Jourdain, Rexh. sur les trad. lat, cfArist., p
2. Les noms propres surtout, dépourvus en arabe de points diacritiques ou mal ponctués , devenaient entièrement méconnaissables. Ainsi Thaïes devient Belus ; Hipparque, Abraxis; cppevïriç devient carabitus* Joracli, Semerion, Adelinus, Albrutalus, Loxus , auteurs cités à chaque page par Albert le Grand, doivent le jour au même procédé.
qu'au xme siècle. Au xrve, Avicenne et surtout Averroès tiennent lieu de tous les autres ; au xve enfin, Averroès reste le seul interprète de la philosophie arabe.
Su.
Le premier introducteur <T Averroès chez les Latins paraît avoir été Michel Scot1. Ce fut un événement dans la fortune d'Aristote , au dire de Roger Bacon , que le moment où Michel Scot apparut, en 4 230, avec de nouveaux ouvrages d'Aristote et de savants commentaires, cum expositoribus sapientïbus^ , Quels sont ces commentaires restés jusque-là inconnus aux Latins ? Les manuscrits nous l'apprennent. Michel Scot y est expressément désigné comme traducteur de deux ouvrages d'Averroès : 1° du commentaire sur le De Cœlo etMundo*\ 2° du commentaire sur le Traité de l'âme4. La première de ces traductions est dédiée à Etienne de Provins5, en ces
1. Parmi les ouvrages que s'attribue le prétendu chroniqueur espagnol Julianus Pétri, se trouvent quelques traductions d'Averroès (Antonio, Bibl. kisp. vêtus, t. II, p. 42, édit. Bayer). Le faussaire a été bien maladroit, car Averroès était à peine né à l'époque où l'on fait fleurir le pseudo-Julien.
2. Tempore Micbaelis Scoti qui annis 1230 transactis apparuit, deferens librorum Aristotelis partes aliquas de naturalibus et matbematicis, cum expositoribus sapientibus, magnificata est Aristotelis philosophia apud Latinos. (Opus Majus, p. 36-37.)
3. Sorbonne, 924, 950 ; Saint-Victor, 171 ; Navarre, 75; Bibl. Saint- Marc à Venise, cl. vi, cod. 52.
4. Sorb. 932, 943; Saint-Victor, 17! ; ancien fonds. 6504. — On lit dans le manuscrit de Saiut-Victor : Incipit commentarius libri de ani- « ma Aristotelis pbilosopbi, quem commentatus est Averroès in greco (!), « et Michael Scotus transtulit in latinum. »
5. M. Félix Bourquelot, à qui je communiquai le texte de cette dédicace, a retrouvé la trace de cet Etienne de Provins dans un doyen de Notre-Dame du Val, de Provins, qui figure dans plusieurs cbartes de 1211 a 1221, et est appelé dans un acte de Thibaut, comte de Champagne, dileetaê clericus meus Stephanus 4e Provino (Proviniana, dans la
termes : « Tibi, Stéphane de Provino, hoc opus, quod ego « Michael Scotus dedi latinitati, ex dictis Aristotelis spe- « cialiter commendo, et si aliquid Aristoteles incomple- « tum dimisit de constitutione mundana in hoc libro, « recipies ejus supplementum ex libro Alpetrangii, quem « similiter dedi latinitati >; et es in eo exercitatus. » — Ces deux commentaires sont les seuls qui portent dans les manuscrits le nom de Michel Scot. Mais comme presque toujours on trouve à leur suite et dans un ordre donné les commentaires sur la Génération et la Corruption, sur les Météores, les paraphrases des Parva Naturalia1 et le De Substantiel Orbis, on est autorisé à attribuer également la traduction de ces ouvrages à Michel Scot. Dans les manuscrits 943 de Sorbonne et 75 de Navarre, aux traductions précitées se trouvent joints les commentaires sur la Physique et la Métaphysique. La traduction de ces ouvrages appartient-elle également à Michel Scot ? On serait porté à le croire, puisque dans un fragment de Michel découvert par M. Hauréau , et dont nous parlerons bientôt, la doctrine de la Physique et de la Métaphysique est très-nettement exposée. M. Jourdain toutefois n'eût point dû faire intervenir comme des autorités, dans l'énumération des traductions de Michel Scot, les catalogues donnés par Baie et Pits2. Il est évident que ces
Feuille de Provins, 7 février 1852). Peut-être faut-il identifier ce personnage avec Etienne de Reims {.Mut. litt. delà Fr., t. XVII, p. 232), qui paraît être né à Provins.
