UN MOT DE L'AUTEUR A SON ÉDITEUR
Mon cher ami,
Vous m'avez paru si désireux de savoir la vie de mademoiselle Désirée Rond... à laquelle sont dus plusieurs fragments contenus à la fin de ce volume, qu'il m'est impossible de ne pas satisfaire une curiosité si légitime.
Mademoiselle Désirée Rond... n'est pas un mythe, une création de fantaisie, elle a existé, elle existe encore, seulement est-ce en Russie, en Amérique ou dans l'Inde ? franchement il serait difficile de résoudre la question.
C'est, à mon sens, le type le plus complet de la courtisane qu'il m'ait été donné de voir dans les premières années du règne de Louis-Philippe; elle a séduit, régné, tenu tête à des ministres, elle a eu des ducs, des grands seigneurs et des journalistes, elle a
aimé la porcelaine de Sèvres et les meubles Renaissance, les députés et les paravents de laque. Dans ce temps de moellons et de marbre où Louis-Philippe s'était fait le premier maçon de son royaume, elle a été artiste, plus artiste vingt fois que MM. Fontaine ou Thiers, elle a ébloui, elle a confondu le bourgeois. Son salon (cette femme avait un salon) a reçu, aux heures marquées, les plus étonnants contrastes, le monde interlope ou demi-monde, puisqu'on le nomme ainsi, le monde des diplomates, et le monde des filles entretenues, le rentier, le pair de France, l'auteur, le marchand de bric-à-brac. Elle a été presque aussi jolie que Ninon de Lenclos, et elle écrivait aussi bien qu'elle, seulement avec moins d'afféterie... .
Portrait flatté, direz-vous; non pas, car beaucoup de gens ont de ses lettres... Demandez plutôt dans certains clubs !
Singulière fille et plus singulière histoire !
Au physique, très-digne d'inspirer un caprice, au moral, légère, coquette ; j'ai l'air de dire cela comme un amant éconduit, par malheur c'est le contraire.
Par exemple, il n'y eut jamais de plus amusante créature, elle eût fait rire comme Scaramouche le Dauphin malade, elle appartenait comme Guim... et quelques autres assez rares pour qu'on les puisse compter, à la véritable école de l'esprit, esprit caustique, il est vrai, mais qui se traduira éternellement par le mot d'argent comptant.
Pour joueuse, on peut dire que c'était là surtout sa
grande bataille. Une fois, en hiver et par une neige de janvier, elle osa demander une revanche à Duj... sur la borne même de sa cour, les pieds chaussés de bas roses et de pantoufles turques...
D'autres fois il fallait qu'elle fût bohémienne devant un grand feu et sur un tapis; elle tirait ainsi les cartes à ce pauvre Pradier, l'un des rois de son Olympe.
J'ai parlé de son salon, il était resplendissant de dorures, de meubles de Boule, d'étagères, elle empilait dans ces dernières,, des assiettes à défrayer la table de l'Hôtel du Louvre.
Sa chambre à coucher différait entièrement de ce salon Louis XV d'un très-bon style où se pavanait au plafond un beau lustre en cristal de roche. Cette chambre avait un lit Renaissance de Monbro, une glace de Venise et sur le lit une courtine de velours noir... Nota bonœ sécréta deœ. Elle avait la peau blanche et savait la faire valoir.
Elle n'eut jamais — j'allais l'oublier — à côté d'elle de mère ni de tante, elle en fût morte !
fière comme Junon, elle en avait la démarche, des yeux noirs d'un beau velours, des sourcils très-prononcés, des dents admirables, et une peau de déesse...
Mais, hélas ! comme dit Musset :
N'ayant guère le temps de nouer sa ceinture Entre l'amant du jour et l'amant de la nuit !
Un beau jour, elle partit, elle émigra en Russie : — pourquoi? Elle avait des créanciers, mais elle avait
aussi le cœur enclin aux extravagances, — choisissez !
Elle avait des mots, j'en ai retenu quelques-uns. En ce temps-là il n'était pas facile de se faire mettre d'un club — les motifs d'exclusion étaient loin de manquer aux candidats.
L'un d'eux — lion guindé, le fils d'un restaurateur en renom sous le premier Empire — se plaignait amèrement devant elle de n'avoir pu désarmer la sévérité de ses juges.
— Ils m'ont trouvé trop froid, disait-il, qu'en pensez-vous ?
— Qu'ils ont tort, mon cher ! Vous ne vous présentiez pas comme un potage !
Elle écrivait ceci sur le feu prince Tuffiakin... « La tête grosse et rien dedans, les jambes aussi courtes que les idées, de façon que, soit en pensant, soit en marchant, il reste toujours en chemin. »
Un jour Désirée partit brusquement pour la Russie.
