Supplément aux dictionnaires arabes (Leyde, 1881, in-'i
AVENZOAH, SA VfR ET SES OEUVRES
s’appuyant sur l’autorilé cl’Ibn El-Haccà’', lui donne le sens d’ « ulcère dont le pus est ichoreux, en quelque endroit du corps qu’il se trouve ». Or le tableau clinique qu’Avenzoar trace de la dubeylà représente bien le processus de l’ulcère de l’estomac et justifie l’interprétation du terme qui nous occupe telle qu’elle se présente dans le Glossaire du Mansùrî.
La narlà, d’après le Teysir, est de tout autre nature : on est autorisé à la considérer comme une verrue sénile à dégénérescence maligne*. C’est donc un épilhélioma consécutif à une verrue de ce genre qui emporta Avenzoar : son père, on le sait, avait déjà succombé à la même affection.
Quant au mot cenâj, il désigne l’attaque convulsive, tandis que le dérivé tecenuuj s’applique à l’atténuation de cet accident, par exemple à une contraction musculaire sans gravité, telle qu’une crampe ou un torticolis'.
En sa qualité de médecin et d’ami, El-fâr pouvait fort bien avoir appris l’existence, chez Avenzoar, d'une verrue sénile capable de dégénérer en tumeur de mauvaise nature. 11 n’ignorait pas quelle hérédité menaçante pesait, à cet égard, sur son confrère. Il savait, d’autre part, que si, aux yeux de Galien, les figues possèdent des qualités nutritives, rafraîchissantes et dépuratives de premier ordre, elles peuvent apporter un certain trouble dans les fonctions digestives*. Il est donc permis d’admettre qu’en
1. Ibn El-Haccà’, Glossaire sur le Mansûri de Ilazès, ms. de Leyde, n" 331.
2. Sur celle maladie, voir nolammenl : D' Jacobi, Allas des maladies de la peau, Iraduil par le D*" Uubois-llaveuilh (Paris, Oclave Doin, 1904, in-4), pp. 109-111.
3. Les infmilifs de la cinquième forme indiquent fréquemment la tendance à l’acte plutôt que l’acte lui-même. Quant au sens de « contraction des nerfs » donné par les lexiques, il est à peine besoin d’en souligner l’inexactitude : les nerfs ne se contractent pas, ils provoquent seulement la coulraction des muscles.
combinant ces données, il fut conduit à prévoir les conséquences prochaines d’un mal dont les dangers n’apparaissaient pas à l’entourage d’Avenzoar.
De son côté, celui-ci avait, sans doute, remarqué chez El-fâr quelque manifestation d’un tempérament sec, pour parler le langage des anciens, quelque tendance à l’urémie par exemple. L’alimentation végétarienne, l’usage des figues qui sont « chaudes et humides », eussent été de nature à conjurer les accidents possibles. En s’en abstenant, El-fàr s’exposait aux suites fatales de sa diathèse, et c'est contre ce péril qu’Abù Merwân le mettait en garde.
Ainsi considérées, ces prédictions apparaissent non comme des boutades vérifiées seulement par le hasard des faits, mais comme des pronostics sérieux, capables de révéler le talent de leurs auteurs et d’accroître leur réputation aux yeux de la postérité.
Le grand public n’était pas seul, d’ailleurs, à vanter les mérites d’Avenzoar : les hommes de science faisaient aussi de lui le plus vif éloge. Au premier rang de ses admirateurs se place Averroès, le célèbre philosophe qui fut si versé dans les sciences médicales. Dans le chapitre XXXI de son Kilâb el-kulliyâl\ il déclare qu’il considère comme le plus grand médecin depuis Galien, Avenzoar, l’auteur du Teystr.
Avant de produire cet important ouvrage, fruit de son âge mùr, notre auteur avait entrepris plusieurs voyages. Ibn Abî Osaybi'à l’indique en passant, car il dit, à propos du Kitâb ez-zinà^, que ce livre était un memento concernant les purgatifs et la façon de les prendre, qu’il écrivit pour son fils Abû Balcr, dans sa jeunesse, au cours du pre-
1. /. e, « Livre des généralilés ». I.e mol kulliyât est devenu « Colliget » dans les traductions du moyen âge.
2. /. e. « Livre de l’embellissement ». On sait que l’usage des miuoratifs a pour résultat de maintenir la fraîcheur du teint.
AVENZOAH, SA VIE ET SES (KUVHES
iiiier voyage qu’il entreprit et pendant lequel il fut l’assistant de son père. Il ne semble pas qu’il ait visité l’Orient à rexeni|)le de ses ancêtres. Par contre, il est certain qu’il se rendit dans l’Afrique mineure où son père était déjà allé donner ses soins au prince almoravide Yûsuf ibn Tàcefîn. Ibn El-Abbâr rapporte, en effet, qu’avant de composer le Teyslr, il avait écrit un autre ouvrage pour l’émîr Ibrâhîm ibn Yûsuf ibn Tàcefin» sous le titre de Kitâb eli(/lisâd fl islah el-enfous wa l-ejsâd'^. La rédaction en fut achevée en l’an 515 H. (1121-1122 G.). Ibn El-Abbàr aflirme avoir lu ce renseignement écrit de la main d’Abù ’l-Ilakam ibn Ralendû* qui fut l’élève et l’assistant d’Avenzoar et qui étudia ce Traité sous sa direction à la fin du mois de çafar de l’année 535 H. (1140-1141 G.) dans la prison de Maroc*.
Gelte ville était alors au pouvoir du sultan almoravide 'AIî ibn Yûsuf ibn Tâcefin*, frère d’Ibrâhîm. G’est lui qu’Avenzoar cite souvent dans le Teyslr en accompagnant son nom d’épithètes peu Ilatteuses, en l’appelant, par exemple, « le misérable 'Alî »*. Ailleurs, dans le Kiltib cl-ardiyà, à propos des propriétés thérapeutiques de la chair des couleuvres et des vipères, il parle de l'emploi
1. Sur ce prince, cf. Al-üayuuo ’l-Moghrih, d Ibn 'Adari, Irad. L. Faguaii (Alger, Fontana, l'JOl, in-8), t. I, p. 460. — Ct. et. Ibn l£l-Abbàr, Kl-mo'jeni, édile par Codera sous le titre A' Al-Mocham (Madrid, Joseph de Kojas, 1886, in 8), où il est dit (p. 55, n® -lO) qu’lbraliîoi était le frère d’Abû ’l-Ilasau 'Alî ibn Yûsuf ibu Tàcelîn, qui le iioumia gouverneur de Murcie, puis de Séville, poste qu’il occupait eu 515 II.
2. I. e. « Livre de l'iqlisâd, concernant la confortation des esprits et des corps ».
3. Cf. Ibn Abî Osaybi'à ('Ojkw el anhâ', op. laud., t. 11, p. 78) qui
écrit ce nom tandis qu'lbn El- Abbé r l’orthographie Le
U' Lucien Leclerc a mal lu ce mot et a transcrit Alendou (Ilist. de la médecine arabe, op laud., t. II, p. 96). — Abu ’l-Hakam était compa- Iriole d’Avenzoar; il fut médecin du kalife l•il•.^L^nsùr.