‹ AvenzoarChapitre 15 sur 92 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Celui dont l’Europe savante, au moyen âge, a consacré la réputation en l’aflublant du nom d’Abhomeron Avenzoar s’appelait, en réalité, Abu ^lerwân 'Abdelmalik ibn Abî ’l-Alâ' Zohr. Son nom personnel, 'Abdelmalik*, est généralement passé sous silence : c’est son surnom, Abu ^lerwân, et son nom patronymique, Ibn Zohr, qui, accolés et modifiés par les copistes, servent à le désigner.

On a vu plus haut comment les mots Ibn Zohr s’étaient, par corruption, transformés en Avenzoar. Il convient de rechercher aussi par suite de (juelles métamorphoses les mots Abu Merwân se sont fondus en Abhomeron.

Dans les œuvres des biographes de l’Espagne musulmane, le nom de Merwân, porté par de nombreux personnages, est généralement écrit Merûn, 'Assurément le lecteur averti savait que, dans nombre de vocables, Valif de prolongation est remplacé par un fatha vertical; il continuait donc à lire Merwân. en rétablissant de luimême, dans la prononciation, ce falh'a qui n’était point tracé, pas plus, d’ailleurs, que les autres voyelles. Mais du jour où le mot ainsi orthographié est tombé sous des yeux qui s’étaient rarement tournés vers la grammaire, la prononciation Merûn ou Merôn a paru légitime. Abu

l. Ce nom composé siguide littériileinent n l’adorateur du Hoi », c’està-dire « de Dieu ». Les traducteurs du moyen .âge l’ont rendu par « servus regis », sans s’apercevoir qu’il s’agissait d’un nom propre.

AVENZOAH, SA VIE ET SES m<:UVHES

Merwûn est donc devenu /1 6/4 d/ér//^ ou *46d Merôn. Les deux mots s’étant soudés ont formé, en fin de compte, le composé Abomeron dont on a corsé le caractère étranger en lui ajoutant un h. C'est ainsi qu'on est arrivé à la forme la plus répandue, celle d’Abhomeron, Je ne parlerai pas ici des autres transformations des noms d’Avenzoar : nous les rencontrerons en étudiant ses ouvrages et nous verrons que quelques-unes sont fort curieuses.

Les biographes, tout en nous disant qu’Avenzoar était originaire de Séville, sont restés muets sur la date de sa naissance. Il ne faut pas s’en étonner. L'état civil n’existait pas chez les Arabes : il est d’institution européenne. Sans doute, nous possédons souvent les dates des décès des personnages célèbres; mais c’est à cause même de leur célébrité que l’histoire a pris soin d’enregistrer leur disparition. Au moment de leur naissance, on ne pouvait prévoir l’éclat de leur existence et on n’avait aucune raison pour noter le moment où elle commençait. Il arrive, d’aventure, que l’on connaisse à la fois la date de la mort et l’Age du défunt ; le calcul est alors aisé. Mais c’est là une circonstance assez rare : les musulmans, soit par insouciance, soit parcrainte superstitieuse, ne s’inquiètent guère du nombre de leurs années. Parfois, quand on les interroge à ce sujet, ils répondent d’une manière évasive par le proverbe populaire : « Celui pour qui Dieu a écrit soixante ne meurt pas à quarante! »‘.

Pourtant le problème n’est peut-être pas insoluble et il est permis d'essayer d'y donner une réponse approximative. On verra plus loin qu’Avenzoar mourut en 5.o7 H., laissant un fils, Abû Bakr Mohammed, qui était né en 507 et peut-être même en 504 H. (]omme les musulmans, surtout lorsqu’ils appartiennent à des familles aisées, se

Moh ainmed ben Clieneb, Proverbes arabes de l'Algérie et du Maghreb (Paris, Leroux, 190.5, in-8), t. I, p. 79.

marient généralement de bonne heure, on peut admettre qu’Avenzoar avait une vingtaine d’années lors de la naissance d’Abû Bakr : il serait donc né lui-même vers 487 ou 484 de l'hégire.

Cette supposition concorde avec quelques données certaines. En premier lieu, nous savons par Ibn El-Abbâr' qu’Avenzoar reçut d’abord une culture juridique et religieuse et qu’il étudia, sous la direction d’un savant nommé Abu Mohammed ibn 'Attûb, le Movvalta' de l’imêm Malik, les deux Salnh*, et les Delâ’il de Qâsim®. On ne peut admettre qu’il ait abordé des lectures si ardues avant d’être sorti de l'adolescence. Or cela se passait au mois de ca'bên de l’année 512 H. (1118-1119 G.), toujours selon Ibn El-Abbâr qui, d’ailleurs, n’indique pas si cette date correspond au commencement ou à la lin des études; mais, d’ordinaire, c’est la terminaison, la kàlima, que l’on note. Dans notre hypothèse, Avenzoar aurait eu à cette époque vingt-cinq ans, ce qui est un chiffre admissible.

En second lieu, Ibn El-Abbâr nous apprend, dans le mêmearticle, qu’Avenzoar fut, comme son père Abu ’l-'Alâ’, en correspondance avec le célèbre Ilarîrî, lequel vécut de 446 H. (1054 1055C.)à516 (1122-1123 C ). Il aurait donc eu vingt-neuf ans au moment où ce grand littérateur disparut, et l'on reconnaîtra que, môme en bénéficiant de la renommée de son père, il ne pouvait guère entrer plus jeune en relations littéraires avec un homme d’une si haute valeur.

Enfin il est encore, à cet égard, une considération intéressante. Le biographe Ibn El-Abbâr nous apprend qu’Avenzoar acheva en 515 H. (1121-1122 C.) la composition

1. Kilàh et-tekmilà, op. laud , t. II, p. 616, n® 1717. Ibn El-Abbâr appelle noire auteur 'Abdelinalik ibn Zohr ibn 'Abdelinalik.

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