QÔCjLâj
3. Ibn Abî Osaybi'à, 'Oyûn el-anhâ’, op. laud., t. II, p. GG.
Un jour cju’il renouvelait ses instances, Avenzoar s’arrêta auprès de lui et regarda ; il remarqua, près de la tête du malade, une vieille aiguière à laquelle celui-ci avait coutume de boire, « Cassez-moi cette aiguière, lui dit-il, car c est la cause de votre maladie ! » — « Seigneur, répondit 1 homme, je vous en prie] Je n’en ai pas d’autre ! » Avenzoar ordonna à l’un de ses serviteurs de briser l’aiffiiière
et l’on en vit sortir une grenouille qui était devenue adulte tellement son séjour dans ce vase avait été prolongé. « Vous voilà tiré d’affaire, dit-il au malade ! Voyez ce que vous buviez ! » Et bientôt après, le malheureux était revenu à la santé
Empruntons encore à Ibn Abî Üsaybi'à la citation de deux pronostics bien faits pour mettre en lumière la perspicacité de ceux qui lés posèrent. Au temps d’Avenzoar, vivait à Séville un médecin éminent, auteur, parait-il, d’un excellent ouvrage en deux volumes sur les médicaments simples ; il était connu sous le sobriquet d'El-fàr (Le rat). Les deux savants entretenaient des relations suivies. Comme Avenzoar mangeait souvent des figues, pour lesquelles il avait un goût très prononcé, El-lâr qui n’en consommait guère plus d’une par an lui disait ; « L’usage fréquent que vous faites des figues ne manquera pas de vous occasionner quelque grave narlà » ’. Et Avenzoar de
1. Ibn Abî Osaybi'à, 'Oyûn el-anbd, op. laud., t. II, p. fi7. Cette anecdote, si elle est controuvée, est du moins vraisemblable. Il s’agissait, sans doute, d’une de ces aiguières à long col et à étroit orifice qui font partie du mobilier des Orientaux. L’animal y avait probablement été introduit à l’état de têtard, avec l’eau de boisson. Puis, sa transformation une fois accomplie, il était resté emprisonné dans l’aiguière dont l'ouverture ne pouvait plus lui donner passage; de sorte que le liquide dont on emplissait le vase était constamment souille par les toxines variées que produit la vie organique. 11 faut voir dans cette aventure la preuve qu’Àvenzoar ne dédaignait pas la recherche des menus détails qui sont parfois singulièrement significatifs.
2, Ibn Abî Osaybi'à observe, en relatant cette anecdote, que le mot
narlà désigne, dans le dialecte de Séville, ce qu’on appelle
généralement dubeylà Ibn Kallikân [Wefayât el-a'yân, n® 683)
répondre ; « Sans aucun doute, à force d’interdire ce fruit et de vous en priv'er vous-même, vous finirez par être atteint de çenûj ». L'événement vérifia ces prédictions : chacun des deux médecins mourut de la maladie que son confrère lui avait annoncée.
S’agit-il là d’une simple coïncidence, ou bien est-on autorisé à voir dans ce double trépas la réalisation de pronostics dont l’exactitude attesterait le talent de leurs auteurs? Pour se faire une opinion sur ce point, il est essentiel de rechercher, tout d’abord, la valeur des mots « narlà » et « çenâj » employés par chacun des deux savants.
Au dire des lexicographes, on appelle narlà une plaie ulcérée et envenimée. Ce n’est pas là une indication suffisante, et l'on constate ici, une fois de plus, l’indigence des dictionnaires arabes en ce qui concerne la technologie médicale. On pourrait songer à y remédier, sur ce point précis, en mettant à prolit la remarque d’Ibn Abî Osaybi'à (|ui prétend que, dans le dialecte de Séville, le mot narlà désignait l’allection appelée en général Malheureusement l’opinion d’Ibn Abî Osaybi'à est manifestement erronée. Il suffit de feuilleter le Teysir pour être convaincu que les médecins arabes d’Espagne ne confondaient pas ces deux termes. En elfet, la dubeylà fait l’objet du chapitre iii, traité XV, livre 1, tandis que la narlà est étudiée au chapitre xxxv, traité VU, livre II. Les descriptions de ces deux maladies sont loin de se ressembler ; alors que la première concerne manifestement une affection profonde, la seconde s’applique à une affection cutanée, présentée comme une maladie du vieillard et capable d’amener une infection générale de l’organisme.
Au surplus, le mot dubeylà est expliqué par Dozy* qui,
cl Ibu EI-Abbàr (Kitâh et-tekmilà, uo 1717) attribuent la môme cause à la mort d’Abù T-'Alà’ et ne disent pas qu’Avenzoar fut atteint de narlà.