur une colline arrondie, et le ciel retrouva sa limpidité azurée, la température remonta.

Il était deux heures de l'après-midi.

Nicaise ne pouvait songer à se remettre en route dans la journée : la terre détrempée, impraticable, la forêt ruisselante le condamnaient à demeurer à la place où il avait eu la fortune de préserver son trésor : ses cartouches.

L'espèce de grotte que formait le rocher lui offrant un gîte moins humide que la campagne environnante, il résolut de rester où il était jusqu'à ce que le soleil, dont l'action est rapide dans les zones torrides, eût séché la terre et les arbres, et se mit à faire le ménage.

— Nous avons sauvé nos munitions, c'est l'essentiel, dit-il à son chien ; dînons aujourd'hui de nos provisions de réserve ; nous nous rattraperons demain.

Et prenant les reliquats des pruneaux et des biscuits anglais, il les divisa en trois parts égales : une part pour le guide, une pour Pierrot et une pour lui, et il ajouta à chacune une portion de hareng saur.

Ce festin, complété avec une pinte de nectar, que le nègre alla puiser dans une mare voisine, Nicaise roula des cigarette =5, et rêva, tout éveillé et à demi couché sur le roC;, pendant que l'indigène psalmodiait une mélopée monotone, et que Pierrot soupirait en pensant à sa queue coupée.

BHELAN DE DANGERS 51

Bien qu'on uu put faire de feu, la iiuiL ne se passa pas Irop mai.

Au poiut du jour, uu I»ruuiliai"d dense s'aballil sur le sol.

Dans l'impossibilité de s'orienter au milieu de cet amas compact de vapeurs, Narcisse resta sous son rocher jusqu'à ce que l'almosphèrc fût redeveiiue claire.

Sa cambuse possédait encore trois harengs ; il donna un de ces poissons au nègre, un au caniche et s'en réserva un pour lui.

Peu après, tout le monde eut une soif de damné.

L'eau des averses précédentes ne s'étant pas complètement évaporée, le nègre en découvrit une flaque, aux alentours, et chacun put boire à sa soif.

x\vant de repartir, Narcisse questionna à nouveau son cicérone sur la route, lui demanda s'il était bien certain d'être dans le bon chemin, celui qui devait mener à l'établissement européen le plus proche, et de là à une \'ille de la côte ; car s'égarer, c'eût été courir à la mort.

Le noir affirma qu'il suivait la voie la moins longue et la moins dangereuse; qu'il évitait le territoire de tribus anthropophages; qu'il connaissait le pays pour l'avoir parcouru à différentes reprises, avec des grands chefs, des princes du Congo, et qu'il arriverait sous peu à son village où les Portugais se rendaient pour trafiquer et oti Ton accueillait humainement les étrangers, particulièrement les blancs.

— Tant mieux 1 soupira Nicaise, en partie rassuré. Puis dans une mimique expressive :

— Si, reprit-il, tu nous conduis chez toi et de là chez les Portugais, non seulement je me considérerai comme largement récompensé de t'avoir arraché aux griffes des mégères qui se disposaient à te mettre à la broche, mais je le ferai cadeau de mon fusil et de mon sabre.

Le nègre lui embrassa les genoux, protesta qu'il réussirail, et quelques minutes plus tard, tous deux, satisfaits l'un de l'autre, et chargés d'une portion des bagages, quittèrent

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le rocher, précédés par Pierrot que la durée de la halte commençait à impaiienter.

■ Au hout d'une heure de marche, ils entrèrent dans une région féerique où la nature avait accumulé toutes les richesses végétales du Congo : prairies émaillécs de lis d'un blanc de neige, de tulipes aux vives couleurs, de jacinthes, de tubéreuses, et embaumant l'air; collines garnies d'ananas hauts de quatre à cinq pieds; vallées encombrées de cannes à sucre pareilles à des arbres ; bois formés de palmiers, de coudes, do cocotiers, de cèdres, de tamariniers, de baobabs, et coupés de ruisseaux coulant entre de grandes herbes ; et pour animer ce paysage qu'éclairait le soleil : des papillons, des abeilles sur les fleurs, des perroquets, des singes dans le feuillage vert, des antilopes broutant par groupes, dans la plaine,

« Que c'est beau ! » murmura Narcisse émerveillé.

Vers le soir, au moment de camper, notre homme eut la chance, après avoir brûlé inutilement une douzaine de cartouches dans l'après-midi, de tuer, à proximité d'un ruisselet, une jeune gazelle égarée.

— Voilà notre souper! dit-il en déposant son bagage à terre. Maintenant que nous sommes fournis de viande, arrêtons-nous et préparons notre cuisine : l'endroit est bon.

Il était, en effet, des plus propices : de l'eau d'un cùté, des arbres fruitiers de l'autre, et en face un vallon qu'on embrassait du regard : on ne pouvait désirer mieux.

Tandis que le nègre apprêtait le foyer, récoltait des fruits, remplissait la boite de fer-blanc, le seul ustensile de cuisine qu'on possédât, de vin de palmier, et cueillait, en aval du ruisseau, un melon d'eau, IXicaise dépouilla la gazelle et la plaça devant le feu, sur un échafaudage de branches oii elle devait se rissoler dans la perfection, sous la surveillance de Pierrot.

Puis le cœur léger et content, chantonnant un air d'opérette, rasséréné sans savoir pourquoi, et voulant que le régal fût complet, il alla pétrir, sur une roche lavée préalablement, une livre environ de farine, et en confec-

BRELAN DE DANGLUS o3

lionna une galette qu'il mit sous la cendre^ enveloppée dans des fragments d'écorce d'insenda.

— Nous aurons du pain ! proclama-t-il en se frottant les mains. C'est aujoui^riiui dimanche; la Providence nous a servis à point.

Pendant que le souper cuisait, il se déshabilla, prit un bain dans le ruisseau, lava le linge qu'il venait d'ôter, retendit par terre pour le faire sécher, et changea de chemise.

On sait qu'il avait deux chemises de flanelle.

Sa toilette achevée, il examina le rôti et, le jugeant suffisamment doré, le porta sur la nappe de fouilles de palmier nain plaquée sur l'herbe, par le noir, à la place 011 l'on devait s'asseoir.

Le demi-jeùne force de la veille, la fatigue de la journée ayant creusé les estomacs, les mâchoires jouèrent vigoureusement.

Quel plaisir de manger lorsqu'on a faim ; et comme la cuisine, si grossière qu'elle soit, semble succulente quand l'appétit l'assaisonne !

« Je dois reconnaître que la vie aventureuse des voyag'eurs a parfois du bon, avoua Nicaise en passant au dessert après s'être régalé de la selle de la gazelle. Je n'ai jamais mieux dîné de ma vie. Si notre ordinaire se maintient dans ces conditions durant le temps qui nous reste à courir par monts et vaux, et si nous ne rencontrons pas d'animaux plus dangereux que l'antilope dont les débris sont là, mon voyage à travers le Congo sera un véritable voyage d'agrément. »

Le nègre et le caniche étaient également dans des dispositions d'esprit excellentes, car rien ne chasse les idées sombres comme un repas copieux.