Le livre curieux de M. le marquis de Custines venait de donner à ce pays une véritable vogue.: les femmes n'en étaient pas encore aux Moldo-Valaques, aux mariages d'Yassi, aux couronnes de princesses brodées sur des coussins grecs; on ne savait pas au juste à Bucharest ce qu'est ici Breda-Street.
Connaître un Russe et mourir ! tel était le cri des pécheresses néophytes, leurs aspirations ne tendaient guère qu'à aller jouer Scribe devant le czar, comme
madame Voînys, ou montrer là-bas en échange d'un plat de turquoises quelques robes d'Alexandrine. Le Russe était à la mode, on avait eu le temps d'apprécier à Paris le prince Tuffiakin, portant le cou sur l'épaule un peu plus qu'Alexandre, le comte de Men... f, le prince Galit... n, etc., etc. Paris se souvient encore de ces merveilleux boyards inscrits sur les fastes des courtisanes d'alors, cotés, numérotés comme leurs paysans le sont eux-mêmes en Russie; ils faisaient autorité dans les salons par leur exquise politesse, dans les boudoirs, par leurs roubles. — Grattez la peau d'un Russe, avait dit Napoléon, et vous trouverez dessous la peau d'un Cosaque. Était-ce cette étude qui poussait les femmes du demi-monde d'alors à s'attacher ces Français du Nord, ces hommes presque tous rompus aux manèges secrets de Saint-Pétersbourg, aux intrigues diplomatiques? A l'idée seule qu'ils pouvaient sinon emmener, du moins protéger en Russie l'objet de leur choix, le cœur de nos houris s'enflammait, il devançait l'heure où elles fouleraient les gazons de l'Ermitage. Quel orgueil pour elles d'humilier au retour leurs rivales stationnaires ? Plus d'une en quittant Paris achetait chez Susse un album afin d'y écrire son journal daté de la Newa, couvert de signatures et de dessins russes, après un mois de séjour ; ces caravanes galantes les faisaient rêver ; Ralzac, Balzac luimême, Balzac, leur auteur, n'était-il pas allé après M. de Custines dans ce pays du knout et de la fortune?
11 faut bien le dire d'ailleurs, à celle époque-là l'empereur Nicolas exerçait sur les femmes surtout un vrai prestige, il était leur grand Lama.
Les versions les plus attrayantes circulaient sur l'autocrate : il était noble, magnifique, il couvrait les actrices d'or, de diamants, de contrats de rentes, il protégeait ouvertement madame Volnys, il causait familièrement avec Vernet l'acteur, quitte à le faire repentir ensuite de ces concessions impériales. Les grands de sa cour rampaient sous lui, les artistes l'adoraient. Il parlait à la fois à l'esprit de l'homme, au cœur de la femme, à l'oreille des potentats. Je ne sais plus quelle femme, dans un conte de Voisenon, s'éprend du prince Potiron tant et si bien, sur son portrait, qu'elle ne veut plus le quitter : elle le fait monter en bague, en bracelet, en miroir de poche, elle a pour cet amant souverain des trésors inouïs de tendresse, elle croit le voir dans sa glace en se couchant. La femme ne peut être qu'esclave ou souveraine, celle-ci adore M. Potiron en vraie croyante, c'est bien plus ! Mais le prince est, hélas ! comme ces décors qu'il ne faut voir que de loin, il se montre une fois à cette femme qui l'adore sous son véritable jour, et alors quelle déception ! Écoutez plutôt Voisenon :
« La fête eut lieu, le prince parut bête, son ministre laid, la princesse triste... et tout cela était vrai *. »
Soyez donc amoureuse après cela !
1 Le Prince Potiron (conle).
Pourtant c'est à cette vision que devait se prendre Désirée; — cette fleur impériale l'entêtait. Sa passion fit d'abord bien rire ses amis, mais elle prit ensuite des proportions telles que les donneurs de conseils ne man quèrent pas à leur mission.
— Une rude campagne ! lui disaient-ils, aimer Nicolas ! êtes-vous folle'? Folle, elle Tétait et au delà de toute folie. Aimer un empereur ou un acrobate lui semblait la même chose ; elle avait un soir invité Débureau Ier à souper pour se moquer avec lui du vin de Johannisberg... C'était bien un peu se moquer du prince de Metternich.
Mais il ne faut pas s'engager, même dans la plus belle route, sans avoir sa carte en main. Désirée ne connaissait guère que celle du Tendre, elle avait passé sa vie à soutenir des combats, est-ce donc sa faute, si dans celui-ci elle ne put vaincre ?
Le bonnet des courtisanes ressemble un peu au bonnet de la liberté, il affiche avant tout l'audace et la bravoure martiale ; on ne commence, d'ordinaire, ces sottises-là qu'à l'âge de la raison.
Désirée l'avait, mais elle avait de plus, à la honte des Marguerite Gautier d'aujourd'hui, tous les instincts d'une grande dame. Elle faisait parfois l'aumône de son corps et de son esprit.
