Hîst. Jud.f 1, IX, cap. x
le prétend Léon l'Africain , et comme on l'a répété après lui , puisqu'il n'avait que trois ans quand ce philosophe mourut, en 1138.
Ce n'est donc qu'indirectement , par l'impulsion nouvelle qu'il donna aux études juives , que Maimonide fonda chez ses coreligionnaires l'autorité d'Ibn-Roschd. Maimonide et Ibn-Roschd puisèrent à la même source, et , en acceptant chacun de leur coté la tradition du pé~ ripatétisme arabe , arrivèrent à une philosophie presque identique \ Il n'est donc pas étonnant que Brucker et les autres historiens de la philosophie , frappés de ces ressemblances et forts de l'autorité de Léon , aient placé Maimonide parmi les disciples d'Averroès. C'est surtout dans sa polémique contre les Motecallemîn qu'apparaissent les sympathies du docteur juif pour les philosophes arabes. L'hypothèse des atomes , la négation des lois naturelles et de la causalité sont énergiquement combattues dans ses écrits. S'il ne soutient pas , comme quelques péripatéticiens juifs, que la matière est éternelle , et que Moïse n'a entendu décrire au premier livre de la Genèse que l'arrangement des choses , il ne croit pas non plus que l'éternité du monde soit une bien grave hérésie. Sa doctrine sur la hiérarchie des sphères et l'action divine qui les rattache l'une à l'autre , est identiquement celle des philosophes. Comme eux aussi, il rejette toute assimilation de Dieu aux créatures : on peut dire de Dieu ce qu'il n'est pas , mais on ne peut dire ce qu'il est. Il n'ose même attribuer à Dieu l'existence et l'unité, de peur que ces attributs ne soient considérés
1. Sur la doctrine de Maimonide, voy. l'excellent article de M. Franck, dans le Dict. des se. phll., t. IV. M. Franck cependant n'a-t-il pas été porté à voir plutôt dans Maimonide le dogmatiste juif que le philosophe arabe ?
comme distincts de la substance divine, et surtout de peur d'admettre quelque chose qui ressemble aux hypostases chrétiennes. C'est la pure doctrine des Moattils. Sa théorie de l'intellect se distingue à peine de celle d'Ibn-Roschd. Au-dessus de l'intellect matériel dépendant des sens, est l'intellect acquis, formé par l'émanation de l'intellect universel , en acte perpétuel , qui est Dieu lui-même. Maimonide semble pourtant individualiser l'intelligence plus que ne le fait le Commentateur, et, en attribuant à l'âme une substantialité distincte, poser la condition de son immortalité. La résurrection l'embarrasse ; il cherche à l'expliquer sans arriver à rien de satisfaisant. Il faut même reconnaître que ses objections vont parfois jusqu'à attaquer l'immortalité. La perfection de l'homme consiste à cultiver et à élever sa nature parla science. La science est le vrai culte que l'on doit à Dieu; par la science, la vision béatiflque peut commencer ici-bas ; mais la science n'est pas accessible à tous; Dieu y a suppléé, pour les simples, par le prophétisme.Le prophétisme est un état naturel plus parfait, où arrivent quelques hommes privilégiés , plus richement doués par la nature. La révélation prophétique ne diffère pas, quant à la manière, de l'infusion de l'intellect actif ou de la révélation permanente de la raison.
Pour qu'une telle doctrine pût s'appeler Averroïsme, il n'y manquait que le nom d'Averroès. Sous la haute recommandation de Maimonide, ce nom devint presque instantanément chez les juifs la première autorité philosophique. Une curieuse lettre de Joseph ben-Juda, disciple de Maimonide , adressée à son maître , nous révèle
d'un mot l'importance que le Commentateur, peut-être déjà de son vivant, avait acquise chez les juifs. « Hier, ta fille bien-aimée , Pléiade , la belle , la charmante , a trouvé grâce devant moi. La jeune fille m'a plu, et je me suis fiancé sincèrement avec elle , selon la loi donnée sur le Sinaï. Je l'ai épousée par ces trois choses : en lui donnant pour dot l'argent de l'amitié ; en lui écrivant un contrat d'amour, car je l'aimais; et en l'étreignant , comme le jeune homme étreint la vierge. Et après l'avoir acquise de toutes ces manières , je l'invitai au lit nuptial de l'amour ; je n'employai ni la persuasion ni la violence, mais elle me donna son amour, parce que je lui avais donné le mien , et que j'avais attaché mon âme à la sienne. Tout cela s'est passé devant deux témoins bien connus, les amis Ben-Obeid- Allah (Maimonide) et Ben-Roschd. Mais elle était encore dans le lit nuptial, sous mon pouvoir , que déjà elle me devint infidèle et se
tourna vers d'autres amants1 »
Cette fiancée, c'est la philosophie, que Joseph ben- Juda avait reçue en mariage de son maître , et dont il ne retirait pas, à ce qu'il paraît, toute la satisfaction désirable. Nous devons au goût de Joseph ben-Juda pour les allégories une explication non moins curieuse de la lutte de Jacob avec l'ange. C'est X âme intellectuelle de Jacob qui lutte et fait effort pour arriver au degré de Vintellect actif, représenté par l'ange ; mais elle n'y peut atteindre, tant qu'elle est enchaînée par les liens du corps , et la lutte dure jusqu'au lever de V aurore, c'està-dire jusqu'à ce que l'âme, délivrée des ténèbres de la matière, soit arrivée à la lumière éternelle2. Un intéressant récit, qui nous a été conservé par Djemâl-ed-