Voulez-vous obtenir une faveur de quelqu'un? adressezvous à lui lors de sa sortie de table, et non quand il est à jeun : vous avez toutes les chances de le trouver bienveillant.

— lié bien ! comment ça va-t-il ? demanda Narcisse à son

o4 AVF,^•T^HK:^ ri:r.ii.Li:i SF.s r>E NAncis?E mcaise

chien en allumaut uno cieraretlo, et tandis que le noir desservait,

— Parfaitement, répondit Pierrot dans son dialocte, eu agitant le moignon de sa queue, et en s'approchant péniblement de son maître.

— IIo ! ho ! quelle hedainc ! plaisanta ce dernier en tAtant le ventre du caniche. Si nous devions nous remettre h présent en route, tu serais incapable de marcher.

Pierrot ne chercha pas à nier qu'il en avait pris jusqu'au menton ; il se roula même sur le dos, les pattes en l'air, pour mieux montrer à Narcisse sa panse rebondie qui lui causait une satisfaction sans mélange, et, s'accommodant dans un coin, sur l'herbe tendre, s'endormit du sommeil du juste.

La soirée était délicieuse : un ciel velouté et constellé d'étoiles, une température d'une douceur enivrante, point de moustiques, le silence, la sérénité partout : on eût pu so, croire au paradis, la nuit.

« Je n'ai rien vu de pareil », confessa Narcisse ému devant la sublimité du tableau.

Sentant ses paupières se fermer, s'appesantir, il chargea son fusil, par mesure de précaution, et ne tarda pas à se plonger dans les bras de Morphée, comme son caniche, et comme le nègre, lequel n'était pas le moins repu de la société.

Les trois compagnons reposaient depuis plusieurs heures lorsque des rugissements firent trembler le coteau et la colline.

— Qu'est-ce ? interrogea Nicaise en se réveillant brusquement.

Le nègre, couché h plat ventre, et cherchant à percer l'obscurité, regarda du côté d'où partait le bruit sinistre ; Pierrot, frissonnant et hurlant sourdement, se réfugia aux pieds de son maître, qui s'était levé et avait saisi son fusil.

Les rugissements continuèrent, en se rapprochant, et deux yeux flamboyant brillèrents dans l'ombre, à cinquante pas du campement.

•JRELA.N DE DANGERS on

— Un lion !... chuchota Narcisse, les lèvTcs sèches.

C'était elTcctivemcnt un lion de grande taille, à crinière brune, et dont l'aspect seul élait capable de glacer d'elTroi un autre chasseur que notre ami.

Il examina pendant quelques secondes le blanc, le noir, le caniche, pour choisir la victime qui devait le mieux lui convenir, et, d'un bond prodigieux, tombant sur le nègre, broya au malheureux les vertèbres cervicales.

Nicaise poussa un cri d'horreur, se recula de trois pas, jusqu'au bord du ruisseau, épaula son fusil et tira sans viser.

Les balles de ses deux cartouches, brûlées presque simultanément, égratignèrent l'oreille droite du félin et se perdirent dans sa crinière.

Affolé, il essaya de fuir en rechargeant son arme : il n'en eut pas le temps.

Le lion arriva sur lui comme la foudre; par fortune, ayant mal calculé Fespace, au lieu de l'abattre, ainsi que le nègre, d'un coup de griffe, il le frappa en pleine poitrine, avec la tête, et le fit rouler au fond du ruisseau, où il le laissa dédaigneusement barboter, pour revenir sur sa proie palpitante qu'il dévora, tout en grognant et en fouettant l'air de sa queue.

Blotti derrière une touffe de bambous, Narcisse assista à cette boucherie sans oser bouger, cloué à la place oii il avait fait la culbute, désarmé, ayant de l'eau jusqu'aux genoux, et incapable de secourir le noir qui, d'ailleurs, ne donnait plus signe de vie.

Pierrot s'était glissé auprès de lui, et muet, grelottant, cramponné aux herbes, aux racines, frémissait à chaque grondement du félin.

Quand la terrible bête fut rassasiée, au bout d'une demiheure, elle abandonna les débris du nègre: les jambes et la moitié du torse, et se relira lentomont dans la forêt.

L'homme et le chien la regardèrent s'éloigner.

Lorsqu'ils crurent qu'elle ne reviendrait pas, ils se hasardèrent à quitter leur refuge, mais durent vite s'effacer de-

56 Avr.N'TL-mcs i>i';nii.T.EL'SES de narcisse nic.mse

vant une foule de maraudeurs de la table léonine : hyènes et chacals, qui se ruèrent sur le tronc sanguinolent du nègre et se le disputèrent en se montrant les dents.

Le roi des carnassiers est toujours escorté, à distance respectueuse, par une file de mendiants qui s'arrachent les bril3es de son festin.

En tête de ces parasites marche l'hyène qui, trop lâche et trop paresseuse pour chasser elle-même, se contente des cliarogneG jetées dans les charniers, et de ce qu'elle peut prélever clandestinement sur la venaison d'autrui; viennent ensuite les loups de petite taille, désignés sous le nom commun de chacals, et qu'on rencontre du cap de Bonne-Espérance à la Méditerranée.

Suivant la coutume de tous les grands chats, le lion ne mange ordinairement que les animaux qu'il a tués, et rarement il fait les plats nets, soit que sa gloutonnerie ne dépasse pas ses besoins rationnels, soit qu'il aime à sortir dignement de table.

En cas de pénurie, il retourne à l'animal qu'il a égorgé la veille ; autrement il méprise ce rogaton et l'abandonne aux individus de sac et de corde de son domaine.

Instruits de ses habitudes royales, ces derniers le suivent dans ses excursions et ses chasses, et, quand il a terminé son souper, se précipitent sur ses rebuts, sans attendre sa permission, convaincus probablement que son majestueux dédain leur permettra de piller à leur aise devant sa superbe personne.

N'ayant pu ressaisir son fusil ni son sabre, Narcisse dut se replier et laisser les misérables engloutir le cadavre décapité, démembré, du noir.

La curée dura six ;; sept minutes, après quoi, hyènes et chacals se dispersèrent sur les chemins par lesquels ils étaient venus.

Nicaise courut alors ramasser son sabre et son fusil, qui n'étaient pas endommagés, appela Pierrot, dont la peur persistait, et se hâta de se préserver de nouvelles attaques en entassant des feuilles, des branches mortes,

D'un bond prodigieux, tomliant sur le nègre... (page 05).

.'38 AVENTinivS l'ÉRlLLKUSKS DE NARCISSE N'ICAISE

eu ranimant le ft-u presque éteint et en le disposant en cercle autour de lui.

La nuit, à moitié écoulée^ pouvait réserver d'autres surprises tragiques aux infortunés Parisiens, bien seuls désormais, et ils devaient veiller et ouvrir les yeux et les oreilles s'ils tenaient à leur peau.