Ce problème russe l'épouvanta d'abord, puis elle s'y fit.
La toile était tombée dans le royaume de Catherine sur tant d'histoires de ce genre ; les témérités de caste
avaient tant réussi, que ce colosse vu de loin lui semblait de près devoir ressembler à tout le monde ; c'était après tout l'histoire des bâtons flottants.
Peut-être espérait-elle trouver aussi dans Lui le défaut de la cuirasse, la serrure de ce cœur pouvait être forcée par cette grande comédienne. Lolla Montés avait bien subjugué Louis de Bavière !
Elle nourrit son rêve, elle l'habilla comme une femme de Séville habille son nino dans sa chapelle ou dans son alcôve.
Elle avait souvent voyagé d'un homme à un autre, jamais pourtant elle n'avait levé la pourpre...
C'était avec une joie secrète, un frissonnement indicible qu'elle entendait parler de ce Dieu nouveau pour elle; ce poison subtil, elle le buvait en insensée. D'échelons en échelons elle en arriva à se dire que ce conte de fées n'était pas si déraisonnable ; d'ailleurs elle était douée d'une ambition immense, elle voulait voguer sur la mer de l'avenir sans autre boussole que son caprice, sans autre pilote qu'elle-même. Il n'y a vraiment que les courtisanes pour ces audaces.
Un poëte, un épicurien, l'a dit : Les éphémères ne vivent qu'une seconde, mais si c'est une seconde de bonheur... les éphémères ont assez vécu l.
Elle aussi, elle voulut vivre une seconde de cet enivrement profond de plonger son œil bleu dans l'œil de César, elle voulut jouer avec ce serpent du Nord,
1 Adolphe d'Houdetot. (Petites pensées.)
comme Cléopâtre avec son aspic, dut la mort l'étreindre de son baiser froid...
Elle se disait peut-être le beau vers d'Electre :
« Sais-tu quelle est la mort? C'est le baiser des Dieux ! »
Elle partit seule, avec une amie,» et son chien, une amie, c'est-à-dire ce je ne sais quoi qu'emportent en voyage toutes ses pareilles, cela ressemble à un sac de nuit, ou à une confidente du théâtre Richelieu.
L'amie de Désirée était bien choisie, elle était laide ; — seulement elle avait vingt-deux chapeaux et plusieurs robes. Ainsi armée en guerre, elle savait sa force, et comptait en profiter.
Rien de plus curieux que les préparatifs d'un départ de femme galante, quand il s'agit pour elle de cingler à toutes voiles vers la fortune. Ce n'est pas certes pour ces dames qu'a été faite la phrase de Marianne : « Cette belle fille partit avec un pauvre petit sac, encore se plaignait-elle d'arriver ainsi à Paris, ignorant, l'ingénue ! l'avantage qu'il y a pour une fille de seize ans à être dépourvue de tout. »
Désirée n'avait plus seize ans, mais elle en avait bien mis vingt à se pourvoir de toutes choses. Une garderobe de reine, des dentelles, des bijoux dignes d'une prima donna, des gants par centaines, des cigarettes par mille, une malle unique pouvant passer au besoin pour une commode, des médaillons de victimes à employer deux vacations à l'Hôtel de MM. les commissaires-priseurs, qu'est-ce encore ? des draps de satin
noir, nous l'avons dit (elle n'en voulait pas d'autres), voilà un aperçu de ce bagage de sultane, sur lequel veillait de son mieux le gentil Fly, charmant King' Charles aux longues soies dont Van Dyck, sans déroger, eût fait de son temps le portrait pour complaire à sa maîtresse.
Fly était content- de son sort, d'abord parce qu'en ce temps-là on n'imposait pas les chiens, puis il était si propre, si aimé, si bien servi ! Les plus beaux cornets de dragées étaient pour lui, les plus beaux coussins, les plus moelleuses fourrures ; il n'était jamais grondé, aussi avait-il le caractère assez égal, hormis à l'endroit des préférences. Othello à quatre pattes, il eût mordu tout autre quadrupède assez hardi pour usurper sa place sur les genoux de Désirée...
Ce lui fut pourtant un grand déplaisir à ce bon Fly que de se voir en mer, et sur le plancher des vaches, comme on dit communément; la traversée ne fut pas des meilleures, Désirée arriva malade à Saint-Pétersbourg.
Il faut avoir voyagé pour comprendre l'espèce de marasme dans lequel vous plonge l'aspect d'une nouvelle capitale, différente de mœurs, d'idiome, de goûts, labyrinthe réel dans lequel vous vous engagez. Vous vous surprenez presque à pleurer, vous cherchez vos meubles, votre lit, vos tableaux aimés, vos glaces, votre table, vos plumes... Au lieu de cela un lit d'hôtel, un lit banal dans lequel a couché peut-être un vil coquin, un miroir stupide, habitué à sourire au premier venu, des pantoufles affreuses, des valets bornés, une
armée de touristes suant l'ennui,, des murailles qui vous regardent piteusement, des oreilles qui vous espionnent... Voilà, à peu de chose près, pour quel lieu commun vous avez quitté votre nid, votre Eden, votre couchette ! Avant de se mettre en route on devrait bien relire la fable des Deux pigeons!
