‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 118 sur 235 · Journal des savants, 1848, p · texte numérisé non relu

Journal des savants, 1848, p

2. Sorb. 1779, 1782. — Bibl. Chigi, à Rome. Imprimé à Venise, 1481. Le moyen âge n'a connu la Poétique que par cette paraphrase.

3. Assumpsi ergo editionem Averod determinativam dicti operis Arisîotelis,, secundum quod ipse aliquid intelligibile elicere potuit ab ipso.

moyen d'Averroès. La bibliothèque Laurentienne possède un manuscrit de cette traduction , et on peut la lire dans toutes les éditions imprimées des œuvres du commentateur. Dans une note finale 9 Hermann nous apprend qu'il termina ce travail dans la chapelle de la sainte Trinité de Tolède, le troisième jeudi de juin, 42401. On peut avoir des scrupules sur l'exactitude de cette date. On se rappelle, en effet, que la version de la Poétique est de 1 256 ; Hermann serait donc resté seize ans à Tolède pour ne faire que deux ou trois traductions , ce qui paraît difficile à admettre.

La Bibliothèque nationale possède, sous les nos 1 771 de Sorbonne, et 61 0 de Saint-Germain, un court abrégé des dix livres des Ethiques eu tête duquel on lit : Incipitsumma quorumdam Alexandrinorum, quam excerpserunt ex libro Aristotelis nominato Nicomachia , quam plures hominum Ethicam nominaverunt. Et transtulit eam ex arabico in latinum Hermannus Alemannus . Cet abrégé est tout à fait distinct du commentaire moyen d'Averroès. Peut-être nous représente-t-il X Abrégé d'Averroès qui n'est point arrivé jusqu'à nous. Bandini et M. Jourdain sont tombés , à propos de ces traductions de Hermann, dans quelques erreurs. Bandini, ne s'apercevant pas que le texte du manuscrit de Florence était celui du commentaire moyen d'Averroès, publia, comme inédit et sous le nom de Hermann, l'épilogue qu'Averroès a mis à la suite de ce commentaire. M. Jourdain reproduisit cet épilogue et l'erreur de Bandini. Dans la seconde édition de son livre , l'épilogue a été restitué à Averroès ;

1. Bandini, Calai, codd. Lat. B'M. Laur., t. III, p. 178. — Les éditions imprimées, celle de 1560 par exemple, portent mcclx, au lieu de mccxl. C'est évidemment une faute , puisque la version des Ethiques est antérieure à celle do la Poétique.

mais ? quelque bizarre qu'il dût paraître au nouvel éditeur de voir ainsi un épilogue d'Averroès séparé du reste de son commentaire ? il ne sembla pas s'apercevoir que le texte qui se terminait par cet épilogue était le commentaire d'Averroès, souvent publié. Ce dont on a droit d'être plus surpris dans un ou» vrage généralement consciencieux, ce sont les erreurs de !J1. Jourdain , en ce qui concerne les manuscrits de la Bibliothèque nationale. Et d'abord, M. Jourdain regarde comme identiques les versions des Ethiques contenues dans les nos 1771 , 1773, 1780 de Sorbonne. Or, le court abrégé renfermé dans le n° 1 771 , qui seul porte le nom de Hermann, n'a absolument aucune ressemblance avec les versions complètes des nos 1773, 1780. De plus , il suffisait de comparer les premières lignes de ces différents manuscrits avec les incipit donnés par Bandini, pour reconnaître : 1° que le manuscrit de Florence, qui porte le nom de Hermann , ne ressemble à aucun de ceux de Paris ; 2° que les deux manuscrits de Florence , décrits par Bandini, l'un, t. III, p. 178, l'autre, t. III, p. 405, ne sont nullement identiques entre eux ; que le premier seul porte le nom de Hermann ; que le second est semblable aux nos 1 773 , 1 780 de Sorbonne ; que par conséquent, la date 1243, donnée parle second et qui est d'ailleurs en contradiction avec la date 1 240 donnée par le premier , ne s'applique pas à la traduction de Hermann. Ainsi , au lieu d'avoir cinq manuscrits de cette traduction, comme le suppose M. Jourdain, on n'en connaît réellement qu'un seul , qui est le manuscrit de la Laurentienne, décrit par Bandini, t. III, p. 178.

Hermann reconnaît lui-même, dans la préface des Gloses d'Alfarabi , qu'il n'eut qu'une part assez faible dans le travail de ses versions. Roger Bacon, qui, dans son Opus

Majus et son Opus Tertium, critique souvent avec vivacité les traductions de Hermann1, s'est emparé de ce passage : « Hermannus , dit-il , confessus est se magis adjutorem » fuisse translationum quain translatorem, quia Saraceni- » cos tenuit secum in Hispania, qui fuerunt in suis transla- » tionibus principales2.» Plusieurs indices témoignent que Hermann employa pour son travail des musulmans versés dans la connaissance de la langue savante. Ainsi la nunnatlon et les désinences casuelles sont scrupuleusement observées dans la transcription des noms propres : Ibn-Rosdin , Abj-Nasrin , Abubekrin , Ducadatin , Sceifa addaulati 7 Abitaibi , Alkameituz. Le style, du reste , n'a fait qu'y gagner en barbarie ; en voici un spécimen : Inuarikin terra alkanarnihy ■, stediei et baraki et castrum munitum destendedjn descenderunt adenkirati ubi descendit super eos aqua Euphratis veniens de Euetin \ On comprend , d'après cela ? que Roger Bacon ait tenu pour inintelligibles et non avenues les traductions de Hermann 8.

Ainsi ? vers le milieu du xine siècle , presque tous les ouvrages importants d'Averroès ont été traduits d'arabe en latin 6 . Seuls \ les commentaires sur POrganon et la

1. Opus Majus, -p. 21, 46, 59. — Journal des savants, 1848, p. 299, 348 (art. de M. Cousin).

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