Leur peau! en admettant qu'ils parvinssent à garder celle-ci des crocs et des griffes des carnassiers, qu'allaientils devenir sans guide, dans ce pays boisé, dépourvu de routes, qu'ils ne connaissaient que par les périls qu'il.i avaient couru dans ses solitudes?

MANDRILLS ET LIONS

Conpéquences de la perte du nègre. — Rfgrets superflus. — Une louable résolution. — En marche vers l'ouest. — Au pied d'un dattier. — Récolte de fruits. — Des mandrills. — Caractère de ces quadrumanes. — Le bagage abîmé. — Danger de manier étourdiment une arme à feu. — Une bienheureuse panique. — Le campement changé de place. — Un souvenir à Paris. — Autre étape. — Autre halte. — Le cabri à la broche. — Un baobab. — Logement suspendu. — Défilé nocturne sous le baobab. — Une famille de lions. — Délivrance accidentelle. — Le pain de singe. — Déménagement.

Les appréhensions poignantes de la nuit ne permin^nt pas à Narcisse de se livrer aux réflexions que devait nécessairement faire naître sa position dans son esprit.

Uniquement occupé du soin de sa défense, l'oreille tendue, l'oeil au guet, le doigt à la détente, il ne pensa et ne put penser qu'aux bètes féroces tant que dura l'obscurité et qu'il eut à craindre des surprises, d(^s altaquos subites; lorsque le jour reparut et qu'il se crut relativement en sûreté, il en^nsagea le sort que lui créait la perti^ du nt'gre, et eut plus peur de son isolement qu'il n'avait eu peur des reptiles et des fauves.

Perdu dans une contrée qui lui était complî-tomont inconnur, ne sachant de quel côté diriger ses pas, exposé à mourir de faim, de soif ou sous les dents des félins, il vit dans triute sa gravité sa situation.

C'est qu'avec un guide aguerri, ccilain de vaincre les

(lifficulLcs accumulées dfvant lui, il se laissait aller à une confiance relative, tandis que seul il doutait et désespérait.

« Olîl récrimina-t-il, en pressant sa tête dans ses mains, pourquoi ai-jo voulu me rendre à Madagascar; pourquoi me suis-jc embarqué sur ce bateau bordelais; pourquoi n'ai-je pas essayé de finir ma pharmacie? Au lieu d'être en l'état misérable où me voilà, j'aurais passé mes dernier> examens, reçu mon diplôme, je me serais réconcilié avec ma famille, qui a tant de sujets de se plaindre de moi, et je serais à la veille dem'établir dansle quartier Montparnasse, rue Delambre, où l'on parlait de m'installer si jo consentais enfin à achever mes éludes; tout me sourirait dans mon cher et vieux Paris qui vaut plus que l'Afrique et l'Asie réunies. Ah! je suis mon propre bourreau! »

Ces reproches étaient justes autant qu'inutiles, car s'il est bien de déplorer des erreurs commises, il est mal d'étouffer, dans le danger, son énergie sous ses regrets.

Ce n'est pas en se lamentant, c'est en travaillant qu'on répare des fautes.

Narcisse était abîmé dans son vain repentir, le front pâle, Icsyeux roug-es, la poitrine oppressée, quand Pierrot, que la tristesse minait aussi, posa ses pattes sur son bras et lui lécha les mains.

— Mon pauvre ami, sangiota-t-il en l'embrassant fortement, comment nous échapperons-nous de ce désert?

Pierrot s'efforça de le consoler, le lécha encore et lui parla avec ses yeux humides.

— Ne nous avilissons pas, réagit-il en se levant; le découragement ne servirait qu'à aggraver notre position. Remettons-nous en route, car nous ne pouvons demeurer ici plus longtemps, et si nous devons mourir dans ce pays, sachons du moins le faire en gens de cœur.

Pierrot ne tenait point à mourir; la perte irréparable de sa queue lui suffisait, et pour sortir d'impasse il était prêt à tout oser. Il encouragea son maître par ses sauts, ses aboiements, et lorsqu'il le vit rassembler ses provisions et ses effets dispersés et en former, à l'aide de scr-

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viettes allachées par les coins, un paquet susceptible d'être porté sur le dos, il se roula par terre en signe de joie et parut s'écrier : « A la bonne heure! tu redeviens homme! »

Il restait à Narcisse trois ou quatre livres de farine, autant de sel, sa trousse de médecine, son cofTret de pliarmacie, une boîte vide en fer-blanc, précieuse pour puiser de l'eau ou recueillir du vin de palme, son sabre, son fusil et deux cents cartouches, partie au gros plomb, partie à balle.

En ménageant ses munitions, en ne les brûlant que pour sa défense ou pour sa cuisine, il avait pour vingt- cinq jours de poudre.

C^était autant qu'il en fallait pour atteindre une localité de la cùte, s'il suivait le bon chemin.

Mais le suivrait-il?

Là était la question.

— C'est vers l'ouest que je dois marcher, dit-il en achevant son paquet ; cette direction nous mènera à l'Océan, et à Loanda, dont nous ne sommes guère éloignés de plus d'une centaine de lieues, si mes calculs ne me trompent pas. En tenant compte des tours et détours que les accidents du terrain nous obligeront à faire, trois ou quatre semaines nous suffiront pour gagner cette ville. Peut-être serons-nous sauvés avant ce temps. Notre guide ne jurait* il pas que nous nous reposerions dans sa tribu ces jours-ci? Dépêchons, tcrniina-t-il en se chargeant de son bagage, encore très lourd, grâce aux cartouches, que ses fortes épaules pouvaient cependant porter; nous déjeunerons plus tard.

Et partant résolument du pied gauche, avec l'approbation de son chien, il descendit la colline en se dirigeant d'après la position du soleil.

11 savait qu'il ne rencontrerait, durant le jour, ni lion, ni léopard, ni panthère.

Les carnassiers du genre chat sont des rôdeurs noc-

liinios; lorsqu'ils courent les champs à la clarté du soleil, c'est qu'un ennemi quelconque les a relancés ou que la faim les aiyuilloiiUL', autrement ils restent tranquillement étendus dans leurs retraites, souvent impénétrables.

Narcisse s'avança donc avec une certaine sécurité, pensant plutôt à se prémunir contre les périls de la prochaine nuit que contre ceux de la journée, s'arrêtant fréquemment pour reprendre haleine, changer son fardeau d'épaule, et se rafraîchir en mangeant un ananas.

Ce fruit abondait sur sa route.

Vers midi, la cbaleur du soleil devenant insupportable, il pénétra dans une forêt qu'il lui fallait traverser s'il voulait se maintenir dans la direction de l'ouest-nord-ouest, et où il espérait trouver un endroit pour se reposer et roccasiou de tirer quelque pièce de gibier.

Le sol rocheux et raboteux y était couvert: là d'arbrisseaux épineux, plus loin de pisang-s, arbres à pain du Cong-o, de réglisses, de mololos, qu'on a comparés aux citronniers, de mambrochas, qui rappellent les orangers, de mobullas et de vingt autres familles d'arbustes fruitiers; ailleurs, d'arbres de haute futaie de toutes les essences, reliés entre eux par des liges d'inquoffo, de msangui ou des lianes.