Cependant la ville des czars devait recevoir' notre transfuge, elle avait bon nombre de lettres de recommandation, elle vit s'ouvrir bien des portes ; elle ne ressemblait pas à ces affamées qui se mettent vite en battue avant le lever du jour; tout au contraire, et il faut le dire à sa louange, elle déboucha doucement en plaine sur le théâtre de la chasse, Diane exercée, prudente, son carquois au dos ; — les accidents vulgaires du terroir elle les dédaignait, l'ambitieuse ! ce qu'il lui fallait c'était un lancé impérial, un vrai sanglier à balle franche ; elle n'était pas femme à braconner, croyez-le.
Les femmes de ce genre ont un tact exquis, elles font naître l'occasion.
S. M. l'empereur Nicolas aimait la promenade, Désirée eut soin de se placer sur son passage à Czarscoselo...
Elle le vit enfin!...
Non pas avec les yeux de M. de Custine, mais avec cette fascination résolue qu'elle apportait à cet examen impérial. De même que dans le foyer l'enfant voit des choses superbes, des villes fabuleuses, des jardins et des palais de saphir, elle vit dans Nicolas un soleil de flamme, un satrape, un doge, — ce sont là les propres
images de Tune de ses lettres. Un enthousiasme inexprimable la saisit, elle fut prête à se jeter à genoux. Glaive et tiare, elle admirait tout dans cet empereur réduit aujourd'hui aux proportions de l'histoire; c'était son héros, son Dieu ! Au théâtre, elle espérait attirer son regard par d'inconcevables toilettes, elle appelait à son secours ses plus exquises séductions.
Vain espoir ! l'autocrate ne la lorgnait même pas, nul courant électrique ne s'établissait entre elle et lui, son silence même protestait.
Aimer un souverain qui décide du sort de tant d'hommes et qui passe à la fois pour le plus bel homme deson royaume, qui peut tout, qui fait tout, qui est à la fois le chef militaire et spirituel de son empire, que tous les yeux cherchent, que tous ses sujets redoutent, un monarque plus monarque encore que Louis XIV et avec une étiquette plus absolue, un espionnage plus terrible, le voir, l'admirer, le suivre dans ces longues cérémonies du rite grec où tout le monde tombe à genoux avant lui, le suivre du regard aux revues où il assiste avec ce masque solennel qui cache son visage, emboîter le pas de cet acteur colossal partout où il va et où l'on peut se glisser, l'étudier chaque jour comme une page nouvelle et chaque jour fermer le livre, en se disant : Me tromperais-je? telle était la vie de cette femme encore jeune d'imagination, phalène imprudente qui allait se brûler à ces flambeaux d'une autre cour, elle assez belle cependant pour être reine en
Géorgie avec ses perles, ses étoffes, ses voiles et ses babouches d'or !
Mais, comme elle récrivait à son amie Clara B..., elle était ensorcelée !
De l'impression des sites et des aspects, Désirée ne devait rien retenir, rien de la singulière et magique lueur des nuits polaires, rien des fêtes, des bals, des spectacles inouïs auxquels son étoile la fit d'abord assister ! Toute sa pensée était concentrée dans ce rêve unique : l'Empereur !
On lançait un jour un vaisseau dans la Neva ; tout Pétersbourg était là : habits magnifiques, pierreries ruisselantes de feux, uniformes éblouissants, la cour et la ville enfin. Désirée, de retour chez elle, écrivit la date de ce jour sur son album avec ces mots : // n'était pas là!
Ce qu'elle se prit à haïr tout d'abord et à dénigrer en revanche, ce fut la beauté des dames du grand monde; elle en parlait même trop librement, pour une aventurière de sa taille. Elle les comparait à des poupées qui dansent sur un parquet chauffé à blanc. L'agitation que se donnent les femmes russes motivait cette dénomination selon elle ; ce sont en effet d'intrépides valseuses que les dames de Péterhoff ou de Moscou : ces willis ont l'air d'obéir à l'archet fatal de la ballade. Mais la vraie raison pour Désirée c'est qu'elles approchaient de si près l'Empereur, et le lui masquaient souvent si bien, qu'elle les donnait au diable.
