‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 146 sur 235 · Jeta SS. Junii, t. V, p · texte numérisé non relu

Jeta SS. Junii, t. V, p

2. Ibid. p. 673 et 677. Tertium ut pestiferi Averrois scripta in cliristianis gymnasiis doceri prohiberentur, cujus erroribus infinitis, quia moventur infirma pectora , deberent sacri theologi non solum fidei, verum et scientiae armis obsistere.

3. Ibid., p. 667, 672. Parisios rursus adiit, ubi et Artem suam denuo legit, etquamplurimos libros absolvit, prsecipue contra Averroem, quibus docebat indignum esse christiano uti illius viri commentariis in Aristotelem. Nempe illos adversari catholiese fidei, ac refertos esse impiissimis erroribns, qui juvenum mentes facile pervertebant, suoque judicio dignos esse illos ultricibus flammis.

4. Ibid., p. 668, 677 et suiv. — Antonio, t. II, p. 128, 129, 133, 134 (/•dit. Bayer). — Natulé, Apologie, p. 37o (Paris, 1625).

eu si folle pensée. « Je ne suis, disait-elle, que l'humble servante de Théologie. Comment prétendre que je peux la contredire ? Infortunée ! où sont les savants pieux qui viendront à mon aide ? » On cite une foule d'autres traités de Raymond également dirigés contre les averroïstes, et qui se trouvent pour la plupart inédits au couvent de Saint-François de Majorque : un Liber Natalis ou De Natali pueri Jesu, dédié à Philippe le Bel, et mentionné par les biographes de Raymond comme un de ses libelles les plus énergiques contre Averroès ; — Liber de reprobatione errorum Averrois ; — Disputatio Raymundi et Averroistde de quinque qusestionibus. Inc. Paris ius fuit mdgna contrôler 'sia...; — Liber contradictionis inter Raymundum et Averroistam de centum syllogismis circa mysterium Trinitatis (Paris., février 1310.) Inc. Accidit quod Raymundista. . . ; — Liber de existentia et agentia Deiy contra Averroem (Paris, 1311); — De ente simpliciter per se, contra errores Averrois , fait à l'époque du concile de Yienne ; — Ars théologies et philosophie mysticas, contra Averroem ; — - Liber contra ponente s seternitatem mundi; — Liber de efficiente et effectu (Paris, mai 1312). Inc. Parisius Raymundus et Averroista disputabant... ; — ■ Liber utrum fidelis possit solvere et destruere omnes objectiones , quas infidèles possunt jacere contra sa ne ta m fidem catholicam (Paris, août 1311)...; — Deçlaratio per modum dialogi, édita contra ducentas decem et octo opiniones erroneas aliquorum philosophorum, et damnatas ab episcopo Parisiensi1. Son biographe mentionne même des sermons contre Averroès2. Il paraît que ce qui

1. Il s'agit des propositions condamnées en 1277, qui sont en effet au nombre de 218.

2, Jeta SS, Jun.y t. V, p. 670,

révoltait surtout Raymond Lulle dans les doctrines des averroïstes de Paris , c'était la distinction de la vérité théologique et de la vérité philosophique1, distinction que nous verrons relevée avec tant de chaleur par l'averroïsme italien de la Renaissance , et qui fut , depuis le xme jusqu'au xvne siècle, le plastron de l'incrédulité. Lulle soutenait avec une décision qui ne manquait pas de hardiesse que si les dogmes chrétiens étaient absurdes aux yeux de la raison et impossibles à comprendre, il ne se pouvait faire qu'ils fussent vrais à un autre point de vue2. Le rationalisme le plus absolu et les extravagances du mysticisme se succédaient comme un mirage dans les hallucinations dialectiques de ce cerveau troublé.

S xi.