On pouvait déjeuner frugalement et convenablement au milieu de ces végétaux qui eussent fourni le plus savoureux des desserts, et Narcisse, que son estomac tracassait, décida qu'il y dresserait sa tente pour deux ou trois heures, le temps de se sustenter et de reprendre des forces.

C'est au pied d'un magnifique dattier qu'il déposa son havre-sac.

Otant ensuite une partie de ses vêtements, il prit une de ses serviettes et sa boite de fer-blanc, et alla aux provisions, aux environs, en compagnie de son chien, qui eût préféré un morceau grillé de ruminant, de bœuf par exemple, à tous les fruits qui pendaient au-dessus de sa tête.

Il cueillit des neubanzams, dont l'analogie avec nos noisettes est grande, des figues, des pisangs une noix de

MA.NDIULLS ET LIO^S Ç.'j

palmier coccala, le fruit qui se rapproche le plus de la noix de coco, dans laquelle on trouve une boisson délicieuse, et, quand il eut terminé sa récolte, retourna gaiement à son arbre en se promettant une bombance digne d'iVdam et d'Eve dans i'Eden.

Arrivé à cinquante pas du dattier, il blêmit, retint un cii d'effroi et de colère, laissa tomber son déjeuner sur l'herbe, et resta muet.

Pierrot se colla contre lui, agité et indécis.

Tous deux venaient d'apercevoir des mandrills qui, tandis qu'ils grappillaient leur repas, avaient envahi le quinconce et pris possession de leur halte, des mandrills, les plus laids et les plus féroces des singes.

Vigoureux, trapu, haut d'un mètre cinquante quand il est debout (nous parlons du mâle adulte), les dents saillantes, la face striée de bandes rouges, bleues, blanches, le museau nu, toute la région anale, toute la partie supérieure des cuisses également rouge et bleue, le poil raide, hérissé, annelé de noir et de vert, la barbe jaune au menton, le mandrill est repoussant et horrible, et son caractère, sa nature, répondent à sa physionomie.

Doué d'une force exceptionnelle, cruel, sanguinaire, audacieux, il ne craint aucun individu.

Connue tous les cynocéphales, il habite les forêts montagneuses et recherche, pour se reposer, les rochers plutôt que les arbres.

Souvent il quitte ses bois pour piller, ravager les plantations ou pour mettre à sac les villages pendant que les hommes en sont absents.

Le gorille est un agneau, comparé à cet effroyable animal.

La colère du mandrill dégénère immédiatement en frénésie. Un naturaliste l'a comparée à un de ces ouragans dos tropiques qui renversent tout sur leur passage, tandis que celle des autres quadrumanes ne S('rait qu'un léger zéphir.

Quant à sa sensualité, elle est désorilonnée, inouïe, sans bornes.

Ci AVENTURES PÉRILLEUSES DE NARCISSE NICAISE

Irritable au dernier point, un simple regard le rend furieux.

Alors, ses yeux lancent des éclairs, il claque des dents, bat la terre de sa main, siflle, pousse des cris aigus ou rauques et se précipite sur celui qui, volontairement ou involontairement, a eu l'imprudence de le provoquer.

Haineux, vindicatif autant qu'emporté, il ne pardonne ni n'oublie les insultes, les offenses; aussi les nègres évitent-ils de le troubler et ne se hasardent-ils à traverser les forêts qu'il habite, que lorsqu'ils sont armes et en troupe assez nombreuse pour pouvoir passer impunément devant lui ou résister à ses attaques.

Narcisse avait donc de quoi trembler, en présence d'une quinzaine d'ennemis de cette sorte.

Désarme, sans défense, il vit la mort se dresser, se sentit perdu, et la sueur de l'agonie perla son front.

— Chut!... commanda- t-il, du bout des lèvres, à Pierrot qui allait aboyer et avancer ainsi sa fm et celle de son maître.

Le caniche ne se rendait pas compte du danger ; il se tut, néanmoins, par obéissance, et suivit Nicaise. qui se réfugia sans bruit et en marchant à reculons, derrière un bouquet de mambrochas distant do quelques pas.

Les singes tournaient autour du dattier en se disputant, en grognant à la façon des porcs, ou se balançaient aux ramures voisines, ou éparpillaient les richesses de nos voyageurs, déchirant le linge avec leurs crocs, leurs mains, le réduisant en charpie, éventrant le sac de farine et répandant son contenu sur l'herbe ou se le jetant à la face, par poignée, en se montrant les dents, dispersant les cartouches, ou les brisant, ou les mordant, fouillant dans la boite de pharmacie, débouchant les flacons, flairant, respirant ou buvant leur contenu, maniant le fusil, le sabre, s'abandonnant, sous l'arbre, à tous les caprices de leur fantaisie.

« Si j'en réchappe, pensa Narcisse en les voyant détruire ses munitions^ comment pourrai-je affronter à Tave-

IS^t

C'est au pied d un .Matjnifique dattier qu'il déposa son liavre-s

suc (page C"Ji.

Cfi AVENTURAS PÉniI.I.F.lSES DE NARCISSE NICAISE

ilir les ennomis de toulcs sortes dont ce pays est rempli? »

Impuissant, bouleversé, les larmes aux yeux, il assislait à la ruine de son espérance ultime, car la destruction de ses cartouches lui enlevait sa plus grande chance de salut, quand une double détonation, suivie de cris perçants et d'une débandade générale des quadrumanes, modifia sa situation.

Un des mandrills, en saisissant le sabre par la poignée, avait, dans un brusque mouvement, crevé un œil h un de ses camarades qui s'était mis à hurler avec fureur, tandis qu'un autre, en appuyant sur la détente du fusil, avait fait partir les deux coups de celui-ci, et tué raide un vieux mâle en train de respirer, en grimaçant, un flacon d'alcali.

A ce bruit, qu'ils ne s'expliquaient pas, à cette catastrophe imprévue, les quadrumanes, emportés par une terreur panique, s'étaient sauvés, en vociférant, avec une rapidité vertigineuse, et le terrain avait été débarrassé en une seconde.

— Hourra! clama Narcisse, fou de joie en se voyant délivré.

Pierrot, de son côté, aboya, sauta, s'élança bravement vers le singe mort, puis retourna à son maître, comme pour lui crier, l'imposteur : « Voilà mon œuvre ! »

Nicaise essuya son front, sa figure et son cou, abandonna le buisson, les jambes tremblantes, et se rapprocha du dattier.

Son premier regard fut pour le mandrill gisant sous l'arbre, les membres crispés, la face contractée; son second pour ses cartouches.

— Grâce à cet accident béni, dit-il, j'en suis quitte pour la peur. Le mal est moins grave que je ne craignais ; à peine sept cartouches déchirées; c'est pour rien, désormais, je ne me sépare plus, sous aucun prétexte, de mon sabre ni de mon fusil. Ma garde-robe est dans un bel état. Plus de linge de rechange! Et ma farine... me

MANDRILLS ET LIONS 07

voilà forcé de manger ma viande sans pain. Bit! frissonnat-il en considérant le mandrill mort, la monstrueuse bête ! Pierrot, allons planter notre tente ailleurs.