L'Impératrice avait pour habitude de pousser ses
promenades dans le parc de Péterhoff jusqu'à son cottage où elle s'arrêtait, véritable halte au milieu des fleurs, — oasis qu'elle s'était créée dans un coin de cette résidence vaste et somptueuse. — Elle y allait accompagnée de Tune de ses dames d'honneur, la comtesse M...f. Ce parc de Péterhoff avait paru si grand la veille à notre Parisienne qu'elle s'y était perdue; la cascade impériale reflétait ce soir-là de splendides illuminations; tout était topaze, émeraude, lapis et sanhir dans ces eaux de feu ainsi métamorphosées. C'était la fête de l'Impératrice ; les étrangers, les ambassadeurs et leur suite encombraient les appartements ; on avait logé jusque dans des loges d'acteurs, dans la salle de théâtre de Péterhofl. Au détour du cottage, Désirée s'était rencontrée avec l'Impératrice.
L'étiquette impériale ne permet jamais d'adresser la parole en premier à la souveraine; notre héroïne était si émue qu'elle n'osa pas même l'aborder, ce fut son épagneul, le joli Fly, qui jappa un compliment bizarre et guttural, s'il en fut, à la chienne de la comtesse M... f...
C'était un commencement...
Imprudent Fly !
Il ignorait sans doute, ce griffon insoumis à la taxe actuelle des chiens, (ce griffon qui ne la pressentait même pas !) de quelles sévères prescriptions le Code russe de Péterhoff entoure une Majesté qui se promène, une Majesté qui sourit du bout des lèvres aux mille et miiie lampions d'un parc allumés en trente-
cinq minutes par dix-huit cents hommes ! Fly fut mal reçu de la chienne à pompons bleus de la dame d'honneur ; aussi bien, dans cette nuit de fées qui faisait pâlir le soleil, comment un simple épagneul anglais avaitil osé faire quelques politesses à une chienne de la cour?... L'Impératrice passa sans regarder même Désirée.
L'Impératrice ! Jamais Désirée ne s'était attendue à la rencontrer en face; c'était pour elle la grande Catherine, et dans ces salles, ces jardins regorgeant de monde, dans ce vieux palais devenu en un quart d'heure une gerbe de feu, c'était bien plutôt le front élevé de l'Empereur qu'elle cherchait ! c'était ce prestige vivant, cette taille planant au-dessus des autres tailles, cet homme adoré, ou plutôt cet acteur grave, inouï à la parade comme à la guerre, — un homme surpassant les autres hommes, — un règne, une pensée en uniforme !
Dans cette fête où la voix retentissante de Nicolas dominait toutes les voix, où sa volonté restait la Bible de son peuple, dans cette fête, vraie bacchanale du pouvoir absolu, ainsi que l'a dit M. de Custine, où le rencontrer', ce colosse européen, au milieu de ses paysans et de ses seigneurs vêtus pour le bal, au milieu de six mille voitures et de trente mille piétons, dans cette nuit chassée par d'éblouissantes lumières, mais où le fil d'Ariane n'eût pas été de trop pour guider des pas douteux?
A cette fête populaire, Désirée ne cherchait que lui,
et ses regards s'arrêtaient sur l'Impératrice ! Et celle-ci passait, lui rendant à peine son salut !
Le lendemain de cette fête, Désirée se promenait encore dans le parc de Péterhofï ; ce fut là qu'elle se rencontra de nouveau vis-à-vis de l'Impératrice.
Cette fois la personne qui raccompagnait était cette charmante comtesse B... dont tous nos salons parisiens se souviennent; Désirée l'avait entrevue à Paris avec le comte A. de Noai... elle s'enhardit au point qu'elle se résolut à l'aborder franchement.
Fly remuait la queue cette fois en signe d'allégresse, il devinait que rien n'allait troubler cette entrevue ; l'endroit était sûr, écarté, nul œil d'espion ne guettait sans doute; le pauvre animal aboya joyeusement et vint se coucher en travers du chemin de l'Impératrice, lui barrant ainsi le passage.
La comtesse se mit à rire comme une folle en montrant ses belles dents blanches, l'Impératrice sourit. Elle regarda le chien, qui, nous l'avons dit, était d'espèce rare.
Désirée admirait encore la taille élevée et la grâce régulière de la princesse, quand un frémissement léger agita les feuilles voisines : à ce bruit le chien se releva et se mit presque en arrêt.
— Madame la comtesse, hasarda notre héroïne, en s'adressant à la dame d'honneur, veut-elle bien assurer Sa Majesté de mon respect? je n'ignore pas qu'il est défendu de lui parler, mais comme mon épagneul paraît lui plaire...
E!!e s'arrêta. Un sentiment de surprise se peignait sur les traits de l'Impératrice ; elle ne regardait plus Fly, mais Désirée, et son air était sérieux.
Rassemblant alors toutes ses forces, Désirée continua :
— Si Sa Majesté veut bien me permettre de lui offrir ce chien...
L'Impératrice allait répondre sans doute, pressée, subjuguée par le timbre pénétrant de cette voix, lorsqu'un bruit de pas sur les herbes du parc retentit de nouveau, et les branches agitées d'un massif donnèrent passage au grand-duc héritier qui venait rejoindre sa mère.
