LA FOLIE-BARBEAU
On m'a conté, messieurs, qu'une sylphide Posséda ce château jadis;
La belle s'appelait Clotilde,
Clotilde! ce nom les lundis Montait poussé jusques au Paradis.
Voilà qu'un soir, ma riante amoureuse Périt, hélas! d'un vieux ballet romain... Allons, amis, faute de la danseuse, De l'avoué faisons danser le vin !
Depuis ce jour, on prétend qu'au village Elle revient danser par les gazons, Tenant encor son bouquet au corsage, Et des bergers écoutant les chansons, (bis) Le vieux Vestris, de sa main jaune et creuse, L'entraîne encor au fond de ce ravin... Allons, amis, faute de la danseuse, De l'avoué faisons danser le vin !
Mais du village, hélas! c'est une fable; Clotilde est morte, elle avait bien vécu ! Elle eut toujours bons amis, bonne table, Et se moqua, ma foi, de la vertu, Comme d'un rond ou d'un jeté battu, De ses amants, la liste fut nombreuse; Ils l'avaient tous charmé de leur destin... Faute à présent de pareille danseuse, De l'avoué faisons danser le vin !
Mais jurons tous de boire au moins un verre A la pauvrette, à qui ces verts bosquets Versaient jadis leur ombre hospitalière ;
Sur elle encore effeuillant les bouquets, Allons baiser au sol ses pas coquets; El ne pouvant tenir sur la causeuse Cette Laïs à l'œil vif et lutin, Jusques au jour, faute de la danseuse, De l'avoué faisons danser le vin!