Et ramassant les fragments de son avoir : son sel, qui n'avait pas été louché, sa veste, son gilet, sa vareuse à laquelle il ne manquait que les boutons, sa boîte de pharmacie où il ne restait qu'un flacon d'éther, enfin ses cartouches qu'il serra dans ses poches et dont il enferma lo surplus dans son unique serviette, il emporta le tout et alla s'étabHr à trois cents pas du dattier, dans un coin qui lui parut bon, et où il déjeuna, avec son caniche, de fruits arrosés de vin de palmier.

Lorsqu'il eut fini, comme il possédait encore du tabac et un cahier de papier à cigarettes, il fuma en songeant à ses aventures, à son isolement, aux périls qu'il rencontrait de quelque côté qu'il se tournât, et se sentit envahir par le découragement.

« M'entirerai-je!... » se demanda-t-il en baissant la tête.

Et il vit repasser devant ses yeux le quartier latin, l'Odéon, le Luxembourg, le boulevard Saint-Michel, son ancienne pharmacie de la rue de Seine, qu'il se prit à regretter, et il pleura sur ces choses qui, à cet instant, lui semblèrent paradisiaques.

— Pourquoi ai-je eu l'idée sotte de me rendre à Madagascar, reprit-il avec un mouvement de colère; pourquoi n'ai-je pas travaillé au lieu de devenir paresseusement fruit sec? Ce qui m'arrive est un juste châtiment de ma déplorable conduite. Imbécile, flâneur, inutile, où en cstu réduit par ta faute, ta seule faute, ta très grande faute? Tu pourrais être actuellement pharmacien de première classe et trôner, sur la rive gauche, dans une boutique où afflueraient les clients et les clientes, et où tu serais en train de faire fortune en vendant cinq francs ce qui te coûterait cinq sous, et te voilà perdu au Congo et condamné à mourir de faim ou sous la dent des carnassiers!... Mon cher Pierrot, continua-t-il en étreignant le caniche qui, le voyant tourmenté, le léchait et lui grognait des conso-

68 AVi:.\TLiu:s piïrilleuses de narcisse nicaise

lalions, si nous rentrons un jour à Paris nous pourrons affirmer que nous revenons de loin.

EsLimanl qu'il fallait qu'il repartît s'il voulait dîner de gibier dans un lieu où il pût se coucher sans être inquiété, il se cliarg-ea de son maigre paquet, et, précédé de son chien, auquel la nécessité et la vie en forèl donnaient petit à petit des talents de limier, se remit en marche en chercliant à se maintenir dans la direction de l'ouestnord-ouest, qui était précisément l'opposé de celle par laquelle avaient fui les mandrills.

Deux heures avant la tombée de la nuit, il tua un cabri et s'arrêta, pour le dépouiller et le faire cuire, auprès d'un baobab autour duquel la vie végétale apparaissait dans toute son exubérance, et à proximité d'un mince filet d'eau caché sous les herbes où des orchidées parasites formaient des girandoles de verdure et de fleurs.

Des branches sèches qu'il cassa ou qu'il coupa lui permirent d'allumer du feu dans un endroit découvert.

Cela fait, il plaça artistement le cabri à une broche de bois improvisée, où celui-ci ne tarda pas à prendre d'agréables teintes dorées et à répandre un fumet qui dilata les narines de Pierrot, et, une heure après, il le saupoudra de sel, le dépeça et, assis sur l'herbe, le partagea avec son fidèle caniche.

Quand il ne resta plus un morceau de l'animal, il puisa de l'eau dans le ruisseau, se désaltéra, donna à boire à son chien, et pensa à se choisir un gîte pour la nuit.

— Parbleu! s'écria-t-il en levant les yeux sur le baobab, voilà notre affaire; nous allons nous coucher dans les ramures de ce géant où nous serons comme dans un hôtel suspendu, et à l'abri des visites dangereuses. Attends, mon chien-chien, je vais reconnaître et inspecter le logement.

Le tronc du colosse n'avait pas plus de quatre mètres d'élévation et se divisait, à son sommet, en rameaux de quinze à vingt mètres de longuerir qui se rapprochaient du sol, à leur extrémité, au point qu'il était facile de se

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mettre à califourchon dessus et de grimper ainsi jusqu'au centre feuillu de l'arbre.

Narcisse sauta lestement rur le rameau le plus bas, et parvint au couronnement du tronc où une plate-forme, assez spacieuse pour recevoir une famille, lui ofTrit le refuge qu'il désirait.

Il y transporta son bag-age, prit sou caniche sur ses épaules, le porta au milieu de cette mansarde aux lambris de feuillag-e, et caché par les ramures et par l'obscurité, s'endormit persuadé que nul n'irait le chercher, ne le découvrirait dans son obscure retraite aérienne.

Aux trois quarts de la niiit, des jappements le réveillèrent : c'étaient des chacals qui se disputaient, sous le baobab, les membres d'une chèvre qu'ils avaient chassée environs.

La clarté de la lune, filtrant à travers les arbres, éclairait leur meute avide.

La chèvre engloutie, ce fut l'affaire de deux minutes, les chacals disparurent.

Quatre hyènes traversèrent à leur tour le carrefour.

Une panthère, dont les yeux brillaient d'un éclat sinistre, les suivit, à un quart d'heure d'intervalle.

Un léopard, aussi grand qu'un tigre de forte taille, vint après.

En passant devant le baobab, il fit mine de saulei- sur les branches basses, peut-être dans l'intention d'aller voir si l'intérieur de l'arbre ne recelait pas quelque proie; mais il se tiétourna et poursuivit sa route, à la satisfaction de Nicaise qui se disposait à le recevoir à coups de fusil.

Des chauves-souris du genre roussette sillonnaient l'air en ])oussant des sifflements, en glapissant, en cherchant des arbres fruitiers, probablement des palmiers, car les individus de cette famille sont si friands du suc de ces végétaux qu'ils en boivent jusqu'à s'enivrer, jusqu'à tomber inertes sur le sol ob. les carnassiers les mangent.

A la panthère et au léopard, que les indigènes du C<ingo nomment communément cngois et qu'ils redoutent à cause

70 AVli.VTLRES PÉRILLEUSES DE NARCISSE MCAISE

(le leur audace et dos ravag-es qu'ils fonl dans les lieux habiles, succédèrent un lion, une lionne et Iroi.s lionceaux âgés de six à sept mois, il était facile d'en juger à leur taille qui ne dépassait pas celle du chat sauvage adulte.

Les lionceaux accompagnant leurs parents à la cliasse, à l'approche de l'époque oii ils vont être sevrés, à l'âge de cinq mois, pour apprendre à se nourrir sans le concours d'autrui, Narcisse ne douta point qu'il avait au-dessous de lui un lion et une lionne donnant des leçons de rapine à leurs petits.

