S VIII
Cette haine vigoureuse que l'école dominicaine avouée aux doctrines arabes , on peut la suivre dans toute l'histoire de la scolastique. Les propositions que Raymond Martini , dans la première partie de son Poignard, attribue aux Maures, ne sont autre chose que les théories de la philosophie arabe, et en particulier d' Averroès, qu'il a prises pour la pure doctrine de l'islam. Les arguments de Raymond sont presque tous empruntés à Algazel 2 ; car , dit-il , il est bien de réfuter les philosophes
\. Summa contra gentîles, 1. II, cap. 79-81. — In I Phys. lect. xir. — In XII Metaph., lect. m. — Quodlib. x, quœst. 5, art. 1.
2. Raymond cite trois ouvrages d'Algazel, la Ruina philosophorum, une Episiola ad amicum, et l'ouvrage intitulé Almonkid min addalcl , qui n'est autre que le traité publié par M. Schmœlders. — Raymond vécut au
par un philosophe1. Il y a pour prouver l'éternité du monde sept raisons prises ex parte Deij sept autres prises ex parte créatures , et quatre prises ex parte factionis; en tout dix-huit raisons. Mais ces dix-huit raisons sont renversées par dix-huit autres raisons d'égale force ; la balance est donc jusqu'ici parfaitement égale. Une réserve de cinq raisons nouvelles vient à propos décider la victoire en faveur de la thèse de la nouveauté du monde. Mais ces cinq raisons ne sont pas tout à fait apodictiques , et, à vrai dire ] la foi seule peut à cet égard donner la certitude 2. La théorie de l'unité des âmes est traitée par Raymond avec moins de ménagements 3 : ce n'est point à Aristote , c'est à Platon g^x Aben Rost a emprunté cette extravagance4. Raymond réfute également, avec un grand appareil de dialectique, l'opinion qui cherche à limiter la Providence , et à enlever à Dieu la connaissance des choses inférieures (vilia et mqlciïf.
Raymond Martini , comme saint Thomas , place le principe de la diversité individuelle, non dans le corps, mais dans la proportion, dans la relation réciproque de l'âme et du corps. Gilles de Lessines6, Bernard de Trimilieu des études juives de l' Aragon et de la Provence , et connut des ouvrages arabes qui n'arrivèrent point aux autres scolastiques. Comme il savait fort bien l'hébreu, il citait peut-être d'après les traductions hébraïques. Les transcriptions particulières du nom d'Aver= roès [Aben Resc/wd, Aben Resched) qu'on trouve dans ses écrits, semblent même supposer qu'il avait travaillé sur les versions hébraïques du commentateur.
1. Pug'w jidei adversum Mauros et Judœos (Paris, 1651), p. 167-169.