Il sourit d'un air gracieux à la comtesse et à Désirée, qui, confuse et rouge comme une cerise, rattachait déjà au collier de Fly son ruban moiré de rose pour l'offrir à l'Impératrice, quand celle-ci, d'un geste aussi prompt que la pensée, s'y opposa.
Un souvenir rapide venait peut-être de traverser alors son esprit ; cette figure de femme elle se rappelait l'avoir entrevue aux spectacles de la cour, ou sur le passage de l'Empereur, elle avait peut-être surpris dans les grands yeux noirs de Désirée (deux yeux sortant de l'enfer) une passion folle, ardente pour l'homme de son choix, l'idole de son cœur et de son peuple !
Adressant un sourire contraint à Désirée, elle s'avança rapidement vers le détour d'une autre allée...
Le soir, Désirée causait avec son amie mademoi-
selle C... qui Favait accompagnée dans ce voyage, de tous les événements qui leur étaient survenus en Russie à toutes deux depuis le jour de leur arrivée,, et elles relisaient ensemble quelques pages du fameux album... La bouilloire chantait sa chanson accoutumée, la lampe éclairait les deux femmes d'une lumière douce et calme. L'insuccès de la matinée avait été raconté par Désirée à son amie, que de chagrines réflexions rendaient silencieuse.
— Il nous était si facile de ne pas aller ici ! dit-elle enfin à Désirée. Cette fête au palais Michel chez la grande-duchesse Hélène devait te suffire. N'y as-tu pas vu Sa Majesté?
— Au milieu de Russes, d'Allemands, de Polonais... belle rencontre ! Encore si ce n'eût été une fête masquée... Et puis d'où ai-je vu le bal? des fenêtres de l'une des lingères de la cour ! J'eusse bien mieux fait d'accepter l'offre de ce jeune capitaine anglais que nous avons rencontré à la promenade des îles...
— Et qui voulait t'emmener en yacht de Pétersbourg à Londres ; c'est ainsi qu'il en est venu..:
— Tiens, ma chère, veux-tu que je te parle une fois à cœur ouvert? Eh bien, tout ici me déconcerte et me fatigue. J'aimerais autant une prison que cette ville de granit. Mon joli mobilier de Paris, mes amis delà-bas, mes emplettes chez Susse ou à la porte Chinoise, mes dîners à la soupe aux choux et au Champagne frappé, avec mes convives préférés, de joyeux garçons ! ah ï je sens qu'ici tout cela me fait défaut. Ici il faut jouer,
jouer toujours, tellement que les cartes vous usent les doigts. Pour un rien je m'en irais !
— C'est cela, partons ! je m'ennuie autant que toi.
— Mais pas de la même manière... Pense donc que j'ai échoué, moi qui comptais réussir !
— A subjuguer un czar ! oh ! la bonne plaisanterie !
— Pourquoi pas ? Parce que je ne joue pas la comédie comme madame telle ou telle ! ayez donc les dents blanches et des lettres pour Paskiewitch !
— Le fait est qu'on t'avait assez recommandée au maréchal ! . . .
— Si je me faisais actrice î II descend sur les planches, il va dans les coulisses, tu le sais. Je ferais toujours une aussi bonne figure que cette minaudière deP
— Une consolation, c'est que Fly nous reste ! Pauvre Fly ! un peu plus, et il allait faire partie de la maison de l'Impératrice ! Si nous restons ici, nous l'emmènerons à la foire de Nijni, tiens, cela nous distraira!
— A propos, sais-tu si Taglioni danse ce soir ?
— Attends, je vais le demander à notre hôtesse.
L'amie de Désirée se leva, elle tenait encore le bouton de la porte quand elle se trouva vis-à-vis d'un homme vêtu dé noir.
— Mademoiselle Désirée R..., demanda le nouveau venu.
— C'est moi, se hâta de répondre celle-ci en s'avan çant.
— Dès lors, veuillez vous asseoir.
Elle le regarda; c'était un personnage sérieux et guindé, boutonné dans sa tunique comme un agent de police. Il venait, disait-il, de la chancellerie secrète et avait ordre de surveiller tous les préparatifs de départ de mademoiselle Désirée R... jusqu'à l'heure où un vapeur anglais chauffant dans une heure devait partir.
— Le motif de cette arrestation doit demeurer inconnu, ajouta l'homme, il est seulement présumable que mademoiselle ne s'en plaindra pas trop, j'ai l'ordre de payer ses dettes.
Les deux femmes restaient muettes de stupeur, l'amie de Désirée avait envie de pleurer.
Désirée insista pour que l'envoyé de la police entrât dans quelques explications nouvelles. Les cachots sousmarins de Kronstadt lui eussent fait, a-t-elle souvent conté depuis, moins d'impression que cette visite sans nom ; elle se trouvait déchue tout à coup du droit commun, mais elle savait aussi qu'en Russie il n'est pas même permis de se plaindre.