Ceux-ci soufflaient, tiraient la langue, se plaignaient, étaient exténués.

Leurs parents les laissèrent respirer et se reposèrent en face d'eux, au pied du baobab, en regardant machinalement de part et d'autre et en se battant les flancs avec leur queue.

« Est-ce qu'ils vont rester là? » pensa INicaise en tenant le museau de sou chien, le moindre bruit étant capable d'éveiller l'attention des lions.

Grimper dans l'arbre à l'aide des plus longs rameaux eût été un jeu pour ces derniers; de là à happer le pharmacien et le caniche, il n'y avait qu'un pas; Nai'cisse le comprit, et son émotion en devint si forte qu'il craignit de ne pas la supporter.

A un moment, le lion et la lionne se levèrent, firent le tour de l'arbre en rugissant, et flairèrent l'air.

— Ils nous ont découverts ! haleta Nicaise en apprêtant silencieusement son fusil, et en se demandant s'il devait attendre les félins ou bien ouvrir lu feu contre eux.

Aux rugissements des parents se mêlaient les miaulements des lionceaux, et la forêt frissonnait de ces bruits.

Narcisse épaula son arme et visa, en tremblant, le mâle qui secouait sa crinière et donnait de fréquentes marques de colère, et il allait lâcher la détente lorsque toute la famille royale bondit vers un fourré situé au delà du filet d'eau, oij se cachait probablement du gros gibier, et s'éclipsa comme par enchantement.

MANDIULLS ET LIONS 71

— Ail! respira notre liéros en relevant son arme. Pierrot parut également avoir un poids de moins sur la

poitrine, et quoiqu'il retint ses aboiements, sa joie éclata dans ses mouvements, dans ses grognements étouffés et dans ses caresses.

— Mon pauvre ami, lui dit son maître en le contenant de la main, voilà des saisissements dont nous nous tjouviendrons. J'en ai la chair de poule. Mais, cliutl ne nous réjouissons pas trop vice; tout n'est peut-ètr'i pas fini.

La nuit se termina pourtant paisiblement : l'orage était passé.

Nicaise salua le retour du soleil avec un plaisir sans mélange, et comme on salue un sauveur.

— Les carnassiers nocturnes sont rjntrés dans leurs lanières, marmotta-t-il ; sortons de notre refuge, etprenons la poudre d'escampette, en faisant des vœux pour atteindre au plus tôt un pays moins mal habité que celui-ci.

Cependant, avant de descendre, ilvoulut déjeuner, n'étant pas désireux de s'attarder une fois qu'il aurait repris terre, et il s'attabla dans le baobab môme.

Le colosse des forêts d'Afrique est un arbre utile, si ce n'est pas un arbre indispensable ou précieux ; ses feuilles et son écorce ont des vertus émollientes appréciées des indigènes de la côte guinéenne, et son fruit, désigné au Sénégal sous le nom de pain de singeai qui a le volume d'une grosse noix de coco, est aussi comestible et presque aussi savoureux que celui du cocotier.

On prétend, qu'en outre, il est souverain contre les fièvres putrides.

Grâce à ses connaissances en botanique, Narcisse n'ig-norait rien de cela; austi n'hésita-t-il pas à cueillir quelques-uns des plus beaux pains de singe suspendus au dessus de sa tète, à les fendre au moyen de son couteau ol à les partager avec Pierrot, qui s'accommodait décidément de toutes les pâtées.

— MaintfMiant que nous sommes lestés, fil-il après cotto agape frugale, déménageons, tandis que les portiers de

72 AVENTI-RES TÉRILLEUSES DE NARCISSE NICAISE

riiôk'l sont loin, et puisse la Providence nous réserver ce soir, un apparlement de ce genre, mais plus tranquille et autour duquel des voisins tapageurs ne viennent pas faire sabbat.

yll

Sur une hauteur. — Les t?ets6s. — Le coucou indicateur. — La ruche. — Les abeilles enfumées. — Repas de miel. — Soif ardente. — Les oies sauvages. — Terribles maraudeurs. — Abondance et disette de la terre d'Afrique. — Orientation difficile et pénible. — Despas d'hommes. — Un village désert. — Un troupeau de buflles. — Le buffle. — Sa natui e. — L'attaque. — La riposte. — Le caniche intervient. — Poursuite acharnée. — Sur un arbre. — Foudroyé par une balle. — Le rôti. — Couchés dans une case.

Nicaisc et son caniche étaient sortis de la foi'êt et remontaient le lit, à moitié desséché, d'un ruisseau où les galets rendaient leur marclie pénible.

Ils atteignirent une hauteur rocheuse d'oii ils découvrirent au nord, au sud,, à l'esl, des montagnes aux flancs boisés et d'un vert sombre, entrecoupées de plaines, où nulle part on n'apercevait de traces d'habitations.

— Ce n'est pas aujourd'hui que nous souperons dan.s un village! soupira Narcisse en embrassant du repard le paysage désert qui se déroulait à ses pieds.

La chaleur était sulîocante; la matinée s'achevait.

Pierrot, tourmenté par les tsetsés, ces mouches venimeuses de l'Afrique centrale, dont la trompe empoisonne la blessure qu'elle l'ait, et qui s'acharnent parliculit'rcmi'nt après le bœuf, le cheval, le mouton et le chien, Pienot geignait et pleurait.

D'autre part, le gibier manquait et le plateau n'olTiait

74 AVENTURES rÉRlLLELSES DE NARCISSE NICAISE

aucune ressource. Narcisse résolut de rentrer sous bois, sans s'écarter de la ligne qu^il croyait nécessaire de suivre.

A mi-clicmin d^unc côte qui aboutissait à une vallée, un oiseau vola familièrement au-dessus de sa tête et sembla, dans son ramage bruyant, lui souhaiter la bienvenue.

Il allait le tuer quand il s'arrêta, honteux de son mouvement.

Il avait reconnu l'indicateur, ce charmant et bizarre grimpeur, chez qui la gourmandise développe, à un rA haut degré, l'intelligence.

L'indicateur, une variété du coucou appelé sengo au Congo, adore les nymphes d'abeilles; lorsqu'il ose s'attaquer tout seul à une ruche pour s'en procurer, l'essaim, se ruant d'ordinaire sur lui et parvenant aie piquer, non pas au corps, son plumage cuirassant sa peau contre l'aiguillon, mais aux yeux, et ainsi à l'aveugler et à le tuer, dès qu'il a découvert une ruche, au lieu de céder imprudemment à sa passion, il va à la recherche d'une personne quelconque, et s'il en rencontre une, l'invite, par ses cris engageants, à le suivre, et la conduit auprès des abeilles dont il ne doute pas qu'elle prendra le miel, brisera les gâteaux et lui laissera, pour sa peine, les larves.

C'est un guide infaillible, que les Africains respectent et dont ils utilisent les curieuses aptitudes.

Quand l'indicateur ne trouve aucun individu qui l'aide et se fasse son complice, il ne sait pas toujours résistera la tentation de manger de son mets favori, et c'est alors qu'il lui arrive malheur.

