‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 11 sur 235 · Suppl. ar., n° 682, f · texte numérisé non relu

Suppl. ar., n° 682, f

cette fable, consacrée par le Coran, ce qui donna occasion à ses ennemis de le présenter comme un incrédule et un infidèle.

Quoi qu'il en soit de ces récits, on ne peut douter que la philosophie n'ait été la véritable cause de la disgrâce d'Ibn-Pvoschd. Elle lui avait fait de puissants ennemis, qui rendirent son orthodoxie suspecte à Almansour1. Tous les hommes instruits , dont la fortune excitait l'envie, étaient en butte aux mêmes accusations. Abd-el-Wahid raconte que les ennemis d'Ibn-Roschd se procurèrent le manuscrit autographe d'un de ses commentaires, et qu'ils déférèrent à Almansour les citations de philosophes anciens qui s'y trouvaient. Almansour, ayant convoqué les principaux personnages de Cordoue, fit comparaître devant eux: Ibn-Roschd, et, après avoir anathématisé ses doctrines, le condamna à l'exil. L'émir fit expédier en même temps des édits dans les provinces pour interdire ces études dangereuses et ordonner de brûler tous les livres qui s'y rapportaient. On ne fit d'exception que pour la médecine, l'arithmétique et l'astronomie élémentaire, autant qu'il en faut savoir pour calculer les durées du jour et de la nuit, et pour déterminer la direction de la kibla-, El-Ansâri nous a conservé le texte entier de ce curieux document3. L'émir y déclare que Dieu a créé d'avance pour le feu de l'enfer les impies qui osent dire que la raison seule peut nous donner la vérité.

Ce fut, on le voit, une intrigue de cour : le parti reli-

1. On peut voir plusieurs témoignages rassemblés par El-Ansâri, 1. c, et le récit analogue de deux historiens contemporains, dans Gayangos, t. Ier, p. 198, et t. II, append., p. lxvi.

2. Édit. Do/.y, p. ~2'2l-±2o. — De Hiunmer , Journal asiat. , février 1848, p. 19G, et Literatur»cschichtc der Avaber, I Abth., I Band, p. civ, suiv.

3 Ms. suppl. ar., n" 683, f. 7 v°-8.

gieux réussit à chasser le parti philosophique, Ibn-Roschd, en effet, ne fut pas persécuté seul; on nomme plusieurs personnages considérables , savants, médecins, faquins, kadhis, poètes, qui partagèrent sa disgrâce. « La cause du déplaisir d'Almansour, dit Ibn-Àbi-Oceihia, était qu'on les avait accusés de donner leurs heures de loisir à la culture de la philosophie et à l'étude des anciens1. » El-Ansâri rapporte les pièces de vers qui furent faites à cette occasion; Ibn-Roschd y figure toujours en première ligne 2.

Cette disgrâce ne fut pas de longue durée : il est probable qu'une nouvelle révolution fit rentrer les philosophes en faveur. Almansour, de retour à Maroc , leva tous les édits qu'il avait portés contre la philosophie, s'y appliqua de nouveau avec ardeur, et, sur les instances de personnages savants et considérables, rappela Ibn-Roschd et ses compagnons d'infortune. Abu-Djafar el-Dhahebi , l'un d'eux , reçut la charge de veiller sur les écrits des médecins et des philosophes de la cour.

Le récit de la disgrâce d'Ibn-Roschd est accompagné dans Léon l'Africain 3 de détails puérils sur les ruses que ses ennemis employèrent pour démasquer son hérésie, et sur les circonstances humiliantes de sa rétractation et de son exil. Ces récits ne paraissent pas assez sérieux pour être rapportés ici. Toutefois, en y faisant la part de l'imagination , on ne peut nier que plusieurs des traits rapportés par Léon l'Africain ne se retrouvent dans El-Ansâri. Ibn-Roschd, assure ce

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