En quelques secondes, elle avait fait ses malles, elle descendait l'escalier de son hôtesse, celle-ci vint l'embrasser en pleurant.
— Rassurez-vous, lui dit Désirée, je ne vais pas en Sibérie...
Sous la garde de cet étrange conducteur auquel elle remit l'état de ce qu'elle devait, elle arriva bientôt jusqu'au vapeur chargé de l'emmener cette nuit-là même. L'homme la recommanda au capitaine; tout fut dit.
Arrivée en France, elle eut occasion de s'entretenir souvent avec des Russes de ce départ singulier, n'osant croire encore que son entrevue au parc avec l'Impératrice en fût la cause, et que pour un chien son exil eût été décrété; c'est ce que pourtant lui assura le comte 0..... lequel ajouta que ces exemples n'étaient pas rares.
— Il ne faut pas, ajoutait-il, s'éprendre chez nous d'une Majesté, surtout quand à ce délit se joint celui de parler à l'Impératrice ! Le but qu'on voulait obtenir, a été atteint, trouvez-vous heureuse de n'avoir pas fait dix-huit cents lieues en téléga comme Kotzebue, pour aller de Pétersbourg à Tobolsk !...
Désirée avait fini par rire d'elle-même et de l'aventure.
— J'étais une folle, me dit-elle un jour, mais ils ont payé mes dettes !
— Moyen tout trouvé pour celles qui en feront làbas, répliquai-je.
Il serait trop long de suivre cette existence accidentée... Une fois rendue à Paris, elle y passa par tout le torrent des anciennes folies, puis peu à peu cette existence devint embrouillée, pénible; Désirée, en fille d'esprit, s'y débattit d'abord avec courage comme la salamandre au milieu des flammes; vint l'instant critique et alors elle se résolut à aller dans l'Inde, elle
partit courageusement pour Carracas où l'attendait, disait-elle, une affaire magnifique.
Ses fenêtres restèrent longtemps fermées rue Saint- Lazare ; elle avait fait avant de partir une vente superbe, en porcelaines surtout. Sur la seule annonce de ce miraculeux mobilier livré aux enchères publiques, le ban et l'arrière-ban des Baskirs alors à Paris était venu visiter ces folles richesses. Tout le monde connaît le mot de notre héroïne à une dame de la finance qui passait avec son cavalier l'inspection de ce curieux appartement.
— Qui a donc pu donner tout cela à cette fille ? demandait la visiteuse au dandy qui l'accompagnait. Mais c'est un conte de fées !
— Madame a raison, c'est le conte des Mille et une Nuits! reprit Désirée en soulevant un rideau de damas sous lequel elle écoutait.
J'ai acheté à cette vente, un petit secrétaire en bois de rose. C'était le meuble où Désirée serrait ses papiers à lettres de toute couleur ; elle poudrait ses lettres avec de la poudre d'argent, regrettant sans doute de ne pouvoir, comme Maurice de Saxe, les couvrir de diamant pulvérisé.
La dernière folie que nous lui vîmes faire, ce fut de prendre un bain de pieds au vin de Champagne...
Elle venait d'avoir une discussion avec son marchand de Moët, et pour lui prouver qu'il la trompait, elle s'en lava les pieds.
LOLLA MONTES
Paulà majora canamus.
Que dire de Lolla Montés ? Et surtout que dire qu'on n'en ait imprimé déjà?
Voici ce qu'au théâtre du Palais-Royal deux auteurs lui faisaient chanter dans les Femmes saucialistes i.
J'ai vu bien des pays,
Mais j'aime mieux Paris,
Paris est la cité ,Du plaisir, de la liberté.
Oui, de Lansfeld, vous voyez la comtesse; J'arrive à temps pour secourir vos droits ; J'ai cravaché, lisez plutôt la Presse, Hier encor, deux maris bavarois.
A Berlin, j'ai traité
Des gens de qualité
De drôles, de faquins, Les officiers sont pour moi des pékins. Qu'est-il besoin de porter la moustache, Mes sœurs, pour mettre à l'ordre amants, époux? J'ai jusqu'ici régné par la cravache, Mais à présent je veux régner par vous.
Mon hôtel est brûlé,
Mon palais est pillé,
J'en ris, et viens sans fard
1 Un acte, en société avec M. Tarin, an II de la République.
Polker ici sous l'archet de Musard !
Chaque pays s'eslfait démocratique; Rester comtesse est par trop rococo, Quand nous voyons, ma foi, la République Se faufiler jusques à Monaco.
On me chasse, morbleu !
Mais ils verront beau jeu :
Un jour, tous ces gens-là Regretteront le règne de Lolla!
