Archives de Yieusseux, t. VI, 2e part., p
exemple YOpus contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressuy dirigé contre Guillaume de Saint-Amour, et qui se trouve parmi les Opuscules de saint Thomas immédiatement après le Contra Averrohtas. Mais ce rapprochement même n'est-il pas significatif? N'est-il pas bien remarquable aussi que dans rénumération des hérétiques terrassés par saint Thomas, Guillaume de Tocco place Guillaume de Saint-Amour immédiatement après Averroès ! ? Remarquons encore que saint Thomas composa son traité Contra Averroistas, dans les dernières années de sa vie8, par conséquent vers l'époque de la condamnation de l'averroïsme sous Tempier, vers l'époque aussi où Albert composa ses réponses à frère Gilles, contre les professeurs de Paris. Enfin les derniers mots du traité semblent un défi à l'adresse des étroites et humbles écoles de la rue du Fouarre : « Si quis autem gloriabundus de falsi nominis scientia, velit contra haec quae scripsimus aliquid dicere, non loquatur in angulis nec coram pueris qui nesciunt de causis ardais judicare , sed contra hoc scriptum scribat , si audet, et inveniet non solum me , qui aliorum sum miniums, sed multos alios, qui veritatis sunt cultores , per quos ejus errori resistetur, vel ignorantiœ consuietur. » Le petit nombre d'ouvrages célèbres que nous a légués l'Université de Paris au xme siècle, ne permet pas de déterminer quels étaient les maîtres à qui s'adressait cette orgueilleuse menace. Ce Siger, qui syllogisa dimpor-
1 . Pierre de Prusse, dans la vie d'Albert le Grand, rapproche de même les Wdlclmlstes des Averroïs tes, p. 293. (Antverpiae, 1621.)
2. Contra quem errorem jampridem multa conscripsimus..., (Init. tract.) — lîernardjle Iiubeis]suppose que ce traité fut écrit à Paris, après 12G9, lorsque saint Thomas fut pour la seconde fois recteur de la maison de la rue Saint- Jacques. (Adaot. previa^in edit. Veixet., 1787, 8°, t. XIX, p. 225.)
lunes vérités, et que Dante, par reconnaissance sans doute pour les leçons qu'il en avait reçues, place dans le Paradis à coté d'Albert et de saint Thomas; ce Siger resté obscur, parce qu'il n'eut pas pour arriver à la renommée l'appui d'un ordre religieux, et que l'un de ses doctes héritiers devait tirer de l'oubli *, n'est-il pas un des maîtres que l'opulence des Mendiants trouvait bon d'insulter dans leurs pauvres réduits? En effet, il cite assez souvent Averroès et Moïse Maimonide , et dans son traité De Anima intellectwa 2, les questions averroïstes sur la corruptibiîité de l'âme3 la multiplication du principe pensant avec les corps , sont très-nettement posées. Les dons de livres faits à l'Université de Paris, en 4271 3, par Siger et Géraud d'Abbeville attestent, d'un autre coté, leur penchant pour l'arabisme. Le fonds de Sorbonne, qui représente les études courantes de l'Université de Paris au xme et au xive siècle, renferme jusqu'à neuf manuscrits d' Averroès, tandis que les fonds de Saint- Victor et de Saint-Germain n'en possèdent qu'un ou deux. Quelques-uns de ces manuscrits portent les traces d'un usage journalier dans l'enseignement : ainsi le n° 942 contient des leçons extraites mot à mot du grand commentaire; à la fin du n° 943, on lit cette note du possesseur : Commentaria ista constiterunt florenos XXX, pretio inœstimaôilia, quum in eis veritas philosophiez naturalis et philos ophiee primée contineatur tota et perfecta. Mais ce qui prouve mieux que tout le reste combien les doctrines averroïstes obtenaient de faveur auprès des maîtres de Paris, c'est qu'après les nombreuses condam-
1. Hist. litt, de la Fr., t. XXI, p. 96 et suiv. (Art, de M. Victor
Le Clerc.)
2. Sorb. n° 963, f. S3v°.— Hist. litt. de la Fr.t l c.,p. 123.