‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 138 sur 235 · Summa, Ia, qusest. 88, art · texte numérisé non relu

Summa, Ia, qusest. 88, art

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Non encore; car l'image, quelque épurée qu'elle soit, ne saurait arriver à représenter une substance séparée. L'orthodoxie de l'école thomiste devait s'effrayer d'une proposition aussi absolue. En effet, dans la troisième partie de la Somme1, qui n'est pas du docteur Angélique, mais qui a été recueillie par son disciple Pierre d'Auvergne de son commentaire sur le IVe livre des Sentences, on prouve, à l'aide de saint Denys l'Aréopagite , que l'intelligence humaine peut arrivera voir Dieu par essence. Et comment s'opère cette vision ? Ce n'est ni par une quiddité que l'intellect séparerait de la substance, comme le veulent Alfarabi et Avempace , ni par une impression que la substance séparée produirait sur l'intellect, comme le veut Avicenne. C'est par l'union directe avec cette substance elle-même, comme le veulent Averroès et Alexandre d'Aphrodisias. Dans cette union, la substance séparée joue à la fois le rôle de matière et de forme ; elle est ce qui fait comprendre et ce que l'on comprend. Quoiqu'il en soit des autres substances séparées , continue l'écrivain thomiste, il faut admettre que la vision de l'essence divine s'opère de cette manière. Quand l'intellect perçoit l'essence divine, cette essence est à l'intellect ce que la forme est à la matière, ce que la lumière est aux couleurs. Les substances matérielles ne peuvent ainsi devenir la forme de l'intellect , car la matière ne peut devenir la forme d'une autre substance. Mais cela est possible, dès qu'il s'agit de l'être en qui tout est intelligible , et c'est pour cela que le maître des Sentences a dit que l'union de l'âme avec le corps est l'image de l'union de l'esprit avec Dieu. - — On peut douter que saint Thomas eût poussé comme son disciple, la tolérance jusqu'à accepter d' Averroès l'explication d'un dogme de théologie.

i. Qusest., 92, art. 1.

Les attaques contre Averroès sellent évidemment chez saint Thomas et dans l'école dominicaine, aune tactique qui ne manquait pas d'habileté : sauver l'orthodoxie du péripatétisme, en sacrifiant les interprètes et surtout les Arabes. De là, cette perpétuelle attention à montrer qu'Aristote a cru à l'immortalité de l'âme1 et aux autres dogmes de la religion naturelle. Du reste, à part quelques dures paroles dans le traité De ZJnitate intellectus, saint Thomas est loin de traiter Averroès en impie , et de témoigner contre lui cette rage que nous trouverons si caractérisée chez Raymond Lulle et Pétrarque. Pour saint Thomas, comme pour Dante, Averroès est un sage païen digne de pitié, mais non un blasphémateur cligne d'exécration. Il lui doit trop pour le damner. Averroès d'ailleurs n'était pas encore devenu le porte-étendard de l'incrédulité, et n'avait pas pris place dans les bolge de l'Enfer.

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