Narcisse, enchanté de la rencontre, accompagna l'oiseau, et, en dix minutes, tomba avec lui devant une ruche établie dans le creux dun arbre, à l'entrée d'un bouquet de bois.

— C'est là 1 parut lui dire l'indicateur en allant se percher à proximité.

Nicaise se débarrassa de son fardeau, réunit des branches et des feuilles sèches, en forma un tas auquel il mit le feu avec son briquet, et enfuma l'essaim pour l'asphyxier.

LE BUFFLE lO

— Cette opération donnera peut-être un goût de fumée à tes nymphes, fit-il en se tournant vers l'oiseau qui le regardait ag-ir ; mais tu comprendras que je no sois pas désireux d'êlre piqué.

Les abeilles ne bourdonnant plus, étant engourdies, notre vagabond romplil sa boite de fer-blanc d'un miel exquis, abandonna à l'indicateur Fobjetde sa convoitise, et s'asseyant sur l'herbe et à l'ombre, à côté de Pierrot, dont les tsetsés s'étaient enfin éloignées, se paya, avec lui, une régalade mirifique.

Une soif ardente, à laquelle ils ne purent résister, poussa le maître et le chien à se mettre en quête d'une source, d'un ruisseau ou d'un lac.

Apres avoir marché pendant quatre heures, ils atteignirent une rivière oii ils burent avec délices, et sur le bord de laquelle ils s'assirent épuisés.

Il leur était d'ailleurs impossible d'aller plus loin, la rivière baignant, à gauche, un massif de mangliers ets'élendant, à droite, en marais sans issue.

— Il faut que nous rebroussions chemin, pesta Nicaise, découragé et irrité à la fois.

Puis, réfléchissant que l'après-midi s'achevait et qu'en rentrant en forêt il risquerait de se perdre, à la chute du jour, avant de s'être procuré à dîner, le pays qu'il venait de parcourir étant dépourvu de gibier, il examina s'il ne ferait pas bien de passer la nuit où le hasard l'avait conduit et d'y chercher pâture.

Des oiseaux aquatiques volaient au-dessus de sa tête; il tira une oie qui s'abattit au milieu des roseaux, une seconde, une troisième et une quatrième.

— A l'eau, Pierrot ; va chercher notre souper ! ordonnal-il au caniche.

Mais, soit que la fatigue ne lui permît pas de nager ou qu'il ne vît point les palmipèdes fusillés, celui-ci hésita.

— Comment, coquin, lu refuses d'obéir ! tonna Narcisse, en entrant dans la rivière pour ramasser l'oie qui était tombée le plus près de lui, et dans l'espoir de stimuler le

zèle de son compagnon. Hé bien ! sache-le : tu ne mangeras que ce que tu m'apporteras !

Go (lisant, il allongea le bras vers une touffe de jonc, empoigna par les pattes la dernière blessée, et l'aurait emportée si un crocodile, se glissant doucement entre deux eaux, ne l'eût saisie par le cou.

Épouvanté, il regagna dare, dare, dare, le rivage, plus mort que vif.

L'hésitation de Pierrot s'expliquait.

Les trois autres oies étaient également devenues la proie des amphibies.

— Un peu plus... balbutia Nicaise. Pierrot, mon ami, éloignons-nous ; nous serions sûrement dévorés par ces monstres si nous couchions ici.

« Est-ce que nous n'en avons pas fini avec les crocodiles ? grommela-t-il avec une pointe d'égarement et en reprenant la route par laquelle il était venu. »

La contrée, boisée à l'excès, ne présentait que des masses ondulées de verdure, parfois impraticables, au milieu desquelles le soir le surprit sans qu'il eût tué le plus petit quadrupède.

Pour comble de malechance, les arbres fruitiers étaient devenus aussi rares que le gibier, si bien qu'il dut se coucher sans souper.

La terre d'Afrique a de ces irrégularités, même dans les zones où elle est le plus riche : là, vous trouvez à profusion des végétaux comestibles, vous rencontrez par nuées les oiseaux, par troupes les ruminants ; ici, vous chercheriez vainement un passereau, un rongeur, une plante capable de calmer votre appétit.

D'une part l'abondance, de l'autre la pénurie.

C'est pourquoi les nègres, à demi ou à moitié sauvages, de l'Afrique centrale, qui cultivent peu la terre et n'élèvent point de bestiaux, sont si fréquemment décimés par des disettes.

Narcisse et Pierrot, l'un soupirant, l'autre gémissant, passèrent la nuit sous un buisson épineux où rien ne les

troubla, si en n'est leurs estomacs, dont les tiraillements leur causèrent des douleurs aiguës.

Au matin, ils repartirent, impatients de se procurer à déjeuner.

Le hasard les conduisit d'abord sur un plateau couvert d'herbes, de fleurs aux couleurs variées : lobélies, gingembres, orchidées, etc., où ils rectifièrent leur route; puis dans une gorge profonde, encombrée d'arbres, de bambous ; enfin dans un fourré, où ils n'avancèrent qu'avec difficulté.

Perdu au milieu de cette végétation serrée, inextricable, suivant presque toujours une direction opposée au nordouest, dont il ne voulait pas s'éloigner, Narcisse était obligé de monter fréquemment sur les arbres pour s'orienter ; mais à peine avait-il fait cent pas qu'il s'égarait de nouveau.

Durant toute la matinée il erra, sans parvenir à sortir du labyrinthe, accablé de fatigue, et ne doutant plus que, cette fois, il eût trouvé son tombeau.

Enervé, exaspéré, pleurant do rage, ne sachant de quel côté se tourner pour tenter un efl'ort suprême ou pour mourir, il se répandait en imprécations contre lui-même et contre le sort, lorsque Pierrot, qui n'était guère dans une situation d'esprit plus satisfaisante, découvrit, en furetant à droite et à gauche, un ruisselet dans le lit duquelle maître et le chien s'engagèrent et qui les mena à un sentier où ils reconnurent des traces de gros bétail, et plus loin, celles de pas d'hommes.

— Nous approchons du terme de nos souffrances ! annonça hautement Nicaise, en suivant les précieuses indications qu'il venait de relever.

Hélas ! ce n'était qu'une trompeuse illusion, car après avoir marché pendant longtemps, il tomba à l'entrée d'une plaine devant des cases abandonnées, depuis des mois peut-être, à trois ou quatre cent? mètres desquelles des buffles étaient endormis.

— Si le village est désert, les pâturages qui l'entourent

78 AVKNTinES PERILLEUSES DE NARCISSE NICAISE

sont peuplés, fit-il en déposant son bagage dans la case la plus propre, ou plutôt la moins sale, et en se disposant à fusiller un des ruminants.

Le buffle, en général, et spécialement celui de l'Afrique australe, est un animal méchant, rusé, que les indigènes craignent autant que le lion, et qu'ils se gardent de provoquer, do déranger.

Vindicatif à l'excès, il se précipite sur qui l'attaque, sans se soucier des obstacles.

