‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 144 sur 235 · Op. cit., i · texte numérisé non relu

Op. cit., i

l'aveugle, en tant qu'aveugle, ne connaît des couleurs ni l'existence ni la quiddité, et ne peut en syllogiser1.

Gérard de Sienne, disciple de Gilles de Rome, continua l'attaque de son maître , et maintint durant la première moitié du xive siècle les traditions anti-arabes de l'école augustine2. Le Directorium Inquisitorum de Nicolas Eymeric n'est de même , en ce qui concerne la philosophie arabe et spécialement Averroès, qu'une reproduction presque littérale du De Erroribus philosophorum de Gilles de Rome3. Eymeric ne se met guère en frais de métaphysique. La doctrine de l'unité des âmes est une hérésie , car il s'ensuivrait que l'âme damnée de Judas est identique à l'âme sainte de Pierre. Déjà l'Averroès véritable a complètement disparu derrière l'Averroès incrédule. Cet impie a nié la création, la providence , la révélation surnaturelle , la trinité, l'efficacité de la prière , de l'aumône , des litanies, l'immortalité, la résurrection , et placé le souverain bien dans la volupté.

Mais le héros de cette croisade contre l'averroïsme fut sans contredit Raymond Lulle. L'averroïsme était à ses yeux l'islamisme en philosophie ; or la destruction de l'islamisme fut, on le sait, le rêve de toute sa vie. De 1310 à 1312 surtout, le zèle de Lulle atteignit son paroxysme; on le retrouve à Paris, à Vienne, à Montpellier, à Gènes, à Naples, à Pise, poursuivi de cette idée fixe, réfutant Averroès et Mahomet par la combinaison des cercles magiques de son Grand Art. En 1311, au

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