‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 99 sur 235 · Cf. du Cange, Gloss. med. et inf. lat., prœf., gxxxi · texte numérisé non relu

Cf. du Cange, Gloss. med. et inf. lat., prœf., gxxxi

3. Middeldorpf, De instituais literariis in Hisp, quœ Arabes auctores habuerunty p. 54,

losophie vint directement de l'impulsion donnée aux études d'Orient par Saadia. Hasdaï ben-Schaphrout, médecin de Hakem II, employa le crédit dont il jouissait auprès de ce calife à faire fleurir chez ses coreligionnaires les études rationnelles inaugurées par l'école de Sora1. Ibn- Gabirol (Avicébron) est antérieur d'une génération à Ibn-Badja, le premier philosophe arabe-espagnol dont le nom ait acquis une véritable célébrité. Ihn-Gabirol, il est vrai , ne fut chez ses coreligionnaires qu'une apparition presque isolée2. Par sa hardiesse il mécontenta les théologiens, et par les concessions qu'il fit à l'orthodoxie sur le dogme de la création, il se trouva dépassé par les péripatéticiens averroïstes , successeurs de Maimonide. De là l'oubli où était tombé le texte hébreu de la Source de Vie, tandis que cet ouvrage jouissait en latin d'une si grande autorité. Néanmoins , dès la seconde moitié du xie siècle, l'aristotélisme est fort accrédité chez les juifs, et la doctrine opposée des Motecallemîn arabes universellement rejetée. La théologie prit l'alarme et tenta une réaction , représentée surtout par le célèbre livre Khozari ou Cosri de Juda Hallévi. Une grande perturbation entra dans les consciences ; toutes les méthodes possibles furent essayées pour concilier le dogme judaïque avec la raison. Alors apparut le second Moïse, celui qui , résumant par son génie les efforts antérieurs , mérite d'être considéré comme le fondateur du judaïsme philosophique.

1. Munck, Dict. des se, phîl. , art. Juifs, p. 358. — Philoxène Luzzatto, Notice sur Hasdaï ben Scliaplirout (Paris, 1852).

2. Un philosophe juif du xne siècle, dont on a donné récemment la monographie, R. Abraham ben-David Hallévi, fait pourtant un grand usage de la Source de vie. Cf. Die Religions -Philosophie des R. Abraham ben David ka-Levi, von Joseph Gugenheimer (Angsburg, 1850).

S'il fallait en .croire Lëon l'Africain1, Moïse Maimonide aurait été le disciple et même l'hôte d'Averroès jusqu'au moment de la disgrâce de ce dernier. Moïse , alors , de peur de se voir dans l'alternative ou de livrer son maître ou de lui refuser l'hospitalité , se serait enfui en Egypte. M. Munck2 a démontré tout ce qu'il y a d'impossible dans ce récit. Lorsque Ibn-Roschd fut proscrit , il y avait plus de trente ans que Maimonide avait quitté l'Espagne pour échapper à la persécution des Almohades. Maimonide dit bien dans le More Nebouhim. (II, 9) qu'il fut élève d'un élève d'Ibn-Bâdja ; mais nulle part dans cet ouvrage il ne parle d'Ibn-Roschd. Bien plus , nous avons la date précise à laquelle il commença à connaître les écrits du Commentateur, et cette date nous reporte aux dernières années de sa vie. Dans une lettre adressée du Caire , en l'année 1 1 90-1 1 91 , à son disciple chéri Joseph ben-Juda, il s'exprime ainsi : « J'ai reçu dans ces derniers temps tout ce qu'Ibn-Roschd a composé sur les ouvrages d'Aristote, excepté le livre du Sens et du Sensible, et j'ai vu qu'il a rencontré le vrai avec une grande justesse ; mais, jusqu'à présent, je n'ai pas trouvé de loisir pour étudier ses écrits3. » C'est donc bien à tort que Basnage4 prétend que Maimonide apprit d'Averroès l'indifférence en religion. Maimonide n'a pu davantage être l'élève d'Ibn-Bâdja , comme

i . Apud Fabr., Bibl. gr'u, t. XIII, p. 296.

2. Dans sa notice sur Joseph ben-Juda, disciple de Maimonide. Journal asiatique (juillet 1842), p. 31, 32.

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