1. Dans le n° 171 de Saint- Victor, la traduction de la paraphrase des Parva Naturalia est attribuée à un certain Gerardus. Ce ne peut être Gérard de Crémone, mort en 1187. Cette indication étant isolée, doit, ce semble, être tenue pour fautive.
2. Baie, Script, ill. Maj. Brit. (Bâle, 1557), p. 351 .—Pits, De rébus angl. p. 374.— Cf. Niceron, Mémoires, t. XV, p. 95 et suiv. — Fabricius, BibL med. et inf. latin., t. V, p. 233.
deux auteurs ne fondent leurs assertions que sur le dépouillement d'un manuscrit semblable aux nos924 et 950 deSorbonne1, et qu'ils n'ont eu d'autres raisons pour attribuer à Michel Scot les traductions des commentaires sur le traité de la Génération et de la Corruption, les Par va Naturalia, les Météores et du livre De Substantia Orbis que celles que nous avons nous-mêmes. Leur autorité ne correspond par conséquent à aucun témoignage nouveau, et tout se réduit à une conjecture tirée de la composition des manuscrits. Mais comme cette composition s'observait fidèlement, au moyen âge, durant plusieurs générations de copistes, on est autorisé à regarder les manuscrits où se trouve la dédicace à Etienne de Provins comme nous représentant l'édition même donnée par Michel Scot et ces textes nouveaux qu'il introduisit, au dire de Roger Bacon, dans la philosophie scolastique vers l'an 1230.
Cette date indique sans doute le moment où les travaux de Michel arrivèrent à la connaissance du moine anglais. Il paraît certain du moins que Guillaume d'Auvergne et Alexandre de Halès ont connu, avant ce temps, les ouvrages du commentateur. Une seule traduction de Michel Scot , celle d'Alpetrangi , porte une date , et cette date est l'an 1217. Les traductions d'Averroès durent être exécutées vers la même époque, car Michel Scot ne semble être resté à Tolède que peu d'années. Peut-être aussi l'ensemble de ces traductions composaitil l'envoi philosophique que Frédéric II adressa aux universités d'Italie , avec la célèbre circulaire qu'on lit dans le recueil de Pierre des Vignes. « Compilationes varia?
1 . Et ce dépouillement ils Pont fait avec beaucoup de négligence. Ainsi au lieu de commentum Averrois, ils ont lu contra Averrocm, leçon absurde, qui a fait croire à Bruckcr (III, 796) qu'il s'agissait d'une réfutation d'Averroès ; au lieu de de Provino, ils ont lu depromoy etc.
» quae ab Àristotele aliisque philosophis sub graecis ara-
» bicisque vocabulis antiquitus editse nostris aliquando
» sensibus occurrerunt. »
Ce fut à Tolède que Michel Scot acheva les traductions qui lui donnèrent tant d'importance à son retour d'Espagne, et le firent si gracieusement accueillir à la cour des Hohenstaufen. Il eut pour auxiliaire en ce travail un juif nommé André1. Roger Bacon, dans un moment de sévérité, l'accuse de plagiat et lui reproche d'avoir ignoré les langues et les sciences dont il est question dans ses écrits. Il est sûr que les Latins qui entreprenaient le voyage de Tolède ne se faisaient aucun scrupule de s'approprier le travail de leur secrétaire, et qu'au moyen âge , comme de nos jours , le nom du traducteur était souvent une fiction.
Michel Scot a, du reste, d'autres titres pour être appelé le fondateur de l'Averroïsme , depuis que M. Hauréau2 a découvert , dans le n° 841 de Sorbonne , des extraits qui paraissent appartenir à l'un de ses ouvrages les plus importants , lequel n'était connu jusqu'ici que par le sévère jugement qu'en porte Albert : « Fœda dicta in- » veniuntur in libro illo qui dicitur Quxstiones Nicolai » Peripatetici. Consuevi dicere quod Nicolaus non fecit » librum illum , sed Michael Scotus qui in rei veritate » nescivit naturas, nec bene intellexit libros Aristotelis3. » Or, le fragment exhumé par M. Hauréau sous ce titre : Hsec sunt extrada de libro Nicolai Peripatetici , offre la plus frappante analogie avec une digression du commentaire sur le XIIe livre de la Métaphysique, di-
1. Probablement un juif converti, car André n'est pas un nom de juif judaïsant. — Cf. Op. Tert. apud Jebbi prsef., p. S.