On pourra bien ternir un peu ma gloire, De vils pamphlets on pourra m'abreuver, On me prendra mes biens, mais mon histoire, Qui pourrait donc, messieurs, me l'enlever?
J'ai vu bien des pays, etc.
Ainsi osait-on faire parler la comtesse de Lansfeld après tous les orages amoncelés récemment autour d'elle alors à Munich. — Lolla ne jouait pas encore la comédie, comme les gazettes de New- York nous l'apprennent, elle n'avait fait que danser !
Bien avant ceci, Lolla voulut, on le sait, publier à Paris même ses Mémoires : cette publication interrompue à son début lui avait laissé un grand fonds de tristesse ; elle espérait renaître de ses cendres avec six ou huit volumes ; la police de France coupa les ailes au phénix, et protégea le roi de Bavière contre d'outrageantes révélations. Les Américains moins scrupuleux ont, dit-on, ouvert les portes d'un théâtre quelconque à ce drame étrange de Lolla Montes en Bavière, drame où le roi Louis doit se voir, nous le croyons, peu ménagé i ceci ne nous surprend pas. Barnum a tout réduit en Amérique à ce mot : exhibition.
LOLLA MONTÉS. 51
C'est égal, les puffistes de New-York ont dû bien rire !
Non que Lolla Montés soit incapable de faire sa comédie, son proverbe ou ses confidences, aussi bien que madame telle ou telle; son esprit est vif, primesautier, il danse sur la corde roide. Elle vous fera monter en ballon, elle ira au tir ou à la Maison d'or avec vous, elle sera créole, Anglaise, Espagnole, selon son caprice : cette femme est un protée. Elle aura du rouge aux joues, de l'encre aux doigts, un poignard à la jarretière, elle s'enivrera de la pourpre de sang qui sort du flanc des taureaux, ou bien elle mettra des rubans à sa houlette. Sirène, elle chante, Manola, elle va vous tuer, écuyère, n'a-t-elle donc pas la cravache? Le plafond de l'apothéose d'Homère par M. Ingres pâlit devant l'apothéose de Lolla !
Nous esquissons ici un peu à la brosse, mais voici quelques traits capables de l'incruster dans l'esprit de nos lecteurs :
Elle avait épousé un Anglais, M. Heald, en secondes noces. Lolla habitait alors, rue Faubourg-Saint-Honoré, un entre-sol; je le vois encore : il était situé vis-à-vis de Valentino.
C'était un réduit assez modeste. L'ameublement ne mérite pas ici l'une de ces descriptions méthodiques qui font d'un écrivain un vrai commissaire-priseur.
Dans le fond du lit, il y avait seulement un cadre retourné...
Pourquoi ce supplice infligé à ce pauvre cadre?
— Bah ! disait Lolla, c'est le portrait de mon époux. Il m'a paru plaisant de le mettre ici en pénitence.
— Pourquoi ?
— De cette façon il ne verra rien de ce que je fais ! Le roi Louis de Bavière aimait les vers français et il
les faisait encore moins bien que Frédéric de Prusse.
— Votre Majesté a tort, lui dit-elle un jour, un sonnet, c'est difficile, et il est si facile de n'en pas faire !
Un simple touriste, son ami à la cour de Munich, devint marquis par sa grâce.
— Je vous présente le marquis de P. . . dit-elle au roi.
— Marquis? demanda Louis de Bavière étonné.
— Sans doute, saluez donc Sa Majesté, mon cher marquis! L'autre se le tint pour dit.
Elle eut un peu des bonheurs et de la disgrâce de la princesse des Ursins, seulement elle ne partit pas sans linge, elle partit comtesse de Lansfeld.
Elle avait pris le roi par ses seules extravagances.
Était-il sombre? elle dansait 5 sérieux? elle imitait devant lui son premier ministre.
Neuville n'était rien près d'elle, elle singeait les gens dans la perfection.
Comédienne par essence, elle joua, elle jouera longtemps la comédie.. . même en amour.
Un tout jeune danseur de l'Opéra, P p... l'avait
ensorcelée par ses ronds de jambe, elle le poursuivait tellement que l'autre s'en lassa.
— Je m'empoisonnerai s'il me trahit !... disait-elle à tout propos.
LOLLA MONTES. 5 3
Une nuit, elle prend un ami avec elle, l'ami lui fait observer sa pâleur et son désordre. Lolla avait Pair d'un cinquième acte de mélodrame.
Dans sa main convulsive, elle serrait un papier soigneusement cacheté !...
— C'est du poison, ajouta-t-elle, vous verrez si je l'aimais !
On fit le siège de la porte du danseur... Le siège fut long, le disciple de Vestris s'y attendait, il avait formé ses barricades.
Quand la porte s'ouvrit, elle n'y tint plus, et courut se jeter dans ses bras...
L'ami ouvrit le papier tombé à terre ; ce poison de Lolla c'était de la cendre de cheminée!