On en a vu, sur le littoral marin, poursuivre, à la nage, et loin en mer, des individus qui avaient excité leur colère.

Le buffle ne se contente pas de tuer sa victime ; il s'acharne après elle, la foule aux pieds, la perce avec ses cornes, l'écrase et la déchire.

Souvent il fond sur l'homme sans avoir été provoqué ; toujours il poursuit le chasseur qui l'a manqué ou seulement blessé, et pousse le ressentiment jusqu'à le bloquer, pendant des journées et des nuits, sans se lasser, sur l'arbre où il est parvenu à se réfugier en se sauvant devant lui.

Ce n'était donc pas un jeu d'enfant que d'essayer d'abattre un pareil animal.

Narcisse se faufila, à travers des broussailles, vers le buffle le plus rapproché, en faisant signe à son chien de l'accompagner, et après s'être assuré que son fusil était chargé de deux cartouches à balle.

A quinze pas do la bête, qui lui tournait le dos, il épaula son arme, tira coup sur coup, et se recula derrière un buisson, pour juger du résultat.

Le buffle se dressa en mugissant, frappa du pied, aspira l'air, aperçut son assaillant et fonça sur lui.

Nicaise l'évita par un saut de côté, lança Pierrot à ses trousses, dans le but d'opérer une diversion, et comme l'animal n'avait qu'une éraflure insignifiante au museau, se mit en devoir de lui envoyer d'autres projectiles au milieu de la tête, au-dessous des cornes.

Le caniche s'était bravement avancé en donnant de la

voix ; mais le buffle ne prêta aucune attention à cet infime adversaire, et revint, les yeux étincelants, l'écume aux lèvres, contre son meurtrier qui fit feu, à la même distance que la première fois, et se sauva aussitôt, à toutes jambes, dans la direction de la forêt, où il espérait trouver un abri.

Alors eut lieu une lutte sans merci.

Sanglant, le regard farouche, renversant, brisant les arbustes, trouant les buissons d'épines, le bufQe, talonne par le caniche qui aboyait après lui et, malgré ses ruades, essayait de lui mordre les jambes, poursuivit implacablement le pharmacien.

Celui-ci enfila un sentier, traversa une clairière, pénétra dans un fourré, franchit un fossé, sans que la bête enragée se lassât.

Brisé, essoufflé, sentant ses forces faiblir, déchiré par les branches, il se voyait mort et poussait involontairement des cris de détresse, quand une brusque conversion, au détour d'un massif de hautes broussailles, lui rendit un peu d'avance et lui permit d'accomplir un exploit digne d'un gymnaste émérito.

Léger comme un sylphe, en sautant, il s'accrocha aux rameaux les moins élevés d'un arbre de moyenne grosseur et, quoique blessé par les épines, s'y saspendit et parvint à se mettre à califourchon dessus, à l'instant où le buffle revenait à la charge contre lui avec un redoublement de fureur.

Des rameaux, il passa au centre, où il reprit haleine et où il serait resté emprisonné indéfiniment, sous la garde vigilante et obstinée du ruminant, si son fusil, qu'il avait conservé pendant sa fuite, no lui eût fourni un moyen efficace de délivrance.

Grâce aux cartouches dont ses poches étaient pleines, il put tuer son ennemi avant que Pierrot, dont l'excilalioa redoublait et qui cherchait vainement à attirer sur soi l'orage, ne subit le sort réservé au courage malheureux.

Quand le buffle s'affaissa, foudroyé par une balle qui venait lui percer la cervelle, Narcisse, soulagé et fier à la fois,

entama une sorte de chant de victoire, et descendit de son perchoir pour dépouiller sa victime.

A l'aide de son couteau et de sa trousse de médecin, il enleva à celle-ci le filet et le faux-filet, et courbé sous le poids de ces dépouilles opimes, regagna la case qu'il avait choisie, et dont il ne s'était pas éloigné de plus d'une demi-lieue.

Là, il s'empressa d'entasser du bois mort, d'allumer du feu, de faire griller sa riche provision de viande, de recueillir de l'eau claire dans sa boîte de fer-blanc, ce qui ne souffrit aucune difficulté, une source étant proche, aprës quoi, il apporta sur l'herbe une tranche de rôti, dont il abandonna une portion à son dévoué compagnon, et se mit à dévorer, comme un vorace qui n'a pas mangé depuis huit jours.

La nuit surprit l'homme et le chien au milieu de leur festin.

— Voilà quarante-huit heures qui compteront dans notre existence, dit Narcisse en roulant sa dernière cigarette ; et si nous nous sommes tirés, sans désastre, des dangers qui nous ont assaillis, nous le devons à notre courage et à notre persévérance. Cela établi, non pour nous enorgueillir, mais pour nous raffermir dans notre résolution de disputer notre vie au sort qui nous persécute. En thérapeutique, dans beaucoup de cas, quand le malade lutte énergiqueraent contre la maladie, il fait plus pour lui que le médecin et les remèdes; défendons-nous, et nous aurons lieu de nous en réjouir.

Une heure plus tard, les deux voyageurs, étendus dans leur case et vaincus par leurs fatigues, cédaient au sommeil qui alourdissait leurs paupières.

A ce moment, les hyènes et les chacals s'arrachaient, en se montrant les crocs, le cadavre du buffle.

Grâce aux cartouches dont ses poches étaient ph;iii(;.s, il put luor le hufllo (inxgo 79).

YUl

LES CHIMPANZES

Grave causerie entre Nicaise et Pierrot. — Nicaise reprend la besace. — Les babouins. — Pierrot les brave et se plaint d'eux. — Campement pris de l'eau. — Lutte contre le? moustiques. — Un bain. — L'autruche. —Ses mœurs. — Ses œufs. — Combien d'œufs de poule vaut un œuf d'autruche. — Les œufs durs. — Apparition de chimpanzés. — Le soko de Livingstone. — Sou allure. — Son portrait. — Ses habitudes. — Sa malice et sa méchanceté. — Sa façon de combattre le chasseur. — Ce que Narcisse savait du chimpanzé. — La bande se met à déjeuner. — Narcisse cherche à l'éloigner. — Les singes l'emportent. — Atroce position. — Sévices. — Au-dessus de son sabre. — Pierrot menace en vain. — A l'aide! — La panthère. — L'une monte et l'autre descend, - La chasse dans l'arbre. — Les quadrumanes en déroule. — Découragement.

Il faisait grand jour quand ils se réveillèrent.

Nul ne les avait troublés dans leur repos, et lis élaier t remis de leurs émotions de la veille.

Après un examen sommaire des alentours, où tout leur parut tranquille, ils s'assirent par terre, devant la case, et tinrent conseil, Narcisse posant les questions, en discutant le pour et le contre, et les résolvant par un dictum que le caniche approuvait en clignant gravement les yeux.

Le point important consistait à savoir s'il valait mieux demeurer où l'on se trouvait et y attendre le salut que de continuer à chercher un village d'indigènes ou un établissement européen.

— Ces cases vides, près desquelles existent des traces de pas humains, objecta Nicaise, cette campagne arrosée et

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