Ainsi les docteurs les plus respectés du xine siècle sont d'accord pour combattre l'averroïsme, et les formes de leur polémique ne permettent pas de supposer que ce ne fût là pour eux qu'une dispute oiseuse et sans adversaires. On ne peut douter qu'il n'y eût, vis-à-vis de lascolastique orthodoxe, une école qui prétendait couvrir ses mauvaises doctrines de l'autorité du commentateur. Mais où chercher cette école, dont aucun écrit n'est parvenu jusqu'à nous ? J'espère démontrer que, sans abuser de la conjecture , on peut désigner comme les deux foyers

1 . Raymundus errorem illum tolerare non poterat quo Averroistae di- Cimt multa esse vera secundum fidem, quœ tamen falsa sunt secundum philosopliiam.... Dicentes (idem christianam quantum ad modum intelligendi fore impossibilem , sed eam vera m esse quantum ad modum credendi, quum siut christianorum oollegio applicati. [Ib'ul., p. 667 et 677.)

2. Si fides catholica intelligendi sit impossibilis , impossibile est quod sit vera. (Ibicl.)

de l'averroïsme, au xme siècle, l'école franciscaine et surtout l'Université de Paris.

En général , l'école franciscaine nous apparaît comme beaucoup moins orthodoxe que l'école dominicaine. Sorti d'un mouvement populaire très-irrégulier, très-peu ecclésiastique, très-peu conforme aux idées de discipline et de hiérarchie, l'ordre de Saint-François ne perdit jamais le sentiment de son origine. Tandis que les dominicains, fidèles à la direction qu'ils recevaient de Rome, couraient le monde en vrais limiers de l'Eglise pour dépister les hérétiques et faire à l'hétérodoxie la rude guerre du syllogisme et du bûcher, la famille de Saint-François ne cessait de produire d'ardents esprits, qui maintenaient que la réforme franciscaine n'avait pas donné tous ses résultats ; que cette réforme était supérieure au pape et aux dispenses de Rome ; que l'apparition du séraphique François n'était ni plus ni moins que l'avéneme&t d'un second christianisme et d'un second Christ, semblable en tout au premier, supérieur même par la pauvreté. De là ces mouvements démocratiques et communistes se rattachant presque tous à l'esprit franciscain , et ultérieurement, au vieux levain du catharisme, du joachimisme et de l'Evangile éternel : tiers ordre de Saint-François, héguards, lollards, hizoques,fraùcelli, frères spirituels, humiliés, pauvres de Lyon, exterminés par l'immuration et le bûcher des dominicains. De là cette longue série de hardis penseurs, presque tous fort hostiles à la cour de Rome, que l'ordre ne cessa de produire : Jean d'Olive, Duns Scot, Okkam, Marsile de Padoue, etc. La lutte acharnée qu'il fallait soutenir à tout prix contre le thomisme , n'était-elle pas déjà un commencement d'émancipation? Etait-il bien sûr de s'attaquer à un docteur aussi autorisé, dont le système était devenu celui

de l'Église, et dont un pape, dominicain il est vrai, avait dit : Tôt fecit miracula quot scripsit articulos?

Alexandre de Haies, le fondateur de l'école franciscaine, est le premier des scolastiques qui ait accepté et propagé l'influence de la philosophie arabe. Jean de la Rochelle, son successeur, suit les mêmes traditions et adopte pour son propre compte presque toute la psychologie d'Avicenne1. M. Hauréau a fait observer avec justesse que la plupart des propositions condamnées à Paris par Etienne Tempier, en \ 277, appartenaient à l'école franciscaine , et qu'elles avaient été empruntées par les disciples les plus audacieux d'Alexandre de Halès aux gloses, depuis longtemps mal famées, d'Avicenne et d'Averroès2. La même année, le dominicain Robert de Kilwardby , archevêque de Cantorbéry, dans un concile tenu à Oxford, centre de l'école franciscaine, censurait des propositions presque identiques, et où l'influence d'Averroès ne saurait davantage être méconnue3. On peut donc croire que quelques-uns des philosophes contre lesquels Guillaume d'Auvergne, Albert, saint Thomas s'expriment avec tant de sévérité , appartenaient à l'ordre de Saint-François.

Un important passage de YOpus tertium, publié par M. Cousin, vient confirmer cette conjecture. La doctrine de l'intellect actif séparé de l'homme y est présentée comme traditionnelle dans l'école d'Oxford. « L'intellect actif est en première ligne Dieu lui-même, et en seconde ligne , les anges qui nous illuminent. Dieu est à

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